Enquête/RVA : les mystères de la future « nouvelle » aérogare de NDjili

Vieux projet initié en 2013, les travaux de construction dune aérogare moderne et définitive à l’aéroport international de N’Djili ont été lancés le 02 mai 2018 par le chef de lÉtat. Mais les 85% de financements attendus d’Exim Bank ne sont pas encore disponibles. Le ministre des Transports a-t-il joué de la démagogie en annonçant, sans sources de financement garanties, que la remise officielle des nouvelles infrastructures aux autorités interviendrait dans trois ans ? Quel est le rôle de la RVA dans la passation du marché de construction avec la firme Wietec ? Beaucoup d’interrogations et peu de réponses.

Selon le Vice-premier ministre en charge des Transports et voies de communications, José Makila Sumanda, le coût total des travaux de construction dune nouvelle aérogare à l’aéroport international de N’djili sélèverait à 354 680 000 USD financés à 85% (soit 300,9 millions USD) par Exim Bank of China (une banque chinoise) et à 15% (soit 53 millions USD) par l’État congolais. Le marché a été régulièrement attribué à Wietec pour un délai contractuel de trois ans.

La nouvelle a émerveillé plus dun Congolais dans la mesure où la nouvelle aérogare, une fois construite selon sa maquette, serait un pas vers la modernisation des infrastructures aéroportuaires congolaises. Le sujet fait, cependant, couler beaucoup d’encre et de salive suscitant, non seulement des interrogations sur l’existence et l’effectivité du contrat entre la RVA et la société Wietec, mais aussi, sur le mystère qu’il entretient au point d’engendrer des doutes dans lopinion.

Dans son discours, lors du lancement des travaux de la nouvelle aérogare, le VPM Makila a affirmé que « le gouvernement a donné son feu vert à un contrat signé en 2013 entre la RVA et la Société Wietec ». De son côté, Abdallah Bilenge, l’ADG de la RVA a rassuré qu’une part du financement du projet serait prise en charge par son institution à travers les recettes des redevances IDEF ou Go-Pass.

Des faits

Pour mémoire, la taxe IDEF ou Go-pass instaurée en 2009 par la RVA était destinée à la réhabilitation des infrastructures aéroportuaires. Dans la pratique, chaque passager est soumis au paiement du Go-Pass dans tous les aéroports congolais, à raison de 50 USD pour les passagers internationaux et 10 USD pour les passagers nationaux.

La première question qui taraude les esprits est formulée comme suit : pourquoi un contrat signé en 2013 a-t-il attendu cinq ans pour être exécuté, alors que dans les documents d’Appel doffre de l’époque, il était spécifié que le financement est apporté par Exim Bank ?

Une source proche du dossier révèle que « depuis 5 ans, Exim Bank n’avait jamais donné son accord à ce financement ». À ce jour, il n’y aurait pas non plus un accord dans ce sens. Deuxième question : dans l’hypothèse où aucun accord n’aurait été donné depuis 2013 à ce jour, comment peut-on prétendre qu’à six mois des élections, la RVA soit en mesure de conclure un tel accord pour plus de 300 millions USD ?

De sources aéroportuaires, l’on apprend que lors dune réunion conjointe, début avril 2018, entre les Ministères du Portefeuille et des Transports, la RVA et le responsable du Bureau de coopération sino-congolais, Moïse Ekanga, Exim Bank aurait bien accepté d’étudier le dossier tout en précisant que « si accord il y a, il ne pourrait être donné avant le 1er trimestre 2019 ».

Partant de cette affirmation, il importe de se demander comment l’État congolais devrait-il verser plus de 50 millions USD à la RVA pour financer le chantier au titre de la quote-part congolaise dans un contrat de financement qui nexiste pas !

Un tel engagement ne peut-il pas être assimilé à un acte « irresponsable » de la part dun gouvernement qui se serait engagé à verser 50 millions USD pour un dossier visiblement incertain, sans avoir l’assurance d’un financement extérieur de 300 millions USD provenant du partenaire chinois ? À moins que l’État congolais veuille bien financer seul ce projet. Mais si tel est le cas, ceci constituerait une entorse à la discipline budgétaire au regard de l’état des finances publiques congolaises.

Un autre mystère dans cette affaire, cest l’éventuel financement par la RVA annoncé par Abdallah Bilenge à travers les redevances IDEF. Nos sources renseignent que le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement (BAD) avait, le 11 avril 2018, suspendu l’accord de financement du Plan pour la sécurité aérienne 2 (PPSA2). Et pour cause, la RVA n’avait jamais approvisionné le PPSA1 avec la quote-part congolaise, comme elle s’y était engagée.

Rappelons que les PPSA 1 et 2 sont un programme initié en 2010 entre la RVA et la BAD, visant à moderniser les installations et les équipements de sécurité aérienne. Le PPSA 1 concernait principalement les aéroports de Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani avec la construction de nouvelles tours de contrôle, des casernes anti-incendie, du bloc technique de l’aéroport ainsi que la fourniture des centrales électriques de secours.

Mensonge dÉtat ?

La direction de la RVA de l’époque avait réussi à obtenir un don de la BAD de 160 millions USD représentant 85 % de l’investissement. Les 15% restants devraient être payés par la RVA au travers de l’IDEF. Les contrats ont été passés en 2011 et selon les programmes, la réalisation devait prendre trois ans au maximum. Aujourdhui 7 ans après, les sociétés adjudicatrices attendent encore la fin de paiements sur Kinshasa et Lubumbashi malgré les recettes réalisées.

