Mboso président de l’Assemblée nationale : Une récompense de Tshisekedi ?

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La campagne électorale démarre ce lundi 1er février à l’Assemblée nationale, pour l’élection des membres du Bureau définitif. Tintamarre, discours propagandistes, affiches, mobilisation des militants des partis, vuvuzela, l’on s’attend à tout comme d’habitude. Mais il y a une chose à laquelle personne ne s’attendait : Christophe Mboso, candidat à la présidence du Bureau. Personne ne le voyait venir, il faut le reconnaître. Il est le ticket gagnant de l’Union sacrée au perchoir de la Chambre basse du Parlement. Pas de challenger en face. Il est le seul candidat validé à ce poste par la commission mise en place par le Bureau d’âge qu’il préside jusqu’ici.

S’il était peu connu du grand public jusqu’il y a moins de deux mois, Christophe Mboso dont le nom est désormais sur toutes les lèvres a plutôt une longue et riche carrière politique dans sa gibecière. Il a plusieurs fois été élu député national, nommé ministre ou vice-ministre, occupé de postes stratégiques depuis le régime du feu maréchal Mobutu, etc.

Mboso est l’un des artisans des nombreuses récentes victoires du Président Tshisekedi sur l’ancien Président Kabila. Deux ans durant, le programme d’action de Tshisekedi a eu du plomb dans l’aile. Lui-même le Président s’en est plaint, pointant publiquement du doigt ses partenaires ou, plutôt, ses anciens sociétaires avec qui il formait la Coalition FCC-CACH au pouvoir. Mais bien avant que le lion ne rugisse, l’on se souviendra combien des voix s’élevaient nuit et jour pour demander au Président de mettre fin à la coalition. En fin diplomate, Tshisekedi avait toujours fait comprendre à la population qu’il tenait à sa coalition. Mais comme le toit conjugal dégoulinait de plus en plus, le ras-le-bol ayant atteint son paroxysme avec le refus du camp Kabila d’assister à la prestation de serment des juges nommés à la Cour constitutionnelle par Tshisekedi, ce qui devait arriver arriva enfin : le président Tshisekedi annoncera dans son discours du 06 décembre, la fin de la coalition avec Joseph Kabila.

« Le Gouvernement de coalition institué au lendemain de l’alternance politique n’a pas permis de mettre en oeuvre le programme pour lequel vous m’avez élu et, d’autre part il n’a pas été capable de répondre aux attentes et aspirations de notre peuple », avait-il expliqué dans son discours. De fil en aiguille, il avait en même temps annoncé la désignation d’un « Informateur » pour tenter d’identifier « une nouvelle coalition réunissant la majorité absolue des membres au sein de l’Assemblée nationale ». Avec un plan B, bien sûr : à défaut d’identifier cette nouvelle majorité, avait-il précisé, il n’aura d’autre choix que de dissoudre l’Assemblée nationale.

Cette décision a bouleversé les équilibres politiques en République Démocratique du Congo. La lune de miel du jeune couple unit à l’aube de l’alternance politique n’aura pas fait long feu.

La chute de Mabunda

Félix Tshisekedi se montrait de plus en plus déterminé à renverser définitivement la majorité à son avantage, et les évènements tournaient visiblement en sa faveur. Le 5 décembre 2020, plusieurs motions seront déposées contre le Bureau de l’Assemblée nationale « dirigée d’une main de fer », selon les transfuges du FCC, par Jeanine Mabunda, l’un des verrous de Joseph Kabila. Verrou qui n’a pas mis longtemps à sauter. Très rapidement, un Bureau d’âge prend place pour examiner cette motion. Christophe Mboso est le doyen d’âge. Au lendemain de cette installation, il a été reçu en audience par le Chef de l’État pour lui faire part de l’évolution des travaux au sein de la Chambre basse. Au cours de cette audience, le Président de la République l’a remercié et encouragé à travailler pour l’intérêt de la Nation car, soulignait-il, il était en train d’écrire une page glorieuse de l’histoire du Congo.

