Que peut vraiment faire Donald Trump pour la RDC?

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Depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier, les yeux des africains et plus particulièrement des congolais sont littéralement braqués vers les Etats-Unis où, Donald John Trump, à peine élu était attendu au tournant. En République démocratique du Congo, après une politique agressive de son prédécesseur Barack Hussein Obama, le Pouvoir espère un changement, alors que de leur côté, les opposants souhaitent « plus d’implication » de la part de ce président américain pourtant réputé imprévisible.

Que va faire Donald Trump, président de la Première puissance mondiale, pour la RDC? Cette question, POLITICO.CD est allé la poser à Herman J. Cohen, ancien « Monsieur Afrique » de George Bush père, plusieurs fois ambassadeurs en Afrique et officiel américain en RDC. Avec Litsani Choukran, le Directeur de Publication de POLITIO.CD, ce proche du parti Républicain dont est issu le président Trump revient en long et en large sur la question.

Litsani Choukran : Bonjour Monsieur Cohen. Je rappelle que vous êtes l’ancien Monsieur-Afrique de Georges Bush père et vous avez été Ambassadeur des États Unis en Gambie et au Sénégal. Aujourd’hui nous aimerions parler de la situation politique en République Démocratique du Congo qui vous intéresse beaucoup. En regardant par exemple votre site internet, j’ai personnellement vu que vous avez beaucoup parlé des pays en Afrique. Mais le Congo occupe une place importante de vos publications. Qu’est ce que ce pays représente pour vous, ancien officiel des États-Unis en Afrique?

Herman Cohen : Premièrement j’ai été attaché politique et chargé des affaires à l’ambassade des États-Unis à Kinshasa pendant trois ans. Ensuite j’ai dirigé le Bureau pour l’Afrique central pendant cinq ans, quand le Congo était encore Zaïre. Quand j’ai été Vice-ministre pour Georges Bush père, j’ai été l’ami intime du Président Mobutu et de M’zee Kabila ( c’est pourquoi je m’intéresse au Congo).

LC : La dernière semaine, le journal américain, The Washington Post a fait son éditorial sur la RDC, en appelant le Président Donald Trump à agir contre le président Joseph Kabila, faisant ainsi allusion à la situation politique qui y est bloquée. La RDC a eu un accord politique le 31 décembre 2016 mais qui n’est pas toujours appliqué. Le décès de l’opposant historique, Étienne Tshisekedi est intervenu pendant ce temps. Vous avez été aux affaires aux États-Unis, vous connaissez le milieu politique américain, que vaut cet éditorial de Washington Post pour l’opinion publique américaine et que peut-il représenter pour les congolais en particulier ?

HC : Comme dans tous les pays, nous (États-Unis) avons une classe politique qui suit de près les affaires étrangères. Pendant l’administration du Président Obama, les gens qui suivaient les affaires d’Afrique étaient surtout en faveur d’Obama. Obama a fait beaucoup de pression sur le gouvernement Kabila. Il a pris des sanctions contre certains officiels de Kabila. Il y avait un Ambassadeur itinérant pour le Grands Lacs. Donc Obama avait un grand intérêt pour le Congo. Maintenant, il y a l’administration Trump. Pour le moment, cette administration n’a pas fait grand chose pour l’Afrique. Elle s’adressent à l’Europe, à la Russie et aux pays d’Asie de l’Est. Donc je crois que ce que le Washington Post essaie de faire, c’est de convaincre le Président Trump et son entourage de regarder de près les problèmes d’Afrique.

LC : Le Président Donald Trump est très occupé notamment par les affaires avec la Russie, les accusations d’écoute contre le Président Barack Obama. Est ce qu’il y a lieu d’espérer avec cet appel de Washington post que cette administration puisse faire quelque chose pour l’Afrique et en particulier pour le Congo?

HC : Pour le moment, la maison blanche ne se penche pas beaucoup sur l’Afrique. Elle n’a pas encore nommé un Vice-ministre pour les affaires africaines. Donc je crois que dès que ce Vice-ministre sera nommé, il va commencer à entrer en politique (africaine, congolaise). Mais je ne crois pas qu’il y aura un grand changement avec par rapport à la politique d’Obama pour une raison : ce qu’il y a des républicains au Congrès qui s’occupent des commissions aux affaires étrangères, comme Monsieur Royce (Edward Randall Royce dit Ed Royce, président du Comité des Affaires Etrangères de la Chambre des Reprétants américaine, Ndrlr), par exemple.

Il président la commission pour les affaires étrangères dans la chambre. Il est très militant pour le problème du Congo. Il veut que Kabila parte et il veut voir la démocratie (en RDC). Il a beaucoup d’influence à la maison blanche. C’est la même chose aussi au Sénat. Je crois que dès qu’il y aura un Vice-ministre pour les affaires africaines, il ou elle va parler avec ces députés et sénateurs pour formuler une politique africaine. Et sûrement il n’y aura pas beaucoup de changement. Ça sera une politique contre Kabila.

