Le 8 août dernier, le président Joseph Kabila a surpris son monde en désignant Emmanuel Ramazani Shadary comme candidat à la prochaine Présidentielle. Un choix loin de faire l’unanimité. Car bien avant cette désignation, des proches du président congolais avaient déjà commencé à montrer leur impatience.

Tryphon Kin-kiey Mulumba fut le premier et sans doute le dernier à tronquer son Désir de Kabila pour lui-même, en allant déposer sa candidature à la Présidentielle. Le même jour, un autre homme, Modeste Bahati, qui rouspetait depuis son Bukavu, a été rappelé dans la capitale pour finir par rentrer dans les rangs.

Mutond calme les Katangais

Deux hommes allaient donc se charger d’éteindre le reste du feu lié à cette désignation. Le premier c’est le puissant chef des Renseignements, Kalev Mutond. Comme l’expliquera Jeune Afrique, ministres, députés, sécurocrates, conseillers du président… 57 personnalités toutes originaires de cette l’ex-province (aujourd’hui divisée en quatre)  se sont retrouvées à Kinshasa, chez Albert Yuma, le patron des patrons congolais dès les jours qui ont suivi la désignation de Shadary. La grogne, explique-t-on, commençait déjà à monter.

Kalev Mutond, numéro un de l’Agence nationale de renseignements, leur a rappelé combien Kabila a « servi » les Katangais, citant le nom de ceux qui occupent d’importantes responsabilités au sein des institutions ou des entreprises publiques“, notera Jeune Afrique.  “Cette réunion s’est poursuivie le lendemain au Kin Plaza (La Gombe) en présence d’Henri Mova Sakanyi, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur. Le 14 août, Kabila a reçu toutes ces personnalités dans ses bureaux privés à « GLM » et leur a demandé de lui faire confiance et de soutenir son candidat, Emmanuel Ramazani Shadary“, expliquent nos contrèrent.

Mwilanya neutralise Kin-kiey

Si le Katanga s’est calmé, il faudra alors gérer d’autres mécontents, notamment Tryphon Kin-kiey Mulumba. De ce côté-là, un autre homme puissant du régime allait s’en charger personnellement. Nehemie Mwilanya, Directeur de cabinet du président Kabila, fera de la candidature Shadary son bébé personnel.

Réunions à gauche, conférences de presse à droite, il est partout pour faire accepter cette candidature. Quant à Kin-Kiey, Mwilanya préfère utiliser la manière forte. Plusieurs rendez-vous de l’ancien ministre des PTNTIC avec le président Kabila sont systématiquement manqués ou annulés. Pour enfoncer le clou, Kin-kiey qui comptait bien sur un retrait du Palu de l’alliance avec le pouvoir pour jouer un rôle central a vu le parti de Gizenga revenir dans la danse, lui coupant l’herbe sous le pied.

Ce samedi au stade “Tata Raphaël”, c’était la consécration d’une unité fragile, mais acquise, à coup de négociations. Julien Paluku, qui joue un rôle crucial dans le Nord-Kivu, a chanté les louanges du candidat président, à l’image de toute la famille du pouvoir. “L’heure n’étant pas à la campagne électorale, les premières mesures du Président E. R Shadary, une fois élu, c’est notamment la neutralisation des groupes armés à l’Est. Les enfants du Nord-Kivu et de l’Est doivent retrouver leur sourire d’antan. Allons vite vers le 23 décembre“, a notamment clamé le gouverneur congolais.

Le plus dur reste sans doute à venir. Car, dans une famille politique à opportunistes, le soutien fragile tant affiché cet après-midi pourrait voler en éclat dans les urnes, avec un Emmanuel Shadary qui n’est toujours pas aussi vendable électoralement.