Quant au PPSA 2, il avait été initié dès le début 2011 pour les aides à la navigation aérienne avec un accord de principe de la BAD sur un prêt commercial. Mais, la gestion catastrophique du PPSA 1 par les équipes actuelles ne fait que tout retarder.

Dans une correspondance du 20 avril 2018 à la RVA, parvenue à Politico.cd dont la copie a été transmise au Ministère du Portefeuille, à la Présidence, à l’Ambassade de la Chine en RDC, au Ministère des Transports et Bureau sino-congolais, Wietec reconnaît avoir reçu de la Banque centrale du Congo (BCC) 20 millions USD.

Cette entreprise chinoise mentionne que, suivant les instructions, elle organisera une cérémonie d’inauguration des travaux et débutera des travaux préliminaires. Dès que l’enveloppe sera utilisée, souligne-t-elle, les travaux cesseront tant que la suite ne sera pas versée par une quelconque banque. De surcroit, Wietec reconnaît dans cette même correspondance que, le projet ne remplit pas les conditions du prêt et par conséquent, elle déclinerait toute responsabilité si les travaux venaient à être arrêtés.

Émanant du contractant Wietec, ce courrier apporte la preuve que, contrairement aux affirmations de José Makila et d’Abdallah Bilenge, il n’y a toujours pas de financement extérieur pour ce dossier. Comment un tel mensonge a-t-il pu être affirmé devant tous les invités présents à la cérémonie du lancement des travaux ? Dailleurs, selon le contrat de 2013 entre la RVA et Wietec, les chiffres évoqués par José Makila ne correspondent pas à la réalité décrite dans ce document.

En outre, comment un appel d’offre ouvert à tout le monde pour un financement soit gardé aussi longtemps ? Et pourquoi la RVA a-t-elle signé un contrat dune aérogare en septembre 2013, en même temps qu’un autre contrat dune aérogare provisoire dont la durée de montage a pris plus de temps que l’aérogare définitive dont la mise en exploitation est faite en décembre 2014 ? Tout ceci suscite des interrogations.

Devoir de redevabilité

De sources concordantes, on note que cet appel d’offre lancé pour les travaux de la nouvelle aérogare était restreint à la seule entreprise chinoise. Aucune autre entreprise na été consultée pour cette fin. Or, un tel marché est régi par le Code des marchés publics. Qu’en est-il de la garantie de mener à bonne fin (Performance bond) et de la caution de restitution d’acompte ?
Vu la rapidité du transfert, il semble bien que la RVA ait fait l’impasse sur ces détails.

Ainsi, l’opinion réalise – contrairement au propos de l’ADG Bilenge, selon lequel « la date du 2 mai 2018 est à marquer en lettres d’or » – que ladite date marque une « journée du Grand mensonge » aux dépens de la population congolaise.

À la lumière de tous ces faits, le réalisme voudrait, par devoir de redevabilité, que le Vice-Premier ministre Makila affirme à l’opinion que le gouvernement congolais est à même de débourser à ce jour, 50 millions USD au titre de la quote-part congolaise pour ce projet. Le ministre des Finances devrait, pour sa part, confirmer non seulement l’enregistrement par son Ministère dun éventuel financement d’Exim Bank, mais aussi garantir que son Ministère est prêt à débloquer les 354 millions USD, sans dérèglement des finances publiques, au cas où Exim Bank se dérobait. Voilà qui pourrait fixer l’opinion et calmer les esprits.

Or, au regard de toutes les incertitudes sus-évoquées, l’on réalise que le président de la République, par le lancement des travaux de la nouvelle aérogare, a cautionné une opération d’un projet mal ficelé et qui aurait pu, dans le meilleur des cas, être autofinancé.

Où serait l’erreur ?

Il est conseillé, dans la gestion financière, de faire la part de choses entre désirs et besoins. Alors qu’un désir peut être assimilé à ce qui est accessoire, un besoin est considéré comme ce qui est essentiel, une priorité. Or, dans le cas de la RDC, le besoin – mieux le financement prioritaire à ce jour – doit être affecté à l’organisation des élections crédibles et apaisées. Certes une nouvelle aérogare est importante pour N’djili, mais ce projet pouvait bien attendre d’être autofinancé après les élections de décembre 2018.

Par ailleurs, les observateurs reconnaissent que la gestion actuelle de l’IDEF, par la Régie des voies aériennes est très opaque. Alors que nous sommes au 21ème siècle, la gestion s’effectue encore manuellement avec l’émission de tickets papier multisouches. Pourtant, les opérations auraient dû être informatisées dans un système de gestion centralisée, au moins dans les cinq plus grands aéroports qui rapportent 95% de la recette. Car, il est évident qu’une gestion informatisée empêche la carambouille.

En outre, à la lumière du contrat signé entre la RVA et Wietec, il est clair que le financement d’Exim Bank doit être remboursé selon les modalités définies par les parties contractuelles. Il est aussi indiqué que Wietec doit construire l’aérogare pour la RVA et logiquement, cette dernière doit rembourser à Exim Bank avec une augmentation des recettes que cette nouvelle aérogare devrait générer.

Point n’est besoin de rappeler que la RVA est aujourd’hui une société commerciale. Mais, pourquoi l’État devrait-il rembourser une quotepart théoriquement prise en charge par la RVA, alors que le budget de l’État est destiné à des priorités budgétisées ?

L’histoire nous rappelle que les seuls projets importants qu’Abdallah Bilenge ait lancés, c’est d’abord la construction d’une aérogare provisoire financée par le gouvernement et dont l’utilité reste douteuse. Le second projet concerne la construction dune aérogare définitive, signé en 2013 et qui peine à trouver des financements jusqu’en 2018. Où serait l’erreur ? Dossier à suivre.

Stan

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