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samedi, avril 4, 2020
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RDC: Sindika Dokolo, le faux prophète

De l’Angola, un voisin dont l’histoire est intimement liée à celle de la République démocratique du Congo, surgit l’histoire d'un prophète de bonne gouvernance. Farouche et fougueux combattant des libertés, de l'art, et de l'éthique, il a prêché et pris part à toutes les batailles pour l'avènement d'une véritable démocratie dans son Congo natal. Pour autant, loin de ces terres sacrées, l'homme met de côté sa tunique de prophète pour participer au siphonnage, sans état d’âme, des ressources de tout un pays. La contradiction grandeur nature, l’histoire de Sindika Dokolo.

“J’ai eu un songe ! J’ai eu un songe !’ Y a-t-il quelque chose dans la tête de ces prophètes qui prophétisent faussement ? Ils n’ont que trouvailles fantaisistes. Avec leurs songes, ils pensent faire oublier mon nom à mon peuple…” (Jr 23,26) C’est Dieu, le Seigneur Tout-puissant, Himseft, par la bouche de Jérémie, qui se met en colère. Il en a marre des faux prophètes. Il envoie ainsi son serviteur Jérémie les traquer.

Vous l’auriez compris, nous sommes aujourd’hui chez les religieux ! Tenez, dans l’histoire, ayant pour rôle de faire connaître la volonté divine, consultés par les rois, les prophètes fleurissent en Mésopotamie et en Égypte, de quoi ressembler à nos villes actuellement.  Et ces derniers font des ravages. Mais pire, comment les distinguer ? Car les faux prophètes se comportent comme des vrais ! Ils posent des actes symboliques, ont des visions, font des miracles pour confirmer leur prédication. Jérémie pose alors un critère : ” Si un prophète, en prophétisant, annonce la paix, c’est lorsque sa parole se réalise que ce prophète est réellement reconnu comme envoyé du Seigneur.” (Jr 28,9) Le prophète a donc rendez-vous avec l’avenir. Le temps, l’autre nom de Dieu, finit toujours par présenter sa note. Nous voilà finalement au début de notre histoire.

Dokolo, le prophète

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Les images sont encore fraîches dans la mémoire des Congolais. Le 6 novembre 2017, un homme s’affiche dans une courte vidéo. Aux allures hollywoodienne, Sindika Dokolo est aux côtés de deux de ses « commando », baraqués, en train de lancer « un mot d’ordre » à la population congolaise. C’est un « chouchou », un prophète, la nouvelle coqueluche, un renfort tant attendu au pays. Nous sommes donc au point culminant de la crise congolaise d’avant les élections. Joseph Kabila est acculé par les opposants qui lui reprochent, parfois avec raison, de ne pas vouloir quitter le pouvoir. C’est l’apogée de l’engagement de Sindika Dokolo contre le présumé dictateur congolais.  Riche, très riche, « mignon-garçon », qui parle bien et a une tête bien faite, il fait alors rêver au Congo. Certains le voient déjà comme un des potentiels successeurs à Kabila. Un des nombreux.

« Nous n’aurons plus Kabila comme président de la République à partir du 31 décembre 2017. Nous ne lui reconnaissons plus cet honneur dont il s’est montré indigne. Il a humilié notre pays, il a affaibli notre république et détruit notre démocratie. Nous refusons de lui obéir et nous appelons tous les congolais à ne plus reconnaître son autorité », dit-il en français et en Lingala. Cet homme de 47 ans (aujourd’hui), né Congolais, mais danois, appelle alors ses « compatriotes » de la RDC à la désobéissance civile. « C’est le moment d’agir », s’exclame-t-il. Mais les « Ne Kongo » se ressemblent. L’appel de Sindika a autant d’effets que celui récemment du fantastique Ne Muanda Nsemi. Et Sindika y découvre au passage la vraie réalité de son poids politique dans un Congo où chacun aura surestimé son emprise sur un peuple, certes à l’agonie, mais très particulier.

Toutefois, derrière les gesticulations hollywoodiennes de Dokolo, se cache une guerre aux allures personnelles entre lui et Kabila. En juillet de la même année, le gendre d’Édouard Dos Santos entre dans le cercle très fermé des condamnés politique en RDC.  Il écope de 12 mois de servitude pénale, dans une affaire de bien immobilier ! Kabila et son système répondent en fait à Dokolo. Car quelques jours avant son fameux appel à l’insurrection, les bureaux de la Consule générale honoraire de Norvège à Kinshasa, qui n’est autre que la mère de Sindika, sont victimes d’une « effraction ». Située dans la commune de la Gombe, la propriété est attaquée “par des militaires armés” dans la nuit du 3 au 4 novembre.  En prélude, Sindika crée, en février 2017, les Congolais debout. Un mouvement citoyen d’assaut contre Kabila. « Parce qu’il me semblait qu’il manquait un mouvement qui soit basé sur la stratégie d’une très large adhésion. Donc, un mouvement de masse, organisé non pas autour de personnes mais autour de certaines valeurs, à un moment où notre pays est vraiment en danger » justifie-t-il.

