Du sang ! Des morts ! Des Congolais tombent, des jeunes Congolais tombent. Nos compatriotes, l’avenir de ce pays, tombent comme des mouches fauchées par un vent violent de la guerre. En temps de paix, disait Hérodote, les fils ensevelissent leurs pères ; en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils. Sommes-nous en guerre ? Pourquoi, dans ses rues inoffensives, derrière ses revendications pourtant légitimes des pères et des mères sont-ils obligés d’enterrer leurs fils ?

Des innocents sont morts dans ce pays. Pas plus tard que hier, pas plus tard qu’aujourd’hui, en ce moment même… les routes du paradis  sont trop remplies d’anges congolais. Ces étudiants, ces jeunes, ces mamans, ces pères… certains réclamaient juste la liberté. La justice. L’égalité. Ils réclamaient les élections. L’alternance démocratique, la fin de la corruption…. Ils ont été réprimés, dans le sang. D’autres, n’ont rien cherché. Ils n’ont provoqué personne. Et pourtant, ils ont été fauchés, par des seigneurs de violences exterminatrices. Oui, les routes du ciel sont inondées d’âmes d’innocents congolais, elles sont pavées du sang d’innocents congolais.

Ni noms, ni identification. Car ils meurent tous de la mauvaise mort. Celle qui ne devrait pas arriver. Car oui, la rue ne tue pas. Nul ne peut trouver la mort en décidant de faire face à l’inaction, faire face à la fatalité, en portant la croix du changement, et en réclamant dignement un avenir meilleur pour des milliers d’âmes en souffrance dans ce Congo tourmenté.

La rue ne doit pas tuer. La rue ne tue pas, la rue ne devrait pas tuer. Mais alors, pourquoi ? N’y-a-t-il pas moyen, dans ce pays, de manifester sans que l’on soit dangereux au point de pousser la gâchette de nos forces de l’ordre à appuyer sur des doigts tendus ? Pourquoi diable, dans ce pays, des frères ne peuvent pas s’opposer à leurs frères dans un différend politique qui ne soit pas obligé de se conclure dans un bain de sang ? Qui, Ô Dieu puissant, rendra compte de ses disparitions ? De ses familles endeuillées, démunies et dévastées ?

Ni récupération, ni exagération, ni colère ; seulement de la triste, de l’incompréhension. Puisque nous ne sommes pas en guerre, puisque ces conflits si colossaux, se solderont autour des négociations où des postes seront attribués et la nation oubliée; puisque enfin, le Congo n’est pas en guerre, encore moins, l’enfer sur terre : pourquoi nous ne pouvons pas épargner ce qui compte le plus : la vie, l’intouchable et divine vie. Pourquoi ne pouvons-nous pas préserver ce que notre nation dispose de plus important : sa jeunesse, force vitale de cette contrée étourdie ?

Nous avons droit à la vie. Messieurs du Pouvoir. Messieurs de la Police. Ne tirez pas sur nous pour protéger tout pouvoir illégitime. Nous avons le droit de manifester. Le droit de descendre dans les rues et de réclamer des changements.  Ni pour l’Eglise, encore moins pour des calculs politiciens, loin de toute violence, loin de toute instrumentalisation. Nous avons droit aux élections équitables, transparentes et libres. Nous avons tous les droits, vous avez tous les devoirs de nous accepter ; de nous tolérer, de tolérer nos luttes car : « LE PEUPLE GAGNE TOUJOURS ».

Aux noms de ces héros qui tombent dans l’anonymat, qui seront oubliés à la prochaine crise, qui donnent leurs vies pour cette nation que nous promettons de construire : nul ne saura faucher la marche vers la liberté. Nous marcherons, nous manifesterons, fronts dressés, libres, sans peur, droits vers notre destinée. La mort, tant qu’elle soit notre issue à tous, nous l’acceptons : l’histoire nous acquittera.

Litsani Choukran,
Le Fondé.