RDC: Une victoire d’Emmanuel Shadary se trame à la CENI 

Plus d’une semaine après des élections tendues en République démocratique du Congo, les résultats sont toujours attendus. Prévue le 6 janvier, la publication a été reportée par le président de la Commission électorale, Corneille Nangaa. Lors d’une conférence de presse le dimanche à Kinshasa, le président de la CENI a annoncé avoir compilé jusque-là 53% des résultats.

Toutefois, plusieurs sources au sein de la Commission électorale confirment à POLITICO.CD que la CENI a en réalité compilé jusqu’à 80%. « Ici, la compilation frôle déjà les 80%. La différence entre les 3 candidats – Shadary, Fayulu et Tshisekedi – n’est pas aussi grande », confie une source au sein du stratégique centre de traitement de la CENI, qui a requis l’anonymat.

Selon cette source, le taux de compilation est également plus élevé que le 53% annoncé devant les médias par le président de la CENI, Corneille Nangaa. « Le taux de 53% donné par le Président concerne les résultats déjà consolidés. D’ici 48 heures tout au plus, si le même rythme de travail est maintenu, le Bureau pourra annoncer ce taux de 80% de compilation des résultats », assène notre interlocuteur le dimanche soir à Kinshasa, brandissant quelques documents internes de travail classés secret.

Parmi ces documents, des PV et fiches des résultats de quelques bureaux de vote tirés des provinces du Maniema, Lualaba, Tanganyika, Tshopo, Lomami et autres. On y voit non seulement un taux de participation qui dépasse les 80% à certains endroits, mais aussi des scores importants engrangés par le candidat de la coalition au pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary.

Adam Chalwe, coordonateur des Jeunes de la majorité au pouvoir estime que ces chiffres s’expliquent. « C’est une situation qui s’explique. A Kinshasa, un peu partout d’ailleurs à l’Ouest, bastion de l’Opposition, les gens n’ont pas été très motivés à aller voter. Beaucoup en ont finalement marre de cette classe politique et de ses multiples trahisons. Certains disent même que le jeu était déjà fait l’avance en faveur du dauphin de Kabila. Tout ça n’a pas aidé l’Opposition dont les voix ont été en plus partagées entre les candidats Fayulu et Tshisekedi», dit-il, interrogé par POLITICO.CD.

Notre source à la CENI, également proche du pouvoir, ajoute de son côté que « dans les bastions pro-Kabila par contre, les gens sont allés voter en masse avec la motivation de ne pas perdre le pouvoir. Cet enjeu peut tout expliquer ».

D’après les chiffres montrés à la rédaction de POLITICO.CD par cette source, à titre d’exemple, dans le Haut Lomami, le taux de participation avoisinerait 86% contre 89% au Maniema et 79% au Sankuru. Pendant ce temps, Kinshasa, tout comme le Kongo Central, des bastions de l’opposition, n’ont pas atteint 50% de taux de participation.

« Le candidat de Lamuka mène certes la course mais la différence entre lui et le candidat du FCC ne dépasse pas 2% alors que des territoires entiers encore fidèles au pouvoir tels que Kabongo, Kabalo, Kongolo et plus de la moitié de Lomami et Sankuru n’ont pas encore été compilés. Ce qui sera surement très décisif pour le sprint final », conclut notre interlocuteur.

L’opposition congolaise a annoncé très tôt sa victoire à l’issue de ces élections, poussant les autorités à couper unilatéralement la connexion internet et les SMS. Dans la foulée, les prêtres catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ont également annoncé disposer du nom du vainqueur de la Présidentielle, provoquant la colère des autorités.

Selon le New York Times, citant notamment le Conseiller principal du président Kabila en matière de diplomatie, Barnabe Kikaya, le nom du vainqueur que la CENCO détient est celui de Martin Fayulu, l’un des deux leaders de l’opposition en lice. Mais son adversaire Félix Tshisekedi, leader du principal parti d’opposition en RDC, annonce également sa victoire. Selon des chiffres diffusés par ses partisans, il l’emporterait à plus de 44%, contre 39% pour Martin Fayulu. Emmanuel Ramazani Shadary arriverait, selon les deux camps de l’opposition, seulement en troisième position.

Mais notre source, qui est expert électoral travaillant à la CENI depuis 2006 affirme que Shadary sera probablement le vainqueur de la présidentielle du 30 décembre 2018. « Cette victoire qui ne sera que la conséquence logique de la désunion entre les opposants qui n’ont pas pu trouver un candidat unique qui aurait sûrement gagné cette élection avec un grand score », explique de son côté Adam Chalwe.

« Avec 80% de bureaux de vote compilés, les voix de Fayulu et Tshisekedi représentent plus de 60% de l’électorat. Vous voyez le gâchis ? S’ils s’étaient mis ensemble, ça serait une victoire incontestable », ajoute celui qui est candidat à la députation pour la ville de Lumbashi pour le compte du pouvoir.

Corneille Nangaa devrait donc annoncer les résultats au plus tard le mercredi à en croire plusieurs sources. Mais une victoire de Shadary se trame, du moins officiellement.

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