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Blocage autour des postes: l’Union Sacrée se fissure déjà

La grande union prônée par le président Félix Tshisekedi va déjà vers un mur, alors qu’elle n’est même pas encore mise en place formellement. Le Chef de l’Etat congolais a du mal à accorder les violons avec ses deux alliés, alors qu’une flopée de Kabilistes ont envahi sa coalition.

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« Adhésions moqueuses », s’exclamait Steve Mbikayi, ministre des Actions Humanitaires et farouche partisan et membre de la coalition de l’ancien président Joseph Kabila, en s’attaquant à ceux qui quittaient son « Chef » pour rejoindre Félix Tshisekedi. Nous sommes le 23 décembre, à deux jours de Noël. Comme lui, un autre monte au créneau et fustige la grande Union Sacrée prônée par Félix Tshisekedi, qui veut alors se défaire de son allié Joseph Kabila. Alphonse Ngoy Kasanji, qui ne jure que par sa coalition du Front Commun pour le Congo (FCC) . De l’autre côté, Lambert Mende, l’image même du régime de Kabila, ne bronchait même pas. Le 4 janvier, alors que le Congo commémore ses martyrs des « Émeutes de janvier 1959 à Léopoldville », un événement arrête le temps du Côté de la Cité de l’Union Africaine.

Le président Félix Tshisekedi s’offre un buffet aux côtés des « élus » de l’Union Sacrée. La réponse à son appel prend donc forme. Plus de 300 députés l’entourent, lui qui n’avait qu’une trentaine d’élus à l’issue des législatives du 30 décembre 2018. Au milieu de cette clique, un homme se tient fièrement devant les caméras. Alphonse Ngoy vient de rejoindre l’Union. Comme explication, l’homme évoque d’abord la volonté de « sa bande », pour finir par celle de « Dieu ».

Des adhésions nocives

La RDC contemple alors sa scène politique, dans l’un de ses plus grands talents. Mais cette union, voulue par Tshisekedi, et largement soutenue par les Congolais, commence alors à inquiéter. Car s’il faut s’unir sur des nouvelles bases, la ruée des élus du FCC pousse au questionnement. Et une nouvelle arrivée va bien accentuer les angoisses. Steve Mbikayi, qui jurait de finir dans le tombeau de Kabila, annonce son adhésion à l’Union. « Je me battrai pour que le Chef de l’État actuel (Félix Tshisekedi) soit notre candidat Union sacrée en 2023, parce qu’il n’a pas eu le temps de gérer, ces deux ans n’ont été que de conflit, on n’a pas eu le temps de travailler pour le peuple », affirme-t-il sans rire, allant jusqu’ajouter qu’il serait le « co-fondateur » de l’Union Sacrée. Lambert Mende officialisera son arrivée juste après.

Mbikayi fait rire. Mais ailleurs, les choses sérieuses commencent. L’arrivée de la meute Kabiliste ne rassure pas. Car, dès le début, cette union ne devrait avoir lieu qu’autour de trois hommes : d’abord le président Tshisekedi, ensuite l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, et enfin, l’opposant Moïse Katumbi. Les deux vont d’ailleurs rapidement tenter d’en savoir plus.

Le dimanche 27 décembre, tard dans la soirée, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba ont une nouvelle fois répondu à une invitation de Félix Tshisekedi. Il s’agit d’une première rencontre officielle, après d’autres dans les coulisses. L’objet est de rassurer sur la formation du trident autour de l’Union sacrée. Mais dans les coulisses, les choses ne sont pas si simples. Les alliés qui ont tous à cœur d’écarter Joseph Kabila du pouvoir, ont toutefois des agendas qui ne corroborent pas.

Alors que Mbikayi retournait sa veste, Félix Tshisekedi aussi avait un plan. Le président notamment, avec l’accord de ses deux nouveaux alliés, Modeste Bahati, un autre ancien Kabiliste, au poste d’informateur, sensé « identifier une nouvelle majorité ». Entendez donc que ce dernier ne devrait pas être le futur Premier ministre. Une précision sans doute pour assurer Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi. Mais. L’entente volera en éclats lorsque, depuis Brazzaville, le Chef de l’Etat laisse entendre que le futur Premier ministre « Ça sera soit Modeste Bahati, soit une autre personne ».

Querelles autour des postes

À Kinshasa, ce jeudi 14 janvier, Jean-Pierre et Moïse Katumbi ne l’entendent pas de cette oreille. Durant une ultime rencontre avec Félix Tshisekedi, ils ont réitéré leur position. « Moïse Katumbi veut que la présidence du Bureau de l’Assemblée nationale revienne à sa coalition. De son côté, Jean-Pierre Bemba veut être nommé Premier ministre. Mais le Président leur a dit qu’il avait déjà fait ses choix pour les deux postes », explique un Conseiller du président qui a requis l’anonymat.

