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En RDC, les frasques de Moussa Mondo, le très Kabiliste vice-ministre des Hydrocarbures

Tel un cheveu dans la soupe, Sadr Mondo Moussa a été parachuté au poste du vice-ministre des Hydrocarbures au bout de la nuit du dimanche au lundi 26 août 2019. Jusque-là connu que pour son Kabilisme ou pour une vidéo de trois minutes où il massacre la langue française, le personnage est alors une surprise totale à ce niveau de responsabilité. Retour sur un an de frasques.

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Il a un physique frêle et un regard sombre. Coiffé d’un Kufi, avec une écharpe à l’effigie de Joseph Kabila au cou, le nouveau vice-ministre des hydrocarbures s’engouffre au volant d’une Mercedes Classe G. « On la lui a prêtée au regard de ses nouvelles responsabilités », murmure un jeune-homme. Nous sommes au siège de la Ligue des Jeunes du PPRD au centre-ville de Kinshasa. Des dizaines de militants du parti viennent célébrer la nomination de leur responsable de la communication de la commune de Ngaliema.

Nous sommes au mois de septembre et c’est le début de la gloire pour Sadr Mondo Moussa ; l’homme qui s’est étrangement retrouvé sur la liste très fermée des ministres du gouvernement Sylvestre Ilunga, dont la composition a donné lieu à huit mois de négociations politiques entre la coalition du Président Félix Tshisekedi et celle de son prédécesseur, Joseph Kabila. Si le nouveau Chef de l’État avait juré s’opposer à certains noms du Front Commun pour le Congo (FCC), la jeunesse visiblement pieuse que semble incarner ce vice-ministre des Hydrocarbures n’a pas gêné. De toute façon, il a bien un titulaire qui va le chapeauter. Rubens Mikindo Muhima, issu de l’UDPS, devait donc normalement gérer le « jeune-homme ».

Un « pire petit » des Kabilistes

Mais c’était sans connaître le personnage et le contexte. Sadr Mondo Moussa ne devient pas ministre par hasard. Il le doit d’abord à un kabilisme à outrance. Il fait partie des bérets rouges du PPRD, qui n’ont pas hésité, durant la crise précédant les élections, à envahir une paroisse catholique à Kinshasa. Bien plus que cela, lorsqu’il a été établi que les hauts cadres Kabilistes ne pouvaient pas faire partie du gouvernement, beaucoup ont alors mandaté leurs hommes de main à des postes.

Et Moussa jouit non seulement d’une bonne proximité avec Emmanuel Ramazani Shadary, le Secrétaire permanent du PPRD,  mais se dit surtout « élève » de l’ancien ministre de l’Intérieur, Henri Mova Sakanyi (PPRD) et est très proche de l’ex-ministre des hydrocarbures et de la défense, Crispin Atama. Il est également le « pire petit » de l’une des grandes figures des Kabilistes, Jaynet Kabila, la sœur-jumelle de l’ancien président.

Désormais vice-ministre des Hydrocarbures, puissamment soutenu,  Sadr Mondo Moussa se sent pousser des ailes et se fait d’abord remarquer dans un dossier qui n’a rien à avoir avec les prérogatives de son ministère. L’histoire veut que depuis 2018, la Communauté islamique du Congo (Comico) soit l’objet d’une lutte pour le pouvoir.  En octobre 2018, son siège a été pris d’assaut par des imams d’un « Conseil théologal national » qui ont nommé un « Comité de crise » pour renverser l’ancien comité directeur. Les « putschistes » ont affirmé vouloir « purifier » le siège « de toutes les impuretés trouvées ici sur place », selon un message de leur chef de file, Cheikh Idi Ngoma, suspendu depuis.

En avril 2018, un sit-in avait été organisé au siège de la Comico à Lingwala (Kinshasa) par cheikh Zaidu Ngongo Amani, président du Conseil théologal national permanent – qui regroupe les imams. En cause : le statut de ce Conseil ; était-il « un organe autonome dans la communauté » musulmane, comme le veulent les imams, ou un organe subalterne de la Comico? En juin 2018, cheikh Zaidu Ngongo avaient appelé à célébrer la fin du ramadan au Jardin botanique de Kinshasa, tandis que les représentants légaux de la Comico organisaient la cérémonie, comme d’habitude, au grand Stade des Martyrs.

