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RDC: Le Dr Denis Mukwege toujours sous menaces de mort « des hommes armés »

Les menaces de mort dont fait l’objet le Docteur Mukwege, sont loin d’être terminées. Dans une interview accordée au journal britannique The Daily Telegraph, le prix Nobel de la paix 2018 dénonce le fait qu’il continue de recevoir des menaces « écrites et verbales ».

Retranché dans son hôpital de Panzi, situé dans la ville de Bukavu (province du Sud-Kivu), à deux pas de la frontière rwandaise, ce gynécologue congolais surnommé « l’homme qui répare les femmes », a confié que des hommes armés sortent la nuit, tirant des coups de feu non loin de chez lui, pour le  » traumatiser ».

Ces hommes armés, à en croire le prix Nobel de la paix, sont en effet des « gens qui font toutes les mauvaises choses » dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Cette sorte de confinement pour des raisons sécuritaires est, pour Denis Mukwege, similaire au fait de « vivre comme dans une prison », a-t-il confié au quotidien anglais.

« Les menaces sont écrites et verbales. Il y a des moments où des hommes armés sortent de chez moi et tirent dans la nuit, juste pour nous traumatiser et créer la peur en nous », a-t-il déclaré, avant de préciser :  » je ne peux pas vous dire qui exactement. Mais, ce que je sais, c’est que les gens qui font toutes les mauvaises choses dans ce domaine, sont ceux qui me menacent. »

Les menaces de mort à l’endroit du Prix Nobel de la paix congolais, le Docteur Dénis Mukwege, ne date pas d’aujourd’hui. Ce médecin vient de passer près d’un an quasiment confiné, sans avoir quitté le quartier Panzi, à Bukavu. Il l’avait lui-même récemment révélé à travers sa lettre de remerciement adressée le 10 mars 2021 à l’artiste musicien franco-congolais Dadju, pour le soutien que ce dernier a apporté à son l’Hôpital de Panzi. “Le Réparateur des femmes”, qualificatif lui attribué pour ses nombreuses interventions chirurgicales sur les femmes victimes de violences sexuelles, faisait savoir dans cette lettre que la visite à sa famille, aux amis et ses partenaires lui manquent beaucoup.

Au mois d’août 2020, le Docteur Denis Mukwege avait dénoncé faire l’objet des menaces de mort en rapport avec ses prises de position sur les crimes à répétition commises dans la partie Est du pays. Des menaces lui ont également été proférées à cause de son plaidoyer insistant en faveur de la mise en œuvre des recommandations du rapport Mapping de l’ONU de 2010, un rapport qui pointe d’un doigt accusateur les auteurs des crimes commis à l’Est. Au sujet de ce rapport, le Responsable de l’hôpital de Panzi n’a cessé de solliciter l’instauration d’un tribunal pénal spécial pour la RDC, qui devra juger les violations des droits de l’homme et des droits internationaux commis en RDC.

Le rapport Mapping a en effet documenté plus de 600 crimes de guerre et crimes contre l’humanité « indescriptibles », commis entre 1993 et 2003, des crimes qui ont impliqué plus de 20 milices et huit armées étrangères, dont le Rwanda et l’Ouganda. Les conclusions de ce rapport appelent à de nouvelles enquêtes et poursuites.

Les paroles du Docteur Mukwege lui ont déjà presque coûté sa vie. En 2012, cinq hommes armés en civil sont venus chez lui pour le tuer. Le Docteur n’a survécu que lorsque son garde du corps a réussi à distraire les hommes armés. Le gynécologue a réussi à se cacher, mais son protecteur a été lâchement abattu.

Dans son communiqué publié à Genève le 28 août 2020, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, avait demandé une enquête sérieuse et approfondie sur les menaces de mort contre le Docteur Denis Mukwege qu’elle qualifie d’homme “de reconnaissance mondiale qui s’est sacrifié pour les femmes victimes des violences sexuelles.”

Stéphie MUKINZI

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