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Félix Tshisekedi et le folklore institutionnel en RDC

L’année 2021 s’est achevée, mettant terme à un théâtre affligeant tant à la tête du pays qu’au sein de toute la société congolaise. Le Fondé, qui sort de sa petite retraite, reprend sa plume pour la résumer.

Ne croyez jamais un journaliste quand il annonce raccrocher sa plume. Le Fondé a tenté, depuis juin dernier, de s’éloigner de ce monde de tourments, fatigué surtout de dépeindre une réalité qui ne change : celle d’un pays qui va vers un mur, en klaxonnant. Aussi, au 1er janvier 2022, la plume refuse de se coucher et rappelle la mission. Le retrait, qui était certes nécessaire, a surtout permis de se focaliser sur une santé pas très olympique durant 2021. Mais ni la maladie, ni la fatigue émotionnelle, encore moins la capitulation ne peuvent être tolérées lorsqu’il s’agit d’informer sur le Congo et porter haut la flamme de la vérité.

Pour ce retour en silence, la gouvernance au Congo préoccupe. 2021 est la parfaite illustration.  « Il ne manquait plus qu’au président de dire : quand je serai au pouvoir, je vais changer le Congo », murmurait un ami en écoutant le discours de Félix Tshisekedi sur l’état de la Nation, le 13 décembre dernier. Certes, durant  cet oral « sans papier », le Chef de l’État s’est mué en critique. Un peu comme s’il remplaçait le Fondé, dénonçant les institutions judiciaires par-ci, ses collaborateurs par-là, ou encore, lorsqu’il ne dénonçait pas, il promettait des changements. « Des hommes qu’il faut, à la place qu’il faut ». Mais qui dirige tout ce monde ? Qui est censé les révoquer ?   Deux semaines après, le Président n’a pas changé de disque. Un peu comme Wendo Kolosoy qui continue de jouer son tube « Marie-Louise », sachant que celui-ci endiable les Congolais…

« Frère de Sang »

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Félix Tshisekedi a mis cap vers le Kasaï natal, son bastion, une terre où il est l’équivalent du Christ-Jésus, et où son paternel, feu Etienne Tshisekedi, est l’homonyme de Dieu. Là-bas, à la terre sainte d’un parti présidentiel qui a un fort encrage tribal Luba, le peuple l’a porté en triomphe. Mais pas seulement pour chanter. Ce dernier, qui lui avait offert un score stalinien à la dernière présidentielle, venait surtout demander des comptes à son « Seigneur ». Car en effet, le Kasaï est le parent pauvre d’un pouvoir qui tangue et peine à montrer des résultats. Si l’Est du Congo continue de suffoquer, si Kinshasa se prend pour le Congo et attend toujours ses poissons commandés de Namibie pour couvrir le néant, le Kasaï peine à constater qu’il porte son fils au pouvoir. Le programme « Tshilejelu », lancé avec pompes, n’a fait que copier celui des 100 jours lancé à Kinshasa, et qui n’a donné de résultats que  l’enrichissement d’un petit nombre dont certains ont effleuré les portes de prison.

A Mbuji-Mayi, Félix Tshisekedi est obligé de faire référence au « sang » qui le lie à « ses frères », avant de présenter son mea-culpa, promettant, cette fois-là, d’y habiter, mais si et seulement si ses « frères » lui offraient un second mandat. Le Chef de l’Etat, qui semble alors découvrir la vraie réalité du coin, sans doute la même que celle de tous les Congolais qui vivent loin de Kinshasa, décide de faire une tournée dans la région. Une tournée périlleuse, mais riche en enseignement. Une tournée qui met en lumière le chaos dans lequel se trouve les provinces du pays, mais également les carences d’un pouvoir qui aura pris trois ans pour se rendre compte qu’il avait le pouvoir. Une tournée qui permet également de voir qu’une fois le « chef » dans un coin, Kinshasa se mobilise pour « faire quelque chose » : Mbuji-Mayi a tout à coup de l’électricité. Mais qui repart au départ du Président.  Le ministre du Transport, déguisé comme un Kalif arabe, débarque à Lodja, tentant de réhabiliter un aéroport qui ne l’était que de nom. Nous voilà face à un spectacle pitoyable où gouvernement et hauts cadres politiques s’adonnent à des courbettes pour « faire triompher » le Chef de l’Etat durant sa tournée.

Des Chinchard et des trous

Pendant ce temps à Kinshasa, le Premier ministre est lui concentré à distribuer du chinchard qu’il a finalement fini par acheter — alors que son ministre de l’économie, qui avait eu l’idée d’aller lui-même pêcher ce poisson en Namibie, cherchant à triompher des opérateurs importateurs à qui il peine à imposer une réduction populiste des prix, n’a pas pu organiser la pèche. Un spot publicitaire accompagne des « kinois » heureux de recevoir leur part de poisson pour les fêtes de fin d’année.

L’initiative symbolise néanmoins un gouvernement en perdition, qui s’accroche aux petits symboles, n’ayant alors pas pu faire mieux. Le chapelet d’intentions présenté par Sama Lukonde à l’Assemblée nationale à l’occasion de son investiture en avril 2021 devrait être oublié. La situation est telle que le Premier ministre va lancer un programme « Kinshasa zéro trou » qui ne donne que des trous dans une gouvernance jamais à la hauteur des enjeux. Si les Kinois ont leurs poissons, les vingt-cinq autres provinces du Congo devrait attendre le père noël, eux qui n’ont de maison, ni de cheminé. Les vingt-six provinces du Congo fêtent noël avec la taxe/service RAM, une digne escroquerie que même le Chef de l’État n’a pas souhaité démantelé.

