Tout commence à la suite une rencontre un peu coutumière samedi dans l’Est de Kinshasa, sous une des tentes de la célèbre ferme présidentielle de Kingakati. Là-bas, Joseph Kabila réunit une fois de plus ses cadres. Il est alors question de prendre la température. Car le temps passe vite. Corneille Nangaa de la CENI a lancé officiellement un appel à chacun des camps politiques à déposer la candidature de leurs favoris à la prochaine présidentielle.

Bahati part seul à la conquête du dauphinat

Dans ce décor, pourtant loin de la tension qu’accusait Kabila lors de son discours à la nation le jeudi dernier au Palais du peuple, le Chef de l’Etat décide alors de s’ouvrir : il appelle ceux qui lui ont déclaré leur flamme, il y a quelques semaines à la suite de la création de la large coalition du Front Commun pour le Congo (FCC), à se pencher sur la question de sa succession.  Toujours dans un calme olympien, et de manière téléphonée, un consensus se dégage, autour de quatre noms, quatre challengers, tous égaux, parmi lesquels lui, le Président, et lui Seul, devrait alors choisir. La discipline, leitmotiv du Kabilisme, est en marche.

Mais voilà. Deux heures après la rencontre, un homme se pique. D’abord au niveau de la presse. Là-bas, une narration transpirant l’euphorisme et la calculette politicienne est envoyé à plusieurs journaux. Digital Congo, proche du saint pouvoir, le darde au public. Nos confrères sont sans équivoque : Moste Bahati Lukwebo, ministre du Plan, est pressenti pour être désigné candidat « dauphin ». A en croire cet article, étrangement analogue à celui qui sera envoyé à plusieurs médias, la majeure partie de la coalition au pouvoir aurait alors plébiscité l’ancien ministre de l’Economie. CV à l’appui, Bahati devient, du moins dans ce texte pré-écrit, le seul à assurer un futur aux Kabilistes à la prochaine Présidentielle. La guerre du dauphinat est déclarée. Sauf qu’une fois de, Modeste Bahati l’allume seul, décidant d’aller chercher son dauphinat. Car en effet, il n’en est pas à son premier coup.

A la tête de sa puissance Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC) — certes démembrée depuis ces derniers mois —, Modeste Bahati Lukwebo (62 ans) livre une silencieuse guerre dans la famille politique de Joseph Kabila, déjà en proie à une fronde d’opposants qui militent pour son effondrement. En mars dernier, l’AFDC, déjà deuxième force de la majorité, a rajouté 15 autres partis alliés et des personnalités politiques pour former une large coalition siamoise à la majorité. L’ancien gouverneur du Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe, le bâtonnier Matadi Wamba, l’ancien gouverneur du Kasaï central Alex Kande sont dans le mouvement : eux tous, des déchus de Kabila.

Bahati: entre rébellion et forcing

Derrière, Modeste Bahati ne fait pas de la langue de bois. :  “Avec ces alliés, l’AFDC qui est déjà disséminé sur l’ensemble du territoire national, peut atteindre le seuil de représentativité au niveau national, provincial et local institué par la loi électorale “. Il a cependant caché ses ambitions présidentielles.

Le mois suivant, une chanson de campagne fait surface. On y loue les religieusement les prouesses Bahati en des termes à rendre jaloux les Christ.  “Les jaloux parlent pour rien. Modeste Bahati Lukwebo (est un) leader sans frontière. Le leader Maximum, le charisme jusqu’aux dents, l’église au milieu du village…” Même si les démentis interviendront, le ministre congolais, grâce à cette stance qui ne dit toutefois pas s’il est candidat, lance un message fort à ses concurrents.

En mai cependant, Kabila qui reste toujours maître d’un bateau plus ou moins rebelles mais calme, est allé jusqu’à remettre son Bahati ses bretelles lors d’une réunion au même Kingakati où il a été obligé de rappeler à tous ses cadres la nécessité de la discipline. Aujourd’hui, il se présente ainsi comme le favori, coiffant au même moment tous les autres prétendants. Joseph Kabila, qui a promis de respecter la Constitution, aura échouer à calmer définitivement les ambitions de son homme de poids, qui n’hésite pas souvent à aller à l’extrême pour se faire grâce.