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Spécial Mapping: tortures, tueries et pillages contre les Tutsi par des FAC dans le Katanga

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Dans le rapport Mapping publié en août 2010 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme sur les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire congolais, la période comprise entre aout 1998 et janvier 2001 a particulièrement été marquée par des crimes horribles commis en République Démocratique du Congo (RDC) lors de la deuxième guerre. Oui

En effet, à compter de la fin de l’année 1997, les relations entre le Président Laurent-Désiré Kabila, le Rwanda et les militaires tutsi présents au sein des Forces armées congolaises (FAC) s’étaient fortement dégradées. Les autorités rwandaises et certains militaires tutsi congolais reprochaient notamment au Président congolais de privilégier son clan katangais, de ne pas respecter ses engagements en matière de reconnaissance du droit des Banyamulenge à la nationalité congolaise et de se montrer trop conciliant envers les ex- Forces armées rwandaises/ Interahamwe [ex-FAR/Interahamwe] et les milices Mayi-Mayi hostiles à la présence de l’Armée patriotique rwandaise (APR) au Congo.

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En juillet 1998, craignant un coup d’état, le Président Kabila a relevé le général rwandais James Kabarebe de ses fonctions de chef d’état-major des FAC et ordonné le départ des militaires de l’APR du territoire congolais. En réaction, le 2 août 1998, des militaires tutsi se sont mutinés et ont lancé, avec l’aide de l’APR, de l’armée ougandaise [Ugandan Prople’s Defence Force (UPDF)], de l’armée burundaise [Forces armées burundaises (FAB)] et de certains militaires des ex-Forces armées zaïroises (ex-FAZ) une rébellion visant à renverser le Président Kabila.

Au fil des mois, la situation militaire est devenue plus complexe. Au mois d’août 1998 révèle le rapport Mapping, après le déclenchement de la deuxième guerre, le Commissaire du district du Tanganyika, a organisé une réunion au stade à Kalemie au cours de laquelle, il a appelé la population à s’enrôler dans des groupes paramilitaires appelés « Volontaires » et à attaquer les Tutsi vivant dans le district. L’incident allégué suivant a été documenté :

Début août 1998, des FAC et des groupes de « Volontaires » ont arrêté les Tutsi vivant à Kalemie. Les hommes ont été détenus à la prison centrale et les femmes dans des maisons sur la colline SNCC [Société nationale des chemins de fer du Congo]. Au cours des jours qui ont suivi, plusieurs dizaines d’hommes tutsi ont été sortis de la prison centrale et conduits jusqu’au « camp marin », à proximité de l’aéroport. Les FAC les ont ensuite exécutés sommairement et ont jeté leurs corps dans une fosse commune. Après sa prise de contrôle de Kalemie, le 26 août 1998, les responsables du RCD ont fait libérer de la prison les femmes et les enfants qui s’y trouvaient encore. Ils ont aussi fait exhumer plus de 70 corps au niveau du camp marin et les ont fait acheminer par bateau jusqu’à Uvira où un monument a été érigé en leur mémoire.

Comme mentionné précédemment, au début des années 70, une importante communauté tutsi originaire des plateaux de Minembwe du territoire de Fizi, au Sud-Kivu, s’était installée dans la région de Vyura, localité située à 150 kilomètres de Moba, dans le district du Tanganyika. Au cours des années 90, les relations entre les Tutsi de Vyura (appelés Banyavyura) et le reste de la population, composée majoritairement de Tabwa, s’étaient fortement dégradées, notamment après l’exécution, en avril 1997, du chef coutumier Tabwa par les troupes de l’AFDL/APR. Après le déclenchement de la deuxième guerre, en août 1998, le Commissaire de district du Tanganyika, dans un discours public prononcé à Kalemie, a appelé la population locale à « effacer Vyura de la carte ». Dans ce contexte, l’Equipe Mapping a documenté les incidents allégués suivants :

