En RDC, la jeunesse du parti au pouvoir se radicalise-t-elle?

0
890

En République démocratique du Congo,  le PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) est la colonne vertébrale du pouvoir du président Joseph Kabila. Il lui a fourni une grande partie d’élus qui composent la fameuse Majorité Présidentielle. Depuis la fin officielle du deuxième et dernier mandat du Président congolais en décembre 2016, le PPRD est entré dans un combat de survie, où il ressemble de plus en plus un parti Etat.

Une branche de ce parti symbolise réellement cette lutte. Il s’agit de la Ligue des Jeunes, dirigée par Patrick Nkanga. Il y a un an, elle était encore dirigée par le député Francis Kalombo, mais ce dernier a claqué la porte du parti pour rejoindre l’opposant Moïse Katumbi. Depuis sa prise de fonction Nkanga,  Juriste de formation, en complicité avec le Secrétaire général du PPRD Henri Mova Sakanyi, a transformé cette structure pourtant anodine jusque-là.

Une connexion polémique avec les Imbonerakure

En effet, tout trouve son origine lors d’une tournée au Burundi, répondant favorablement, en août dernier, à une invitation des Imbonerakure, mouvement de jeunesse burundais affilié au CNDD-FDD, le parti au pouvoir. Problème: les jeunes burundais sont soupçonnés d’être une milice supplétive des forces armées burundaises.

Depuis, la Ligue des Jeunes du PPRD s’est transformée. Elle tient de plus en plus un discours tranchant, qui veut défendre Joseph Kabila, même contre les manifestations et les menaces d’insurrection de l’opposition.

Main droite sur le cœur, poing gauche  levé et tendu. Sur leurs têtes, plusieurs, y compris leur chef, ont des bérets rouges… certains rampent même par terre, c’est ces images de camp d’entraînements militaires qui sont diffusées sur les réseaux lors des meetings tant de ce parti que de sa ligue des jeunes.

« Les bérets rouges que portent certains jeunes du Parti ne doivent pas vous effrayer, nous sommes un Parti de Gauche, plusieurs mouvements de Gauche s’habillent de la sorte, il symbolise notamment la discipline et l’esprit militant et aucunement un attachement à des valeurs autres que celles républicaines », explique toutefois Patrick NKanga, précisant l’usage est répendu au sein de la classe politique au pays. « Il y a des jeunes qui mettent de bérets, c’est le cas chez nos amis de l’UDPS et du Parti Orange… nul besoin de faire une fixation là-dessus »

Barrer la route à l’anarchie

Aux allures marxistes, ce parti, pourtant socialiste, multiplie désormais des signaux de radicalisation. Toutefois, Nkanga dément une quelconque idée de durcissement. « Ce n’est ni dans notre culture ni dans nos objectifs », dit-il à POLITICO.CD.  « Ce à quoi nous nous préparons, ce sont les élections, au regard du calendrier électoral qui a été publié par la CENI. L’ambition de la Ligue des Jeunes, conformément au souhait de l’Initiateur de notre Parti [le président Joseph Kabila] relatif au renouvellement de la classe politique, est d’obtenir l’alignement de plusieurs jeunes comme candidats lors des élections locales, urbaines, provinciales et nationales, afin que les jeunes prennent part activement à la gestion de notre pays », ajoute-t-il.

Pour le président de la Ligue des Jeunes du PPRD, le radicalisme, la haine, l’extrémisme… ne sont pas des valeurs prônées au sein de son Parti, encore moins au sein de sa ligue :  » Nous sommes dans une démarche républicaine et cette dernière, c’était aussi de barrer la route à toute forme d’instauration d’anarchie, il incombe à tout citoyen de préserver les valeurs républicaines au sein d’un Etat et la tentative du renversement du régime constitutionnel n’en est pas une », lance-t-il toutefois.

Barrer la route à l’anarchie, c’est le terme qui inquiète le plus au pays. Alors que la crise politique s’est accentuée après la publication le 5 novembre du calendrier électoral dénoncé par l’opposition, la Ligue des Jeunes a promis de faire barrière à toute tentative visant à renverser Kabila. Les mouvements citoyens et les coalitions anti-Kabila en appellent de leur côté à la rue pour chasser le président congolais, au risque d’y croiser désormais ces jeunes du PPRD.