A trop vouloir en faire on finit par vicier ce qui était bien“, disait un homme sage. Dans sa fougue très appréciée contre Kabila, le vice-Premier ministre belge, Alexander De Croo s’est laissé aller dans une déclaration qui choque à la majorité et reste applaudie du côté de l’opposition. Néanmoins, issue des lèvres du fils de colonisateurs, cette bonne volonté ne saurait être appréciée sans limite.

En effet, au risque de me faire contredire auprès de ma propre opinion publique, nous serons tous d’accord que notre pays, la République démocratique du Congo, est bien un Etat, reconnu de fait par le monde entier. Sans ôter son contexte à “la République démocratique du Congo n’était pas un État, mais un système d’enrichissement personnel“, il convient de mettre en garde toute déclaration qui remet dangereusement en cause notre existence en tant que peuple et nation souveraine. Qui plus est, l’homme qui prononce l’énoncé est un ministre issu d’un gouvernement dirigé par le fils et du parti d’un certain Louis Michel.

Flash-back oblige. Nous sommes en 2001. Laurent-Désiré Kabila vient d’être impitoyablement assassiné depuis son bureau au Palais de marbres à Kinshasa. Dans la foulée, le système en place installe son fils au fauteuil. Un Kabila remplace un autre. Néanmoins, il faudra faire passer la pilule à l’internationale: ça tombe bien, la Belgique, notamment par Louis Michel, ministre des Affaires étrangères et Vice-Premier ministre, porte le nouveau président dans ses bras. L’aide belge est solidement assurée même lorsque Bemba ou Tshisekedi clameront, avec raison peut-être, avoir gagné des élections censées être libres et démocratiques.

La suite, nous la connaissons tous. Il conviendra tout aussi, faute de preuves probantes, que nous ne saurons aborder le rôle qu’a joué l’ancienne puissance coloniale dans le régicide contre celui qui ne la portait guère dans son cœur de martyr et révolutionnaire, je cite: Laurent-Désiré Kabila.

Aujourd’hui donc, la République démocratique du Congo a à sa tête, à en croire la Belgique, un tyran. Ce dernier en aurait, en a fait, un système d’enrichissement personnel et non un Etat. Oui! C’est une réalité, lumineuse même. Car, d’aucun dans ce pays troublé, ne pourrait ignorer la réalité très tangible d’un règne aussi étonnant que fatal, partagé entre avancement et régression,  du président Joseph Kabila à sa tête.

Mais, voyez-vous, “nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude“. Le fait d’avoir un “mauvais” président, qui plus est créé et soutenu par la Belgique, ne fait pas de notre nation une moins que rien. Nous sommes un Etat, une Nation souveraine, certes qui doit se libérer.

Fier comme la Belgique!

Le 4 octobre 1830, un peuple, aussi hybride que différent, s’est levé contre un roi, dans une révolte sanglante, pour clamer son indépendance. Ces vaillants hommes et femmes créèrent une nation, nommée: la Belgique. Mais ceci n’aura été possible sans souffrance, et ne signifia une fin en soi. Car même après un tel exploit, cette nation, avec ses dirigeants, se rendra coupable des plus graves crimes que le monde ait connus, contre les populations désemparées du Congo.  Jamais la Belgique, malgré ses crimes étatiques – gardant Patrice Emery Lumumba loin de cette intervention cordiale – n’aura cessé, une seule seconde, d’être un Etat.

Ainsi, la vie d’une nation est une navigation en eaux troubles. Cependant, celle-ci ne perd pas sa nature. La liberté et la légitimité acquises au soir du 30 juin 1960 ne sauraient être perdues à cause des agissements irresponsables et délibérées d’une frange de notre peuple. Telle la Belgique, qui s’est relevée des tristes pratiques et souvenir de son Léopold II contre le peuple du Congo, la patrie de Simon Kimbangu et Kimpa Vita doit à présent vaincre ses tyrans, que la Belgique aura aidé à faire couronner. Nous sommes et resterons donc une nation, un Etat. Un paradis en formation, livrant  batailles et guerres contre ses démons.

Kabila et son système ne sont pas le Congo. Ils font, comme tant d’autres calamités, parties du Congo. Tout comme Leopold II en Belgique. Nous en sommes conscients et nous nous battons pour guérir de ce cancer qui nous gangrène. Toute aide est acceptée, mais pas à n’importe quel prix. Sans leçons déplacées, ni déclarations intéressées. A ce titre, nous osons croire que la Belgique, les belges, peuple cousin, saurons nous assister, sans aider au couronnement d’un autre tyran.

Litsani Choukran,
Le Fonde.