Gouvernement: y a-t-il un chef dans l’avion?

Fin septembre, au lendemain des tentatives de prise de la ville d’Uvira dans l’Est de la République démocratique du Congo, le ministre du Développement rural, Justin Bitakwira débarque avec son cortège. Elu du coin, il se pointe  pour rassurer la population et les notables locaux.

Dans une réunion publique, l’homme, très habitué à des déclarations chocs, ne manque pas cette occasion pour s’offrir un écart. Il va, sans rire, affirmer que l’organisation internationale Médecin Sans Frontières (MSF) arme les miliciens Yakutumba – responsables de la nouvelle recrudescence d’affrontements dans ce coin du pays. L’ancien opposant ne s’arrêtera pourtant pas là et rien ne lui arrivera.

A Kinshasa, le ministre congolais des Médias et de la Communication, Lambert Mende dressait le portrait d’une rébellion de paille, ne mentionnant aucunement des probables faits avancés par son collègue au Développement rural.

Le 16 septembre, tout le pays découvre le communiqué assassin du vice-ministre aux Affaires étrangères, Agée Matembo Toto. Un simple “bout de papier”, qui déclenche pourtant un véritable feu de camp. Il faudra 24 heures au ministre de la Communication, encore lui, pour voler au secours de la mesure interdisant les passeports électroniques en RDC.

Qui dirige réellement l’exécutif?

Entre temps, de cette situation à la nouvelle guerre qui point son nez à Uvira, le Premier ministre, Chef du gouvernement, est un parfait ovni, qui s’offre parfois une discrète tournée en France. Des cas simples, qui illustrent l’état d’esprit d’un gouvernement où chacun tire visiblement le drap à sa direction. Car, un peu plutôt, l’équipe censée être dirigée par Bruno Tshibala, qui a hérité du Graal depuis le 7 avril dernier, s’est illustrée dans d’autres cas de cacophonie gouvernementale avérée.

Bruno Tshibala sera néanmoins vu aux côtés du Chef de l’Etat à l’ouverture du grand Forum pour la paix dans le Kasaï. Mais le Premier ministre, qui se fait tout petit, est visiblement au même rang que “les autres”. Car dans le fond, l’ancien cadre de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) fait visiblement face à une organisation mise en place parallèlement à son gouvernement. référant, à son tour, s’atteler à saisir toute occasion possible pour chanter les louanges du Président.

Coincé entre l’indéboulonnable Néhémie Mwilanya Wilondja, Directeur de cabinet du Président, ou des fidèles comme Emmanuel Razamani à l’Intérieur, Alexis Thambwe à la Justice, ou encore le duo diplomatique She Okitundu – Barnabé Kikaya, Tshibala s’affiche en épouse conquise et bonne à meubler le décor.

A New York, en marge de la 72ème Assemblée générale des Nations Unies, Joseph Kabila et ses Conseillers et parfois même Lambert Mende, occupent la scène politique tant nationale qu’internationale. De l’autre côté, des rumeurs annoncent même un remplacement imminent d’un homme qui serait sur la paille.

Dimanche dernier, lorsque l’avion des Forces armées de la RDC s’écrase dans l’est de Kinshasa, une autre facette du gouvernement Tshibala est mise en lumière. Lambert Mende, de son côté, annonce un bilan (9 morts) et une destination (vers Ituri) de l’avion qui contredit complètement celui qui sera donné plusieurs heures après par le vice-Premier ministre et ministre congolais des Transports voies et communications, José Makila: soit 12 morts et une destination vers Bukavu.

Pendant ce temps, l’affaire passeport ressurgit. Le vice-Premier ministre Léonard She Okitundu monte à l’Assemblée nationale pour s’expliquer. Il annonce, non sans souffrir, des nouvelles mesures. Néanmoins, celles-ci, censées apaiser la population, viendraient “directement” de la Présidence de la République, toujours sous le silence assourdissant de la Primature, qui annonce néanmoins une conférence de presse ce mardi à Kinshasa pour parler de… l’économie!

Bavures, cacophonie, contradictions, tout passe, dans un exécutif où la seule course possible et autorisée reste celle qui vise à glorifier le saint nom du président Kabila, dès qu’un micro de presse est pointé.

Gaston Engbaka.

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