Le parlement n’est pas exempté par ce folklore. Les dirigeants de deux chambres incarnent à la perfection la décadence institutionnelle en RDC. D’un côté, Christophe Mboso N’Kodia qui s’illustre dans un fourvoiement inégalé, n’a la concurrence que celle de Modeste Bahati qui s’offre une mission officiellement en Uganda pour inaugurer un… abattoir dont les mauvaises langues de Kinshasa affirment qu’il en servait l’actionnaire.  Les ministres et les chefs de partis de l’Union sacrée ne rivalisent que pour démontrer leur soutien au « Chef de l’Etat ». Pour chaque passage devant les caméras, tout est fait pour y insérer le nom de Félix Tshisekedi. Quant aux mandataires, ceux qui sont en postes doivent jurer fidélité à Jules Alingete, sinon, ils doivent bien chanter à la gloire des dirigeants de l’UDPS. Les intérimaires, comme à l’OGRFREM, versent des pensions aux puissants du régime, priant pour qu’ils soient confirmés au poste, tout en dépeçant pourtant les sociétés publiques. Il y a certes des voix qui s’élèvent. Mais bien souvent, celles-ci émanent des mécontents du partage des postes ministériels.

S’il y a un homme qui soit capable de vous dire où va la gouvernance de Félix Tshisekedi au Congo, celui-là n’est pas encore né. A défaut d’être déjà mort, comme feu Etienne Tshisekedi.  Mais ce Président en a lui-même conscience. En témoigne d’abord son discours sur l’État de la Nation, où la plus grande réalisation de son pouvoir s’appelle : Jules Alingete. Mais le Chef anti-corruption ne peut pas non plus vociférer. Les principaux condamnés dans la lutte anti-corruption sont aujourd’hui tous en liberté.

Modeste Makabuza et ses amis ont été graciés par le Président ! Willy Bakonga également, dans un folklore institutionnel. Vital Kamerhe, le plus politique, est finalement en liberté provisoire, alors que le Chef de l’Etat disait de lui être « un Monsieur sérieux qui a un rôle à jouer dans l’avenir ».  Comme Bruno Tshibala à l’époque, le président de l’UNC est même attendu à la Primature. Sans doute dans l’idée de mettre fin à ce folklore. Car le temps presse. Cela fait déjà trois ans que Tshisekedi est au pouvoir. Et l’année 2023, électorale, est déjà à oublier. « VK », le premier amour de FATSHI, s’impose alors comme le seul capable de donner un « sens politique » au vacarme incarné depuis son départ pour Makala.

Opposition Folklorique

Et Tshisekedi peut compter sur son opposition, qui n’est pas non plus au beau fixe. Elle aussi s’offre un folklore digne de sa réputation. Moïse Katumbi est coincé entre pouvoir et opposition, dans la crainte tantôt de perdre ses cadres qui sont pourtant au gouvernement, tantôt d’avoir à affronter frontalement Tshisekedi au risque d’y laisser des plumes. L’ancien gouverneur du Katanga a tenté de bomber le torse, avant de rencontrer ses limites. Se lançant dans des consultations qui n’ont jamais accouché de résultats. Pendant ce temps, il navigue sur terre sèche à Kashobwe, tentant de dénoncer l’opération chinchards, mais soulignant surtout ses propres nomadismes dans la politique-spectacle.

Martin Fayulu a perdu son verbe contre Joseph Kabila, de qui il s’en approche de plus en plus. Les deux n’avaient-ils pas tenté de coaliser avant que l’ancien président lui préfère à Tshisekedi ? Joseph Kabila justement, est sans doute le grand gagnant de la scène. Les Tshisekedi au pouvoir finiront un jour par le faire regretter auprès des Congolais. L’accident de circulation et les trois tonneaux auxquels il a survécu en décembre ne font que renforcer son mythe. Mais il doit cependant trouver un antidote à Emmanuel Shadary qui n’en finit pas de démonter le PPRD, l’ancien parti présidentiel miné par des guerres, souvent entre vieille garde ayant perdu le pouvoir et une jeunesse qui a peur de ne plus en avoir un jour.

Le Congo danse le folklore des politiques. Sa résilience prouvée devrait suffire, en attendant les grandes échéances de 2023, pour se mettre à nouveau à rêver. Mais le Congo n’a pas a désespérer. De ses chaos naissent toujours des espoirs. Denis Mukwege continue toujours d’incarner la voix de sans voix de l’Est du pays. La LUCHA et ses amis de mouvements citoyens continuent de tenir, souvent seuls, face au vent. Mais ils militent toujours pour un lendemain attendu par tout un peuple.

Ce pays s’est même offert une victoire sans équivoque en faisant inscrire sa Rumba dans le patrimoine universel. Kabasele Tshamala, Nicolas Kasanda, Wendo Kolosey et  ses compagnons « chansonniers » doivent être fiers d’eux. Non seulement ils ont réussi à créer un véritable patrimoine universel, ils offrent à ce jour la seule victoire véridique à ce peuple qui n’en demande pas tant. De quoi garder espoir, en regardant en direction de Félix Tshisekedi, espérant alors un ressaisissement. Même celui de dernière minute. Après tout, n’est-il pas le « Fils du Sphinx » ?!.

Litsani Choukran,
Le Fondé est de retour.

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9 Commentaires

  1. Le peuple est leurré par les discours des politiciens et est abandonné à son triste sort…

    Le fils du sphinx qui hier incarnait l’espoir de tout un peuple est devenu aujourd’hui l’image du désespoir.

    Merci Le Fondé pour ce bel article.

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