Kengo, Minaku et le calendrier électoral

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A l’occasion de cette rentrée parlementaire à Kinshasa, les présidents des deux Chambres du Parlement de la République démocratique du Congo ont eu à prononcer, chacun à son tour, leurs discours solennels d’ouverture de la session. Et l’on a pu déceler plusieurs points communs dans leurs speeches, malgré qu’à des termes différents.

D’abord, les deux honorables présidents ont exprimé leur compassion aux victimes des violences et des catastrophes naturelles survenues dans le pays pendant la période d’intersession. Ils ont aussi abordés dans leurs discours des questions économiques, en brossant la situation sociale qui prévaut actuellement dans le pays. Mais beaucoup plus, ils se sont appesantis sur les enjeux  politiques de l’heure, avec un accent particulier sur l’épineux problème de l’aboutissement du processus électoral dans le pays.

Les deux présidents du Parlement ont indiqué que la présente session est essentiellement budgétaire. Donc, la priorité est accordée au projet de loi de finances exercice 2018 qui devra être présenté et défendu au niveau des deux Chambres du Parlement pour examen, adoption et vote du budget national 2018.

Toutefois, les calendriers de cette session dans les deux Chambres du Parlement comportent plusieurs matières à titre d’arriérés législatifs, en y ajoutant des nouvelles matières, dont notamment, le projet de loi organique sur le Conseil national de suivi de l’Accord (CNSA) et celui modifiant et complétant la loi électorale et le nombre de sièges.

Tous deux pour la stabilité économique

Concernant les questions économiques, le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku Ndjalandjoko a reconnu que l’économie congolaise demeure en proie à la persistante des contraintes majeures à lever pour stabiliser le cadre macroéconomique et relancer durablement la croissance. Et il a en outre promis que l’Assemblée nationale s’emploiera à amplifier le contrôle parlementaire à tous les niveaux aux fins du renforcement de la bonne gouvernance.

Son collègue président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, estime pour sa part que l’élément déclencheur de la crise est la baisse amorcée, il y a  deux ans, des cours des matières premières exportées. Et il a expliqué que le secteur minier demeure le moteur de croissance et de développement du pays…

Toutefois, a-t-il soutenu que l’économie nationale doit être diversifiée. Pour lui, il faut promouvoir l’agriculture et l’investissement privé pour soutenir la transformation structurelle de l’économie.

« Dans ce cadre, la poursuite des efforts visant à améliorer le climat des affaires est indispensable. La résilience de l’économie face aux chocs externes doit être renforcée. Le gouvernement devra aussi songer à mettre en place un fonds de stabilisation, pour faire face à l’instabilité des cours  des matières premières », a-t-il dit.

Kengo veut un calendrier acceptable par tous, Minaku un calendrier et des élections sans précipitation

Et en ce qui concerne la vie politique du pays, Léon Kengo est d’avis que l’Accord politique global et inclusif du 31 décembre 2016 constitue, pour le moment, la seule piste susceptible de sortir le pays de la crise qui le mine. « Par l’Accord global et inclusif de la Saint Sylvestre, les congolais ont compris que, c’est au point de jonction des opinions divergentes que se construit la nation », a-t-il déclaré.

De son côté, le speaker de la Chambre basse du Parlement a souligné que la présente session parlementaire s’est ouvert dans un contexte politique particulier. Puisque marqué notamment par la poursuite de la mise en œuvre de l’Accord politique global et inclusif signé le 31 décembre 2016 et son Arrangement particulier dans la perspective de l’organisation d’un processus électoral apaisé, complet, inclusif, crédible et conforme au standard international.

Il a expliqué que face au retard pris par le Gouvernement dans le dépôt d’un projet de loi organique portant institution, organisation et fonctionnement du Conseil national de suivi de l’Accord et du processus électoral (CNSA), un député national a eu à déposer au bureau de l’Assemblée nationale une proposition de loi organique sur la même matière.« Cette initiative législative sera donc examinée en priorité au cours de la présente session », a-t-il rassuré.

