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RDC : François Beya notifié d’être « soupçonné d’avoir participé à des réunions mettant en cause la sécurité de l’État »

Arrêté « manu militari » et auditionné le samedi 5 février, François Beya, le Conseiller Spécial du Chef de l’État en matière de sécurité a passé sa première nuit dans le cachot de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR). Son arrestation a été confirmée par l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) de Me Georges Kapiamba.

D’après Georges Kapiamba qui a rendu visite à François Beya dans la soirée de samedi a renseigngé que son interpellation est en relation avec des activités qui amènent à le suspecter d’actions contraires à sa position de conseiller spécial du Président de la République en matière de sécurité nationale.

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De ce fait, « il a été notifié d’être soupçonné d’avoir participé à des réunions mettant en cause la sécurité de l’État ».

Me Georges Kapiamba a dans la foulée fait savoir que son épouse, son frère et son médecin sont autorisés à lui rendre visite. « Le Chef de l’ANR nous a promis que ses droits fondamentaux seront respectés ».

L’arrestation de François Beya est intervenue pendant que le Président de la République, Félix Tshisekedi séjournait à Addis-Abeba où il a participé à la 35ème session de l’Assemblée générale de l’Union Africaine des chefs d’État et des gouvernements.

Zoom sur François Beya

François Beya, puissant « monsieur sécurité » du Président de la République, jusqu’avant son interpellation, intervenait dans les dossiers les plus sensibles du pays. C’est un pur produit du service des renseignements dans lesquels il a fait toute sa carrière.

Sous l’ère Mobutu, François Beya a été à côté de Seti Yale, conseiller à la sécurité du Président Mobutu Sese Seko. Ce dernier qui l’a d’abord recruté pour être à ses côtés. François Beya a gravi les échelons au sein de l’ANR jadis, Centre national de documentation puis du Conseil National de Sécurité (CNS). Il a dirigé le cabinet d’Honoré Ngbanda, l’un des plus fidèles «sécurocrates» de Mobutu avant la chute de ce dernier en 1997.

Beya a été au Shin Beth en Israël où il était le contre-espionnage israélien. Il a multiplié les formations et développé son réseau en Europe et aux États-Unis. Sa dernière formation remonte entre 2009 et 2011 en Virginie dans la National Défence University des USA.

À l’arrivée de Laurent Désiré Kabila, il est allé en exil en Europe. À Kinshasa, sa résidence de Binza a été attaquée et occupée par des soldats de la rébellion du Président Laurent Désiré Kabila. Il revient au pays peu de temps après. Il devient directeur de cabinet de l’administrateur général de l’ANR, Didier Kazadi Nyembo qui en fait, sur recommandation de ses contacts, l’a adoubé.

Sous le régime 1+4 François Beya a été directeur général adjoint de la Direction de Migration (DGM) et il a été conduit par Joseph Kabila en 2006 après son élection avant d’en prendre les rênes. Il demeure aux côtés de Kabila jusqu’à l’accession au pouvoir de Félix Tshisekedi en janvier 2019.

Dans le réseau d’affaires Makutano, François Beya a aussi ses entrées. Le Président de la chambre de commerce franco-congolaise, Ambroise Tshiyoyo est son cousin, apprend-on.

Jeune Afrique révèle que son cousin est marié à Nicole Sulu, fondatrice du réseau d’affaires Soultani Makutano et gérante de l’hôtel Soultani, où Beya possède des bureaux. Selon ce magazine, c’est en partie grâce au carnet d’adresses de Beya que ce think tank a construit son succès.

La même source renseigne que le grand frère de Beya, Constantin Tshiyombo, ancien banquier basé à Kigali rentré au pays peu après l’arrivée de l’AFDL, a été nommé le 14 juillet 2021 à la tête du Conseil d’administration du Fonds pour la promotion de l’industrie (FPI) par le Ministre de l’industrie, Julien Paluku Kahongyha.

Ce conseiller spécial du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, a joué un rôle essentiel dans la mise en place de l’Union Sacrée de la Nation. D’après Jeune Afrique, François Beya a été sur tous les fronts pour permettre à Félix Tshisekedi de reprendre le pouvoir qu’il partageait avec son prédécesseur. De la nomination des juges à la Cour Constitutionnelle à la restructuration de l’armée, c’est lui, François Beya. Il est également en contact avec plusieurs personnalités politiques de premier plan dont Joseph Kabila, Moïse katumbi et Jean-Pierre Bemba.

François Beya a des ennemis à l’UDPS et au FCC. Il entretient des relations délicates avec Jean-Marc Kabund-A-Kabund. Certains de ses détracteurs l’accusent d’avoir joué un rôle dans la mise à l’écart de ses anciens collègues des services dont Kalev Mutond et John Numbi aujourd’hui sont en cavale.

À en croire le magazine Jeune Afrique, Beya dispose de solides contacts à Bangui, notamment celui du Président Touadéra. Ce dernier l’a d’ailleurs décoré de l’Ordre national du Mérite Centrafricaine en décembre 2019. François Beya aurait, apprend-on, fait office de médiateur de l’ombre, début 2020, entre Faustin-Archange Touadéra et son prédécesseur, François Bozizé, aujourd’hui dans le maquis.

Christian Okende

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