« Il a menacé Tunda ya Kasende »

Ça tombe bien. Sadr Mondo Moussa est de confession musulmane et même imam de profession. Adepte de l’islam chiite, il s’était déjà illustré il y a quelques années en mettant sur pied l’Alliance des Kabilistes musulmans (AKAM), un cercle politique interne au PPRD.  Et même s’il n’est nommé que vice-ministre des Hydrocarbures, le jeune Kabiliste va tout tenter pour donner raison à sa faction, autour de la crise qui ravage la Communauté des musulmans en RDC.

Selon nos informations, le vice-ministre s’est illustré notamment en faisant pression auprès de l’ancien vice-premier ministre et Ministre en charge de la Justice, Célestin Ntunda, qui est également membre du PPRD, pour qu’il prenne une décision en faveur de sa faction. « Il est allé jusqu’à hausser le ton sur le ministre dans ses bureaux un jour », nous révèle une source au PPRD.

Sadr Mondo Moussa n’est pas que croyant. Pour des questions qui concernent son ministère, il s’est fait remarquer dans un dossier concernant le pétrolier congolais Lerexcom Petroleum. En effet, dans une série de documents exclusifs parvenus à POLITICO.CD, le vice-ministre des Hydrocarbures écrit à la direction de la société congolaise pour faire nommer des administrateurs, alors qu’il n’en avait aucunement les prérogatives.

Nominations sans qualité à Lerexcom

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Pour la petite histoire, l’État congolais a pris des parts dans le capitale de la société Lerexcom Petroleum. À ce titre, il lui revient de désigner deux Administrateurs au Conseil d’administration et un Directeur administratif et des Ressources Humaines. Dans une lettre datant du 29 septembre 2019 et adressée au directeur général de la société Lerexcom Petroleum, le vice-ministre Sadr Mondo Moussa désigne unilatéralement les trois personnes assignées à ces postes.  Problème, il n’a pas qualité, et n’a même pas informé son supérieur, le ministre des Hydrocarbures, Rubens Mikindo.

Une irrégularité que la société congolaise Lerexcom Petroleum n’a pas manqué de signaler dans une correspondance adressée cette fois au ministre titulaire des Hydrocarbures et à la ministre de l’Économie. En réponse, la ministre Acacia Bandubola a demandé à Lerexcom Petroleum de ne pas considérer les nominations du vice-ministre des Hydrocarbures. « Compte tenu des irrégularités y entachées et en ma qualité de l’autorité qui finance la participation de l’État dans le capital de Lerexcom Petroleum SA, je vous demande de la déconsidérer”, dit-elle dans cette lettre consultée par POLITICO.CD.

L’affaire est toujours en cours. Mais Sadr Mondo Moussa ne s’est pas arrêté là. Le jeudi 01 octobre 2020, dans les installations de la société de téléphonie mobile Vodacom à Kinshasa, le vice-ministre a encore brillé dans une nouvelle frasque. Accompagné de sa garde rapprochée et d’un cortège qui l’accompagne durant ses sorties, le vice-ministre a fait irruption, demandant, sans autre forme de procès,  qu’on lui donne les chiffres du carburant stocké sur place.

Enlèvement à Vodacom Congo

« À l’intérieur de la concession de l’opérateur, il a exigé que l’on ouvre les tanks à carburants pour un contrôle. À la demande du responsable de sécurité de la présentation de l’ordre de mission autorisant cette intrusion, le vice-ministre a ordonné à SES policiers, de se saisir de ce responsable et de le jeter, sans autre forme de procès, dans leur voiture Toyota Hilux, immatriculée 2354AV/01 », annonce l’opérateur mobile Vodacom dans un communiqué.

Cet agent de Vodacom qui tenait à demander un soubassement au super vice-ministre fut enlevé, avant d’être retrouvé au Commissariat provincial de la police à Kinshasa. « Le vice-ministre ni SES policiers ne peuvent prendre les prérogatives d’Officier de Police Judiciaire (OPJ) et encore moins procéder à de la séquestration de citoyen par abus de pouvoir. Le Peuple d’abord ! », s’est exclamée Vodacom dans son communiqué.

Les efforts de POLITICO.CD pour joindre le vice-ministre Sadr Mondo Moussa sont restées vaines. Selon nos informations, il s’est fait longuement interpellé par des responsables proches de l’ancien président Joseph Kabila à l’issue de l’incident.

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Un an après la publication du gouvernement Sylvestre Ilunga, la RDC n’en a peut-être pas encore fini avec les frasques de son très jeune vice-ministre des Hydrocarbures.

Litsani Choukran

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