De même que pour le projet de loi modifiant et complétant la Loi électorale, Aubin Minaku Ndjalandjokoko a rassuré qu’il fera l’objet d’un examen au cours de cette session, « pourvu que le texte soit déposé dans les délais requis par le Gouvernement. Et nous veillerons à ce qu’il le soit ». Il a de ce fait salué et félicité le travail « très remarquable » réalisé par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) « qui déjà, dans un contexte politique, sécuritaire et économique particulier, procédé à l’enrôlement de près de 42 millions d’électeurs sur une prévision de plus ou moins 45 millions ».

Le premier des députés nationaux congolais a ainsi invité le CNSA ainsi que la CENI, chacun dans la sphère de responsabilité, à s’assumer pleinement pour assurer le peuple congolais par la publication au plus vite du calendrier électoral. Et exhorte-t-il toutes celles et tous ceux qui sont concernés dans la mise ne œuvre du processus électoral en cours de s’y impliquer activement.

L’objectif étant l’organisation des élections générales et crédibles dans un délai accepté, raisonnable, sans précipitation inconsidérée, « c’est-à-dire, en conciliant judicieusement les précisions d’ordre temporel et les contraintes d’ordre technique… En un mot, et ça vaut la peine d’insister, pas de précipitation inconsidérée ni lenteur excessive », a élucidé l’honorable Minaku.

Et d’ajouter qu’ « aujourd’hui, la seule issue fiable et royale pour sauver notre jeune démocratie demeure indubitablement l’organisation de ces élections tant attendues ».

Sur cette même question des élections, le premier des sages de la République a rappelé dans son discours qui était très  attendu, que la CENI a le devoir républicain de publier un calendrier électoral acceptable par tous. Et le Gouvernement devra mettre à la disposition de cette institution d’appui à la démocratie, tous les moyens nécessaires à la réalisation d’élections crédibles. Quant au Parlement, Kengo wa Dondo recommande : « nous avons l’obligation de doter le pays de la loi organique sur le CNSA et des lois relatives aux élections ».

Voilà pourquoi, il nous revient de se poser la question de savoir si ces discours des deux présidents du Parlement de la République démocratique du Congo, surtout quand ils exigent au même moment à la CENI le calendrier électoral, expriment vraiment la volonté réelle de ces acteurs politiques, pourtant au pouvoir, d’amener le pays aux élections.

N’est-ce pas une sorte d’ironie de leur part ? Quand on sait que les élections viendront mettre fin au régime actuel, et par conséquent, la fin de leur règne.

Qui peut donc vouloir la fin de son règne ? En tout cas, Kengo et Minaku font exception. Wait and see !

Ba-Lomela

1 COMMENTAIRE

  1. Une parenthèse !
    Kiekiekieee, sans doute ce Minaku a-t-il un peu de la mémoire historique en parlant du délai pour la tenue des scrutins ; c’est déjà ça !

    En effet lorsqu’il souhaite qu’on organise les élections « sans précipitation inconsidérée et sans lenteur excessive », ses termes rappellent quasiment mots pour mots ceux du roi des Belges Baudouin 1er en 1959 dans un discours devenu célèbre parce qu’il surprit sa classe politique, les Belges et les Congolais eux-mêmes de la colonie dans la mesure où presque à contre-courant de toutes ces opinions il reconnaissait pour la première fois dans sa voix fluette et dans un style châtié la nécessité de l’indépendance du Congo belge !
    Il dit exactement ceci : «… Notre résolution est aujourd’hui de conduire sans atermoiements funestes, mais sans précipitations inconsidérées, les populations congolaises à l’indépendance, dans la prospérité et la paix ». …

    Connaissant ce discours que j’ai entendu presque au décours de sa tenue à la radio à Léo avec mon père (ça ne me rajeunit pas !) et plusieurs fois par la suite lors des rétrospectives historiques au Congo et lors de mes recherches personnelles, étant amateur de l’histoire de cette période, j’y ai pensé instinctivement en écoutant les termes actuels de Minaku !
    Je referme aussitôt ma parenthèse de curiosités !

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