« Il faut se mettre autour d’une table »: l’appel de Kambinga

Si Jean-Pierre Bemba avait un fils politique, il ne saurait nul doute être que Germain Kambinga Katompa. L’ancien porte-parole du MLC le confirme lui-même d’ailleurs. Du haut de ses 40 ans et des poussières, l’ancien ministre de l’industrie s’en rappelle:  « j’avais à peine 26 ans quand j’ai commencé en politique aux côtés du Sénateur Jean-Pierre Bemba », confie-t-il avec un brin de nostalgie.

Bemba change tout, mais

Ce dimanche, à sa villa dans le quartier résidentiel de « Ma campagne », dans l’ouest de Kinshasa, nous sommes assis dans une terrasse, surplombant les quartiers du centre-ville de la capitale congolaise.  Il y à peine une semaine, cette rencontre n’aurait pas si grande importance. Mais les choses ont changé : l’acquittement de l’opposant congolais Jean-Pierre Bemba bouleverse depuis quelques jours la scène politique congolaise. Lui, Kambinga, à la tête de sa coalition du Centre, ayant séché depuis plus de deux ans les rangs du MLC, a plus que tous un mot à dire. On se demande, tout à coup, s’il pourra revenir aux côtés de son ancien leader. « Mais non ! » sourie-t-il. « Les choses n’en sont plus à ça. Moi je pense que la situation a évolué. Chacun a pris un chemin autre. Et aujourd’hui, je ne m’inscris pas dans l’idée de faire partie d’un structure politique. J’en dirige », renseigne-t-il.

Mais qu’en pense-t-il, lui qui aurait une maîtrise sur le fonctionnement du MLC, ayant fait par la suite partie d’un gouvernement commun avec la majorité au pouvoir, côtoyant au passage le président Joseph Kabila. Kambinga admet ce que tous semblent dire : « La sortie du Sénateur Bemba change en effet beaucoup de choses », dit-il en nuançant : « Mais pas comme beaucoup l’espèrent. »

« Cela fait dix ans qu’il est emprisonné. Son parti n’est plus ce qu’il était. En revenant, Jean-Pierre Bemba va surtout s’atteler à restaurer son parti et se réorganiser. Il ne vient pas pour prendre la tête d’une fronde comme les gens tentent de faire croire, et tout écraser sur son passage. Le choses ont changé, il lui faudra du temps pour se reconstituer ».

Mais si nous sommes ici, au temple même du parti Liberté qu’il a fondé à son départ du MLC, il n’est pas que question de Bemba. A Kinshasa, la tension risque de monter les prochaines semaines. Les catholiques ont une fois de plus lancé un ultimatum au président Kabila, l’appelant  à se prononcer sur des rumeurs de sa candidature à la prochaine présidentielle. Dans ce décor, il y a d’un côté, le gouvernement et la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui confirment leur détermination à respecter le calendrier électoral qui fixe les élections au 23 décembre, de l’autre, des faits qui laissent croire à un report : notamment le financement du processus, la fameuse machine à voter qu’impose la CENI à ces élections, le fichier électoral contesté par l’opposition…

« Une table ronde s’impose »

Kambinga a une solution ! Le Centre, introduit-il, tient à lancer un appel : celui qui interpelle la classe politique pour des pourparlers afin de baliser le chemin pour des élections apaisées. Cela fait en effet plusieurs mois que cette coalition fondée notamment avec Joseph Bangakya et le pasteur Ngoy Mulunda, insistent sur cette fameuse « table ronde ». Les « Centristes » congolais pensent ainsi que la situation actuelle du pays ne permet pas qu’il ait des élections dans des bonnes conditions.

« Nous sommes devant des contestations et des postures qui s’opposent et qui nécessitent des discussions franches », explique Kambinga. « Il y a d’abord la machine à voter, qui est certes une avancée technique majeure, mais que l’opposition boycotte. Il faut soit mettre en place des séances de vérifications entre acteurs politiques et la CENI afin de lever les équivoques, ou trouver d’autres moyens de pouvoir concilier les différends, mais sans à avoir à imposer quoi que ce soit », dit-il.

