Les petits calculs de Vital Kamerhe

Faut-il boycotter les élections du 23 décembre prochain ou non ? L’opposition congolaise est dos au mur depuis le début de la semaine. L’un de ses leaders, l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba a été définitivement écarté de la prochaine Présidentielle par la Cour Constitutionnelle, créant une furie. Son parti politique, le Mouvement de Libération du Congo (MLC), a haussé le ton pour dénoncer une instrumentalisation tant de la Commission électorale que de la Cour. Le parti de Bemba a également fait savoir sa volonté probable de quitter le processus actuel, qu’il qualifie de « parodie d’élection ».

Comme lui, la coalition Ensemble, de l’opposant Moïse Katumbi, que les autorités de Kinshasa ont écarté en août dernier du processus de la Présidentielle, en lui refusant l’accès au pays, partage cet avis. Dans un communiqué signé avec Aldophe Muzito, ancien Premier ministre, mais également invalidé par la Cour Constitutionnelle, l’ex-gouverneur du Katanga appelle désormais la population à rester mobilisée face à ces « élections jouées d’avance ».

L’opposition divisée

Cependant, si les positions de Bemba, Katumbi et Muzito sont largement partagées au pays, tant du côté des opposants que du côté des organisations de la Société civile, et même de la Communauté internationale, qui redoutent tous d’une Présidentielle qui pourrait être falsifiée au profit du candidat de Kabila ; une frange de l’opposition, pas atteinte jusque-là par ces mesures d’exclusions, se résigne à continuer à tout prix le processus. L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), traditionnel parti de l’opposition dirigé par le fils d’Etienne Tshisekedi, Félix Tshisekedi, croit de son côté dur comme fer qu’elle battrait sans problème Emmanuel Shadary, le candidat désigné du pouvoir.

Lors d’une réunion stratégique lundi à Kinshasa, les dirigeants de ce parti ont unanimement conclu qu’il ne serait question de boycotter ces prochaines élections, préférant y participer « coûte que coûte ».  Comme l’UDPS, l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) de Vital Kamerhe, ancien allié du président Joseph Kabila ayant fait défection en 2009 et fini troisième à la Présidentielle de 2011, ne compte pas non plus se retirer du processus bien qu’elle le dénonce.

Toutefois, si l’UDPS compte bien sur son assiduité et ses capités historiques pour battre Kabila, le parti de Kamerhe lui, aurait d’autres visées. Tout d’abord, l’UNC, renseignent plusieurs de ses cadres, ne pourraient « jamais » soutenir un autre candidat que Vital Kamerhe. « C’est impossible pour nous de battre campagne pour quelqu’un d’autre que notre président en qui nous croyons, Vital Kamerhe », lance un cadre hors micro. Même si leur leader est un peu plus flexible, en étant notamment le chantre d’une candidature unique de l’opposition, ce discours officieux est surtout lié à une stratégie bien calculée.

En effet,  le pouvoir congolais, renseignent des informations parvenues à POLITICO.CD, a approché plusieurs factions de l’opposition, à l’occurrence l’UNC, pour leur proposer un cadre de gouvernance commun à l’issue des élections.

Le rêve fou de Kamerhe: finir dauphin de tous!

« Nul ne saura diriger ce pays seul. Il faut composer. Et tous ceux qui aiment le Congo et qui auront un suffrage important sont bienvenus pour diriger ce pays avec nous », renseigne la source qui livre l’information à la rédaction. Selon l’interlocuteur, des contacts poussés sont en œuvre avec « les parties prenantes y compris celles de l’opposition dont l’UNC», sans être formalisés.

Dans une élection à un tour, et des législatives avec un seuil de représentative imposé, il est clair qu’aucune partie n’aura la majorité absolue. Ainsi, alors qu’une invalidation pend toujours sur la tête de Félix Tshisekedi, le parti de Kamerhe y verrait une bonne occasion à la fois de se positionner comme unique opposant « viable » en lice et surtout, celui qui pourrait également conclure un accord post-électoral avec Kabila. Ainsi, alors qu’Emmanuel Ramazani est donné grand perdant face aux opposants, Kamerhe pourrait alors se posionner en vainqueur “acceptable” tant dans la majorité que du côté de l’opposition.

En effet, les relations entre Kabile et Kamerhe n’ont jamais été définitivement coupées. En octobre 2018, lors du Dialogue de la Cité de l’Union Africaine à Kinshasa, il était déjà d’accord de faire partie d’un gouvernement de large union avec le camp du président congolais. Son Secrétaire général, Jean-Bodouin Mayo, affirmait alors être content si Kabila choisissait son leader comme “dauphin” de la majorité.

A près de trois mois du scrutin tant redouté, rien n’indique à Kinshasa que les prochaines élections débucheront sur la première alternance démocratique du pouvoir dans ce pays gangréné par une succession des crimes et gigantesques problèmes économiques. Le régime du président Kabila, qui n’a pas pu mettre un terme définitif à l’hémorragie depuis plus de 17 ans au pouvoir, semble encore voir des longs jours devant lui, en se mixant à des opposants soucieux de leurs avenirs politiques. La rue, qui a hâte de voir le bout du tunnel, devrait encore patienter.

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