Lorsqu’en 2016 il accède à la Présidence du Rassemblement de l’opposition alors orphelin d’Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi n’est pas un illustre inconnu dans la scène politique congolaise. Fils de son père qu’on ne présente plus, il a su gravir les échelons dans le principal parti de l’opposition, l’udps, jusqu’à assumer la fonction de Secrétaire Général Adjoint en charge des Relations Extérieures. K

Pressenti plusieurs fois à la primature, fatshi ratera souvent le coche, voyant d’autre cadre raffler la mise. Un peu plus tard, à la faveur de l’organisation du congrès historique dudit parti, il sera propulsé à la tête de la puissante machine qu’est l’udps.

L’homme aura subi toutes les railleries, toutes les moqueries. Dès le départ, les erreurs de casting vont s’accumuler. Tantôt parti après avoir initié une marche la veille, tantôt victime d’une erreur stratégique et bloqué dans sa résidence un jour crucial de marche. Sa bouille ne sera pas épargné tant il recevra même les coups sous la ceinture. Ses légendaires joues en seront même souvent victimes.

Son CV ne manquera pas d’alimenter toutes les réflexions et son vrai-faux diplôme mieux gardé que le code secret de coca-cola suscitera tous les fantasmes. Ses farouches détracteurs lui reprocheront de souvent vivre sous l’ombre du nom de son père plutôt que de se faire un prénom. Les origines de sa femme seront même mises dans la balance par les plus incisifs.

Après avoir obtenu le respect légèrement tardif des accords de la Saint-Sylvestre, l’homme croira en sa bonne étoile. Son parti autrefois fervent ennemi de l’innovation technologique introduite par la Ceni-la machine à voter- finira contre toute attente à changer de fusil d’épaule ce qui lui créera quelques frictions avec ses compères de l’opposition.

Le point culminant sera Genève. Parti après avoir, dans un meeting, demandé à toutes les bases des partis de l’opposition de respecter le choix du candidat qui s’y fera, il ne sera pas élu candidat commun de l’opposition.

Coup de tonnerre ! Après avoir semble-t-il voté en âme et conscience pour son frère de philadelphie et l’avoir adoubé d’être porteur du changement, Fatshi fera volte face en retirant sa signature 24h après sous instigation de sa base. Plusieurs découvriront alors un Félix balbutiant tant les raisons de ce retrait seront pour beaucoup, difficile à cerner. Tantôt parce que c’est la base, tantôt parce qu’ils ont été grugés, tantôt parce que c’était un complot contre la république, tantôt parce quil aurait flanché après trois jours de travail intense et finalement, pince-sans-rire, parce qu’il aurait été tout simplement envoûté.

La séparation d’avec ses frères de Genève étant consommée, il créera avec Vital Kamerhe qui aura également retiré sa signature -pour non respect des poids électoraux alors qu’il avait voté pour matungulu- et formeront le Cach, cap pour le changement. Avec Vital Kamerhe -ce félin politique qui sait toujours retomber sur ses pattes- pour directeur de campagne, ils sillonneront le pays à la conquête des électeurs.

À la différence de son père qui a toujours brillé par son intransigeance et sa propension à dire non, le fils, sans doute par son expérience à la tête de la diplomatie du parti, a su cultiver un sens de l’ouverture, de la négociation et parfois de la concession. Là où le père aurait fait preuve de rigidité, lui sait faire preuve de flexibilité. Sans doute l’un des atouts peu vanté du personnage qui l’emmènera au sommet de son art.

La bataille électorale étant engagée, le couple fatshivit va, après avoir quasiment paralysé les principales artères de la capitale lors de leur retour, enchaîner succès et liesse populaire dans la majeure partie des villes qu’ils ont visité.

Les sorties médiatiques du candidat numéro 20 où il sera peu à son avantage n’y changeront rien. L’homme est une rockstar et sa popularité quoi que peu effritée ne faiblira pas globalement.

Contrairement à ses frères de l’opposition, Fatshi, l’homme candide, sympathique et souvent accompagné d’un sourire vissé à son visage demeurera serein, croyant en sa bonne étoile jusqu’à la publication longtemps reportée des élections qui le plébisciteront avec 38% des suffrages comme le nouveau président de la République Démocratique du Congo. L’homme de ” avec ou sans “, slogan cher à sa campagne en faveur de l’organisation des élections coûte que coûte aura réussi là où son père d’heureuse mémoire aura échoué. Scène de joie et liesse à Limete et un peu aileurs dans la capitale pour le triomphe du fils du sphinx. Ce moment longtemps attendu du vivant du père se verra finalement matérialisé par le fils.

Comme un symbole, le fils du combattant contre la dictature succède au fils du ” libérateur ” face à la dictature. Là où les pères ont échoué respectivement à pacifier le territoire et accéder au pouvoir, les fils ont semble-t-il réussi. Si Etienne a été le premier docteur en droit, Félix est le premier président de l’alternance.

Plus rien ne devrait désormais empêcher à la dépouille du feu Président Mobutu de revenir dans le pays de ses ancêtres tel que promis en campagne mais aussi et surtout, celle du Lider maximo ce, avec tous les honneurs dû à son rang. De l’au delà où il se trouve sera-t-il fier de lui?

Cette élection a également un autre fait historique à souligner au Congo c’est qu’à dater d’aujourd’hui, les 4 langues nationales du Congo auront un des leurs originaires à la tête du pays. Le Kikongo pour Kasa-vubu, Le lingala Pour Mobutu, Le Swahili pour les Kabila et désormais le Tshiluba pour Tshisekedi.

Comme quoi la victoire du ranger était sûrement écrit quelque part dans les pages du destin.

Cependant, la question qui taraude l’esprit de plusieurs observateurs est de savoir quel type de présidence il y aurait pour Tshisekedi qui devra sans doute composer avec un appareil sécuritaire soudé, hérité du règne des kabilas? Le futur nous en dira plus.

L’histoire retiendra qu’il est certainement né sous une bonne étoile, la même que celle de son prédécesseur. Car, si l’homme et le parti au pouvoir vont changer, le mois de juin lui ne lâchera pas la présidence.

La grande leçon à retenir c’est qu’avec ou sans union, l’opposition a placé ses deux candidats en ordre utile raflant près de 72%. Historique!

In fine, Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi est donc, après arrêt de la Cour constitutionnelle, le 5 ème président de la République Démocratique du Congo, notre Président à tous, Cach, Lamuka, Fcc, indécis, incolores, tous citoyens congolais.

Mes Sincères Félicitations à Son Excellence Monsieur Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, Président de la République, Chef de l’Etat.

Tous mes voeux de réussite et fructueux mandat pour le bonheur de ce peuple.

Kevin Ibongya E.