Revenant sur le retour de Bemba, finalement, Kambinga explique que cela accentue la pression pour que des discussions aient lieu « dans le calme », afin de résoudre d’autres problèmes politiques comme la « décrispation », ou même des démêlés judiciaires de l’opposant Moïse Katumbi, qui vit en exil depuis plus de deux ans. « Depuis Sun City, nous avons toujours discuté pour résoudre nos problèmes. Nous sommes dans une phase de construction de notre démocratie. Et comme le disait feu Tshisekedi, nous avons le dialogue dans notre ADN. Aucun problème ne saurait trouver de solution si nous ne mettons autour d’une table. Que ce soit au sujet du retour de Katumbi ou pour sa candidature, nous arrivons à nous entendre qu’en dialoguant », estime-t-il.

Prêt pour les élections

Pendant ce temps, le président du parti Liberté réaffirme les ambitions de son parti et de sa coalition du Centre à participer aux prochaines élections. Il annonce plus de 400 candidatures à la députation et promet un candidat président. « Il sera soit issu de notre plateforme ou porté par nous. Nous ne voulons pas déposer des candidatures fantaisistes. Nous allons présenter un programme de gouvernement, avec des idées viables pour développer notre pays dans les dix ans à venir et se tiendront prêts à soutenir tout candidat qui accepterait d’appliquer ce plan » affirme-t-il, se disant par ailleurs disposé à s’allier au camp politique, qu’il soit de l’opposition ou du pouvoir, qui sera en accord avec les convictions de sa plateforme.

Il y a néanmoins eu deux dialogues depuis 2016 pour trouver la meilleure solution afin de pallier aux problèmes électoraux. Cependant, au bout de ces deux rounds de discussions, les divergences demeurent toujours : tantôt les accords ne sont pas bien appliqués, tantôt des contestations demeurent persistantes. De plus, une énième discussion, craignent des observateurs, risquent d’entrainer le report des prochaines élections.

« Mais non », réponds l’ancien ministre de l’Industrie, qui explique que se mettre autour d’une table ne retarde en rien le travail de la CENI. « Il nous reste six mois, voire moins avant la tenue de ces élections. Et se mettre ensemble autour d’une table de freine en rien le travail de la CENI qui doit continuer en amont. Il s’agit simplement de résoudre des problèmes politiques réels qui nous imposent des vrais échanges et compris », insistent-il.

En attendant, Germain Kambinga paraît bien seul, comme Jean-Baptiste, criant dans le désert, dans l’espoir que son appelle pourrait être entendu. Avec le retour de Bemba, une tornade menace la scène politique congolaise, au risque de donner raison à l’élu de Lukunga.

Litsani Choukran

Recevoir nos publications par email

Inscrivez-vous pour recevoir les dernières publications de politique directement dans votre email.

Ne manquez pas ceci

Terminus pour Bruno Tshibala?

Au moment où il représentait le président Kabila au 37ème sommet de la SADC en Afrique du Sud, le Premier ministre Bruno Tshibala vivrait, à en croire la situation au pays, ses dernières heures en tant que Chef du gouvernement de transition. 

Le Rassemblement au pied du mur: la restructuration boudée

Plusieurs voix s’élèvent au sein de cette coalition pour fustiger la restructuration proposée par une aille proche de Moïse Katumbi.

Ne Muanda Nsemi: le libérateur que personne n’aime

Il veut libérer le Congo du règne du président Joseph Kabila, mais personne ne veut de lui. Du côté du pouvoir tout comme de celui de l’opposition et même au sein de l’opinion publique, le député Zacharie Badiengila, alias Ne Muanda Nsemi, reste un trouble-fête. 

L’UDPS va enterrer, de force, Tshisekedi à Limete: “les travaux commencent la semaine prochaine”

En réaction au refus du gouvernement d’autoriser l’inhumation d’Étienne Tshisekedi dans une “zone urbaine habitée”, son parti annonce qu’il va passer outre cette mesure et enterrer son leader dans la commune de Limete.