Le 10 décembre marquera le tournant décisif. Les députés procèdent à l’examen ainsi qu’au vote de la motion. Avec 484 députés présents sur les 500, dont une majorité d’élus transfuges du FCC, 281 députés ont finalement voté en faveur du départ de Jeanine Mabunda et de son Bureau, confirmant ainsi la tendance qui semblait se dessiner. Mabunda présente publiquement des excuses à tous les élus qui se sont sentis d’une manière ou d’une autre déçus de sa gestion. Mais les carottes sont déjà cuites. Elle s’en va du Bureau. Elle va d’ailleurs plus loin, jusqu’à Dubaï. Le 30 décembre, il y a eu remise et reprise entre le Bureau Mabunda et le Bureau d’âge. Mabunda est absente ce jour-là. Malgré le bras de fer auquel elle s’est livré en allant jusqu’à saisir les instances judiciaires avant son voyage à Dubaï, Jeanine Mabunda va lâcher prise, cédant finalement la houlette à Mboso.

Jeudi 31 décembre, Félix Tshisekedi confia la mission d’information à Modeste Bahati Lukwebo, Président national du regroupement AFDC-A et ancien proche de Joseph Kabila. Bahati lui a amené une liste de 391 députés nationaux issus de 24 regroupements politiques et 1 député indépendant qui ont officiellement adhéré à l’Union Sacrée, ce qui confirmait que la majorité avait basculé.

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La destitution du gouvernement Ilunga Ilunkamba

Le 5 janvier 2021, sous une forte tension entre les Pro-Kabila et les Pro-Tshisekedi regroupés dans l’Union sacrée s’ouvre la plénière de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale. Remontés, les députés Pro-Kabila ont protesté contre la lecture des points inscrits à l’ordre du jour de cette session extraordinaire. Ils ont fait savoir que le Bureau provisoire ne peut envisager la destitution du Premier ministre car cette compétence serait, d’après eux, réservée au Bureau définitif qui doit d’abord être élu.

Là encore, le Doyen Mboso joua un rôle remarquable en menant un bras de fer serré contre son ancienne plateforme politique, le FCC de Joseph Kabila. De la réception à l’examen de la motion de censure contre le Gouvernement Ilunga Ilunkamba, les députés du Front Commun pour le Congo fidèles à Joseph Kabila ont accusé Mboso de les priver de la parole en plénière. La moutarde leur montait au nez. À plus d’une reprise, les loyaux à Kabila ont claqué la porte aux plénières, dénonçant le caractère outrancier du pouvoir exercé par Mboso. Ils estiment que le Bureau d’âge n’avait pas qualité pour examiner une motion contre un Gouvernement investi par un Bureau définitif.

Tant pis. Le chien aboie, la caravane passe. Mboso et son Bureau, malgré les oppositions du FCC, ont décidé d’examiner cette motion de censure déposée le 22 janvier par le député Chérubin Okende d’Ensemble pour le changement, la plateforme de Moïse Katumbi. La motion est signée par plus de 300 députés. Le Premier ministre est invité au Parlement.

Le 27 janvier à l’issue du vote soit 5 jours plus tard, 367 sur les 382 députés présents se sont prononcés en faveur de la chute du Premier ministre et de son gouvernement. Sylvestre Ilunkamba a remis le 29 janvier, la lettre de démission de son gouvernement au Président.

Félix Tshisekedi enregistre maintenant trois belles victoires qui lui permettent de prendre totalement le contrôle du pouvoir : la Cour constitutionnelle, l’Assemblée nationale et récemment, la primature.

La présidence de l’Assemblée nationale pour remercier Mboso ?

Visiblement, oui. Alors que l’élection du Bureau définitif est prévue le 03 février prochain, Mboso est incontestablement le futur speaker de l’Assemblée nationale pour trois raisons. Il est candidat unique à ce poste. Il a le soutien de la nouvelle majorité parlementaire de l’Union sacrée à laquelle il appartient.

Carmel NDEO

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