En somme, selon des informations concordantes, Félix Tshisekedi aimerait bien garder Modeste Bahati comme Premier ministre, « ou confier le poste à l’aile du FCC qui vient de rejoindre l’Union sacrée », explique notre source. Par ailleurs, pour l’Assemblée nationale, le président songe à Jean Pierre Lihau, fils de Marcel Lihau, un des trois fondateurs de l’UDPS aux côtés d’Etienne Tshisekedi. Lihau est également un ancien de la coalition de Joseph Kabila.

Mais Félix Tshisekedi ne veut surtout pas laisser un boulevard à ses nouveaux alliés. Car en visant l’Assemblée nationale, Moïse Katumbi cherche surtout à superviser la révision constitutionnelle autour des prochaines élections de 2023. L’ancien gouverneur du Katanga était le grand absent de la présidentielle de 2018. Joseph Kabila et son régime ont tout fait pour l’en exclure, prétextant notamment qu’il n’avait pas de nationalité congolaise d’origine. Mais Katumbi a pendant longtemps été proche de Félix Tshisekedi, ayant notamment formé la coalition du Rassemblement en 2016 aux côtés d’Etienne Tshisekedi, le père de l’actuel président.

Des futurs ennemis

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A l’élection de Félix Tshisekedi, Katumbi a réussi à récupérer son passeport congolais et s’est même offert une rentrée triomphale au pays après son exil de trois ans. Il semble entretenir depuis une position adoucie vis-à-vis de Félix Tshisekedi. Autour de l’Union Sacrée, l’ancien Gouverneur du Katanga, espère surtout « contrôler » le futur cycle électoral. En vue de la présidentielle prévue en 2023, «Moïse Katumbi et sa coalition, la première force d’opposition dans les deux chambres du Parlement, pourraient avoir un regard pointu sur la préparation des futures élections, à commencer par la désignation des membres de la Commission électorale, qui n’est toujours pas en place. Katumbi n’a aucun intérêt à assumer un quelconque bilan actuellement. Sachant que si des élections étaient convoquées, il sera ipso-facto candidat. Mais il pourrait envoyer ses cadres au Gouvernement pour contrôler le processus d’organisation des élections et donc s’assurer que rien ne soit fait contre sa future candidature », expliquait une source proche du camp Kabila à POLITICO.CD

De son côté, Jean-Pierre pourrait constituer un vrai casse-tête à la Primature. L’ancien vice-président est inéligible à la présidence en RDC, après avoir été condamné pour « subornation des témoins » par la Cour Pénale Internationale (CPI). Cette condamnation a été assimilée par le régime de Joseph Kabila à une condamnation pour « corruption », le privant donc de la présidentielle de 2018. Mais Bemba pourrait bien rêver d’une modification de la loi électorale à ce sujet, alors que la nouvelle Union sacrée pourrait avoir une majorité. Par ailleurs, longtemps sur le banc de touche, durant son emprisonnement de 10 ans à la Haye par la CPI, le président du Mouvement de Libération du Congo (MLC) espère bien reprendre les affaires.

« Selon les discussions en cours, un Gouvernement d’union sacrée est envisagé. Et Jean-Pierre Bemba pourrait en prendre les commandes, sachant que ni Félix Tshisekedi, ni Moïse Katumbi, ne pourront lui faire de cadeau en faisant sauter le verrou qui le prive de la Présidentielle », explique pour sa part un proche du camp Kabila. Ainsi, les deux alliés, s’ils arrivaient à rafler les deux postes importants, pourront alors constituer un véritable cauchemar pour Félix Tshisekedi en 2023.

Les trois alliés se sont quittés en queue de poisson. Félix Tshisekedi, expliquent des sources concordantes, a campé sur ses positions. Dans la foulée, Moïse Katumbi a quitté Kinshasa, laissant ses députés de la coalition « ENSEMBLE » sans « mot d’ordre », alors que la nouvelle union sacrée devrait préparer une motion de défiance contre le Premier ministre Sylvestre Ilukamba. Avec au moins 60 députés, en plus de ceux de Katumbi et des anciens FCC toujours aussi volatiles, les deux alliés pourraient bien mettre en péril la nouvelle majorité rêvée par Tshisekedi.

Du côté de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), des voix s’élèvent déjà pour dénoncer un « chantage » de la part de Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi. Les proches de Katumbi dénoncent à leur tour la « boulimie » de Félix Tshisekedi et ses proches. Une chose est sûre, l’Union Sacrée se mue petit à petit en une Tour de Babel. Ce que n’a pas manqué de remarquer le député honoraire Adam Bombole, proche du président congolais. « Les humiliations subies et supportées ont généré la frustration qui a conduit à la liquidation de la coalition Fcc-Cach. Aujourd’hui, il est inacceptable de subir le chantage des partenaires politiques alliés. Sans doute, la dissolution du Parlement serait le remède ! » s’est-il exclamé.

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