Le masque tombe

La suite est connue, monotone, confusante, et surtout imprévisible. Parce qu’entre-temps, Joseph Kabila s’avère être démocrate. Il quitte le pouvoir en janvier 2019. Sindika, qui n’aura jamais décoléré, alterne contradictions et virulences, à travers un compte Twitter populaire. Il se rapprochent de plus en plus de l’opposition politique, ou plus précisément, de son ami Moïse Katumbi, qu’il voit déjà arriver au pouvoir. Il attaque à tout-vent Kabila, même quand ce dernier s’allie à Tshisekedi. Le nouveau président justement, voit l’homme d’affaires, très activiste, agresser sa victoire à la Présidentielle de 2018. Car, s’il ne le dit pas, si Sindika dément avoir d’ambitions politiques, il soutient ouvertement la coalition LAMUKA et son candidat Martin Fayulu. Mais la défaite n’a de parents, il finit par s’afficher à Kinshasa, aux côtés d’un Félix Tshisekedi. « C’est difficile de ne pas aimer Félix Tshisekedi », Lambert Mende sort de ce corps ! Les prémices alors d’une profonde contradiction d’êtres qui vont finir par se relever.

En effet, tandis qu’en 2017, Dokolo s’aventurait dans une publication Twitter pour venter l’arrivée de João Lourenço à la tête de l’Angola comme une mauvaise nouvelle pour Kabila, celle-ci sonne plutôt l’Armageddon pour lui et son épouse, qu’il a marié en 2002. En Angola, le nouveau président décide, bien que sélectivement, de nettoyer la cour. Et les Dos Santos en sont les principales victimes. Sindika prend les balles de par son attachement.

Soudain, le 30 décembre 2019, la justice angolaise saisi les comptes bancaires et gelé les actifs d’Isabel dos Santos et de son mari, Sindika Dokolo. S’en suit alors une vertigineuse chute. Dokolo et son épouse se défende, avec raison. Lourenco montre suffisamment une volonté sélective de lutter contre la corruption. Mais le coup de grâce ne viendra pas des autorités angolaises. Alors que Dokolo et son épouse quittent l’Angola pour vivre entre Dubaï et Londres, commençant à avoir étrangement des sorties qui ressemblent à celles des Kabilsites en RDC, c’est une série des révélations faites par le très sérieux Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) qui viendront leur apporter le coup de grâce.

L’arroseur arrosé

La nuit du 20 janvier 2019, l’hécatombe s’abat, en ligne. Plus de 715.000 documents, plus de 300 Go de données, sont révélées au public. 36 médias mettent en lumière ce qu’ils appellent le « siphonage » de l’argent public angolais. Cette investigation, baptisée « Luanda Leaks », se base sur une fuite de documents financiers et commerciaux confidentiels, tels que des courriers électroniques, des contrats, des audits, des listes de clients, des factures, des documents fiscaux et des accords de prêt bancaire. Le plus vieux document de cette fuite date de 1980.

Derrière, Kabila passe pour un enfant de chœur. Jamais, expliquera le journal Le Monde, une poignée d’hommes n’a tant tout pris à son propre peuple. Certes, dans ces révélations qui tombent, Sindika est aussi vital en tant que mari, qu’en tant que partenaires d’affaires, y compris en tant que fossoyeur de l’Angola, dont l’argent, les marchés et les richesses sont systématiquement siphonnés, sans état d’âme, dans un système où lui, Dokolo, joue le rôle central. Les affaires sont ainsi faites au cœur d’un pouvoir, d’une famille, qui a systématiquement l’Alzheimer lorsqu’il s’agit d’établir les limites entre l’Etat et leurs propres biens.

Certes, n’oubliez pas de mettre tout ceci au conditionnel. Un homme d’affaires n’étant pas un homme d’église, Sindika Dokolo aura la justification facile. En Angola, le fils d’Augustin Dokolo est couvert par l’épaisse ombre de son épouse Isabel, si puissante qu’elle ne prend même pas le nom de Dokolo à l’issue de leur mariage.  Et puis, avait-il le choix ? Lui Dokolo ? Qui aurait refusé des tels avantages souvent donnés ? Et puis, ces révélations, pourquoi tombent-elles aussi bizarrement de manière téléphonée ? « Je suis comme un mouton dans le couloir de l’abattoir », crie-t-il. « Il y a volonté de nous nuire », vocifère-t-il. Avec raison peut-être. L’affaire a des racines politiques.

Personne au pays d’Adam Bombole pourrait alors pleurer des affaires entre Angolais. Toutefois, c’est l’histoire d’un jardinier qui arrose son jardin. Un enfant, arrivé par derrière, met le pied sur le tuyau d’arrosage. L’homme regarde le bec du tuyau, pensant qu’il est bouché. Le petit espiègle retire son pied et le jardinier est aspergé. Il court ensuite après le jeune garçon, l’attrape, lui donne une fessée et l’arrose à son tour. Le film  Louis Lumière prend tout son sens dans l’histoire de Sindika Dokolo.

Litsani Choukran
Le Fondé.

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