• Le 15 août 1998, à Vyura, des éléments des FAC ont arrêté plus de 2 000 Tutsi et en ont tué un nombre indéterminé. Le 16 août, les militaires ont notamment exécuté une dizaine de membres influents de la communauté tutsi locale. Les hommes ont été détenus au camp de Kansalale, dans une église et dans la maison du chef Kabugora. Les femmes et les enfants ont été gardés dans une église et dans l’école primaire de Kasanga. Les arrestations se sont accompagnées du pillage des biens appartenant aux Tutsi. Le 18 août 1998, un groupe d’environ 300 Tutsi qui avaient réussi à s’enfuir et à s’armer de lances et de couteaux a lancé une contre-attaque contre les FAC. Au cours des affrontements, les FAC ont tué une soixantaine de Tutsi, parmi lesquels le chef Kabugora, incendié toutes les maisons sur leur passage, pillé les biens et volé le bétail des Tutsi. Le bilan total des tueries est difficile à établir. Plusieurs sources indiquent que plus d’une centaine de Tutsi seraient morts à Vyura au cours du mois d’août 1998. Le 15 septembre, les militaires de l’ANC et de l’APR ont pris le contrôle de Vyura et ont aidé les 8 000 à 10 000 Tutsi rescapés à partir pour Kalemie. Certains se sont installés au Sud-Kivu et d’autres sont partis comme réfugiés dans les pays frontaliers.

• À Moba, en août 1998, des militaires des FAC ont exécuté par balle, avec l’aide des habitants, une quarantaine de membres de la communauté tutsi, principalement des commerçants et des étudiants.

Début août 1998, plus d’un millier de jeunes recrues, parmi lesquels plusieurs centaines de jeunes tutsi, venaient d’achever leur formation militaire assurée par des instructeurs tanzaniens au sein de l’école des cadets de la base de Kamina. L’incident allégué suivant a été documenté:

• Le 5 août 1998, les forces de sécurité restées loyales au Gouvernement de Kinshasa ont tué un nombre indéterminé de jeunes recrues militaires tutsi ou d’origine rwandaise sur la base militaire de Kamina. Les victimes n’étaient pas armées. Elles ont été tuées par balle dans de grands hangars situés au niveau des rails, près du dépôt d’armement de la base. Les corps des victimes auraient ensuite été enterrés dans la forêt environnante ou brûlés. Le nombre total de victimes reste incertain mais s’élèverait à au moins une centaine.

Au cours de la première moitié du XXe siècle, sur les encouragements des autorités coloniales, une importante communauté d’origine rwandaise (hutu et tutsi) s’était installée dans le sud de la province du Katanga (Lubumbashi, Likasi, Kipushi et Kolwezi) pour travailler dans les mines. Cette communauté relativement discrète avait gagné en visibilité après l’arrivée des militaires de l’AFDL/APR à Lubumbashi, en avril 1997. Dans ce contexte, l’Equipe Mapping a documenté les incidents allégués suivants:

• À compter du 3 ou du 4 août 1998, les services de sécurité du Président Kabila à Lubumbashi, Kipushi, Likasi et Kolwezi ont arrêté arbitrairement plusieurs centaines de Tutsi, de personnes d’origine rwandaise et des civils leur ressemblant. La plupart de ces personnes ont été torturées dans les cachots de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la police ou de l’armée. Plusieurs dizaines d’entre elles ont été exécutées. Le camp militaire Vangu et la carrière de Kilimasimba, sur la route entre Lubumbashi et Kipushi ont souvent été cités comme les lieux probables d’exécutions sommaires. Dans son rapport de 1998, l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO) avait avancé le chiffre de plus de 70 victimes. Ceux qui n’ont pas été exécutés ont, pour la plupart été regroupés dans l’ancien couvent de religieuses de la congrégation des Bakhita, dans le quartier Kigoma de Lubumbashi. Plus de 500 civils, dont une majorité de Tutsi, ont ainsi vécu dans le camp des Bakhita pendant plus d’un an, dans des conditions déplorables. À compter de juillet 1999, les internés au couvent des Bakhita ont été autorisés à quitter Lubumbashi et ont pu se réinstaller à l’étranger avec l’aide du HCR et du CICR. Dans la zone sous contrôle gouvernemental, toutefois, la traque menée par l’ANR et les FAC s’est poursuivie dans la province du Katanga jusqu’au courant de l’année 2000 et a donné lieu à un nombre indéterminé d’exécutions sommaires ou de disparitions.

Junior Ngandu

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