Au nom du Père, du fils et de l’UDPS ! Quel rôle joue Félix Tshisekedi ?

L’étiquette d’un fils à papa – ou à maman, c’est selon- lui colle à la peau. Il faut dire que le physique et le faciès ne l’aident pas beaucoup à se démarquer de son imposant paternel. Et pourtant. Du haut de ses 53 ans, mais aussi de son patronyme, Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi a été élu député national à Mbuji-Mayi et occupe la non moins importante fonction de secrétaire national en charge des affaires extérieures à l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), machine politique pilotée par l’éternel Etienne Tshisekedi. Longtemps dans l’ombre, de son père, Félix semble prendre son envol. Mais jusqu’où ira-t-il ?

Épine

Depuis un moment, l’épouse d’Etienne Tshisekedi s’est complètement effacée des activités du parti. ‘’Maman Marthe’’ est désormais dans l’ombre de son mari. En 2014, elle était accusée, par certains membres du parti de vouloir baliser la route pour son fils, Félix Tshisekedi. Il se raconte à Limete que ce dernier devrait succéder à son père, souffrant, à la tête de l’Udps. Le sujet a fait couler encres et salives. Depuis, maman Marthe s’est fait oublier. Elle n’a même pas daigné se montrer à la conférence de Genval.

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La dynastie Tshisekedi

Les fils Tshisekedi ne sont pas tous portés vers la politique. Cependant, Jacques Tshibanda Wa Tshisekedi, Roger Ilunga Tshisekedi, Christian Tshisekedi et surtout Félix Tshisekedi sont les plus cités dans les milieux politiques. Félix est non seulement le plus intéressé et le plus entreprenant dans le microcosme politique, mais aussi l’héritier politique de la famille. Il s’est intéressé assez tôt aux activités du parti. Nourri aux mamelles idéologiques de son père dès le bas âge, Félix s’engage officiellement en 1993, à Leuven en Belgique. Il lui a fallu trois ans pour gravir les échelons : du président de la cellule de Leuven au vice-président fédéral de l’UDPS en Belgique. Aujourd’hui, il est l’un des cadors du parti. Nul ne va au père sans passer par lui. Pour sa part, Christian Tshisekedi s’est fait remarquer dans la négociation informelle avec le pouvoir au sujet du dialogue politique. Annoncé un peu partout en Europe, en réalité, c’est à Paris que le petit frère de Félix a failli se faire enrôler comme représentant de l’UDPS au comité préparatoire du dialogue version Kabila. Interrogé par Top Congo, au cours de l’émission Top Presse, sur le rôle de son frère à ce propos,  Félix avait préféré botter en touche : “Mon frère est dans le business. Il fait ce qu’il veut. Il rencontre qui il veut, il n’a aucun mandat au sein du parti.”

La posture politique : entre affirmation et confirmation

Décembre 2014. La première rencontre, une heure et demie en fin d’après-midi dans un café de Bruxelles. « Je te croyais beaucoup plus grande », me lâche Félix dans un sourire plutôt discret. Diabolisé depuis un moment, il estimait sans doute qu’il n’avait rien à gagner de cet entretien. “Vous m’enregistrez? Parce qu’avec vous les journalistes  on ne sait jamais.” Je n’avais besoin que de deux phrases pour le mettre à l’aise : C’est un entretien en off. Rassurez-vous! Ce jour-là, son discours n’était pas celui d’un décideur mais plutôt d’un membre de l’UDPS, comme tous les autres. Dans son discours, je comprends vite qu’il a l’intention ou mieux l’ambition de changer deux ou trois choses au sein de l’UDPS, mais il n’avait pas encore le pouvoir de le faire. Par exemple, Il s’intéresse aux technologies de l’information et la communication. Il souhaiterait que le parti les intègre dans la stratégie globale de communication.

Il avance donc en douceur, mais pas masqué. Quelques années plus tôt il avait décidé carrément de s’installer à Kinshasa. Il va d’ailleurs participer à la campagne présidentielle de son père et réussira à se faire élire député chez lui, à Mbuji-Mayi. Au nom du père et de l’UDPS, il refusera de siéger à l’Assemblée nationale rejetant les résultats de la présidentielle. Son tour du Congo suivi de son élection va ajouter de la gueule à sa posture politique et conforter son poids au sein du parti.

Ministre des affaires étrangères du parti, il ratisse large au point de frustrer

Au sein du parti, Félix ne fait encore l’unanimité. Il faut dire que la guerre de positionnement au sein du parti se fait en mondovision. On se souviendra de l’intervention de « Maman Marthe » dans la guéguerre entre son « fils » et Albert Moleka, ancien directeur de cabinet d’Etienne Tshisekedi. Entre Félix et Bruno Mavungu, secrétaire général du parti, ce n’est pas non plus grandes amours. Dans l’ensemble, les choix de Félix étonnent souvent et énervent parfois. Tenez ! Sans l’avis officiel du parti, il est contre toute attente aux côtés de Vital Kamerhe (arrivé troisième du scrutin présidentiel) pour déposer un recours à la Cour suprême. Il étonnera encore quelques années plus tard quand on le verra à Gorée à côté de la société civile et d’autres acteurs politiques. Alors que beaucoup se méfie de Katumbi et voit en lui non seulement un néo converti mais aussi et surtout un allié encombrant ou mieux un adversaire de plus, Félix choisira de mener la campagne « pasi nayo pasi nanga » aux côtés du dernier gouverneur du Katanga et du Président de l’UNC, deux anciens Kabilistes notoires. L’image marque les esprits, mais l’homme va relativiser quelques mois plus tard : “entre l’Udps, Kamerhe et Katumbi, il ne s’agit pas encore d’alliance.”Dans les négociations autour des préalables pre-dialogue, beaucoup l’accuseront même d’avoir touché l’argent de la part du pouvoir.

Et aujourd’hui ?

L’homme sait qu’il est à un tournant décisif de sa carrière politique tant à l’échelle du parti qu’au niveau national. Délégué de l’UDPS auprès d’Edem Kodjo avant Genval, Félix Tshisekedi a joué également un rôle de premier plan au Conclave de Bruxelles. Dans le couloir du Château du lac, l’homme était sollicité et se faisait même rare, aussi rare que son père. Visiblement, le temps a fait son travail depuis la rencontre de 2014, l’homme est au tournant de sa carrière et il le sait, semble-t-il. Il se murmure qu’il ne serait pas contre l’idée d’occuper une charge importante d’Etat si transition il y a et ce, au nom du père, du fils et de l’UDPS!

Ange Kasongo, depuis Paris/POLITICO.CD

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