LC : La RDC a connu l’année dernière des sanctions qui ont touché des officiels congolais. Le 06 mars vous avez écrit une tribune dans laquelle vous appelez à plus des sanctions. Vous avez cité nommément le Porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, qui d’après vous serait assez impliqué dans la division observée actuellement au sein du Rassemblement, la principale coalition de l’opposition. Toujours la semaine passée, l’Union Européenne a menacé le gouvernement congolais dans ce sens des sanctions. Après autant des sanctions déjà prises, le Président Joseph Kabila est toujours au pouvoir, la RDC a un accord qui est toujours bloqué. Pensez-vous qu’une telle politique,  pourra amener à des résultats probants au Congo?

HC : C’est difficile à dire mais à mon avis, il faut essayer. Parce que ce qui arrive vraiment, c’est ce que j’appelle « glissement bis ». Après l’accord de la Saint sylvestre, il fallait l’appliquer. Le Rassemblement a désigné Monsieur Félix Tshisekedi comme premier ministre (de la transition) mais voir la présidence dire : « il faut nommer 3 personnes », c’est un signe que le Président du Congo ne veut pas faire une transition. Il cherche toujours à la ralentir. Il faut nommer Monsieur Félix Tshisekedi, premier Ministre et lui laisser la place de faire la transition. C’est tout ce qu’on demande. On ne demande pas de nommer quelqu’un président. Il faut faire la transition et aller aux élections, c’est tout!

BC : Vous avez parlé de Monsieur Étienne Tshisekedi qui était quand-même on va le dire, l’icône de la lutte pour la démocratie au Congo. Aujourd’hui Monsieur Tshisekedi n’est plus là, ce qui a pesé dans l’application de l’accord. La RDC a une classe politique que vous connaissez suffisamment. Est-ce que vous pensez qu’il y ait quelqu’un (dans l’opposition) qui soit capable d’incarner une pression face au pouvoir congolais, sachant que nous sommes face à une étape difficile pour l’opposition ?

HC : Oui, Monsieur Félix Tshisekedi n’a pas encore beaucoup d’expériences mais je crois qu’il a le nom. Ça c’est très important pour que population congolaise ait confiance dans la procédure. Et il sera entouré d’autres membres du Rassemblement notamment du G7 qui ont beaucoup d’expériences. Je crois que lui et son entourage vont avoir la connaissance pour faire la transition vers les élections.

LC: J’entends ça souvent du pouvoir de Kinshasa. Le Congo est dans une région dite des Grands-Lacs où il y a des régimes qui sont là depuis un bon moment. Celui du Rwanda, de l’Ouganda, du Congo (Brazzaville) et de l’Angola par exemple. Pourquoi Joseph Kabila subit-il une pression visiblement plus intense que tous les présidents de ces pays qui l’entourent? Est-ce que la démocratie doit s’appliquer seulement en RDC ou il y a une raison particulière qui pousserait la société internationale à accentuer la pression que sur Joseph Kabila.

HC : A mon avis la grande question du président Kabila ne vient pas de l’extérieur. Elle vient de l’intérieur. La grande population du Congo a montré plusieurs fois qu’elle veut du changement. C’est un peu comme le cas de Burkina Faso. Les gens en ont marre et veulent du changement. Moi je dis que pendant sept ans, le prix du cuivre a été le plus élevé de l’histoire : 5.5$ la livre. Au Congo, c’était l’équivalent de 500 mille barils de pétrole par jour. Beaucoup de revenus! Mais qu’est ce qu’ils (le régime Kabila) ont fait avec cet argent là? Les congolais sont toujours pauvres qu’avant. Il y a toujours pas beaucoup d’avancées sur le plan économique : transport, électricité, infrastructures, etc. Donc ça fait comprendre pourquoi les congolais désirent le changement.

LC:  A 9 mois de la date butoir du 31 décembre 2017, pensez-vous qu’il sera possible de tenir les élections en 2017 dans ce pays continent confronté aux difficultés de transport pour la mobilité des matériels par exemple ?

HC : Ecoutez, ils ont (le gouvernement congolais) vacciné toute la population du Congo contre la polio, en 30 jours. S’ils ont fait ça, ils sont aussi capable de faire voter les congolais en 6 mois j’en suis sûr.

LC: Merci beaucoup Monsieur Herman Cohen. Vous avez été attaché politique à l’ambassade des États-Unis en RDC et vous connaissez le Congo. Ça été pour nous un plaisir de vous recevoir à Politico.cd. Nous espérons vous avoir dans l’avenir s’il y a des sujets à partager.

HC: Merci à vous.

Ecoutez l’interview de Herman Cohen avec Litsani Choukran en intégralité.

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Jeannot Bialalanji à la trascription.

2 Commentaires

  1. ce que peut faire Trump pour la RDC, c’est laisser la RDC aux RD Congolais, comme les usa aux usains, le zimbabwe au zimbabwéens…

    • Ni les USA ni la RDC ne seront plus jamais aux seuls américains ou congolais. Ces faux nationalisme et protectionnisme sont d’une autre époque dont je ne connais plus la période. Les USA sont pour et avec le monde et vice-versa; autrement ils ont cessé d’être la première SUPER PUISSANCE du monde. Je suis RDC parce que les autres (dont les USA ) sont là : avec, pour et même contre nous.

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