Depuis l’accession au pouvoir de Félix Tshisekedi en janvier 2019, l’opinion assiste impuissant à plusieurs scandales au sein du cabinet présidentiel mettant en mal la gestion du président de la République.

De la mise à la place publique des documents confidentiels en passant par la guerre du leadership et la course au pouvoir entre le Directeur de cabinet et les conseillers du président de la République, l’affaire de 15 millions de USD et tant d’autres dossiers sales, plusieurs observateurs s’accordent pour dire que la présidence de la république est devenue une pétaudière.

Telle est la cour du Roi Pétaud où chacun veut commander, où l’ordre est absent et où par conséquent, l’entente est impossible, la présidence de la république Démocratique du Congo est devenue un lieu d’affairisme où chaque membre du cabinet veut réussir financièrement à tout pris et tout de suite.

Si les uns choisissent de donner des marchés publics à leurs proches, d’autres par contre préfèrent créer carrément des entreprises pour bénéficier de la manne, il y a un dernier groupe: ceux qui ont décidé de faire eux-mêmes la loi en octroyant des marchés et des privilèges sans mandat ni qualité. Tel est le cas de l’assistant logistique du chef de l’Etat qui a détourné un hélicoptère militaire pour ses affaires privés.
Le cas le plus récent est le lobogate.

Dieudonné Lobo Bebel, coordonnateur administratif des services personnels de Félix Tshisekedi, arrêté et écroué à la prison centrale de Makala pour avoir donné sans qualité un mandat spécial à la compagnie Saint-Louis BGM Sarl d’aller à Mbuji-Mayi afin d’effectuer des études liées notamment à l’exploitation industrielle du diamant dans la concession de la MIBA, lit-on dans une correspondance du ministre du portefeuille, Clement Kuete datée du 14 novembre et reçu à la MIBA le 18 novembre.

Un scandale qui a fait sortir le premier ministre Ilunga Ilukamba dans ses gongs. Tel un boxeur en quête de son premier titre, il a dans dans une lettre adressée le 26 Octodre au Directeur de Cabinet du Président de la république dénoncé ce mic mac au sommet de la république.

Ami intime et Directeur de cabinet adjoint de Félix Tshisekedi alors président de l’UDPS, Dieudonné Lobo a été entendu au casier judiciaire puis envoyé ce lundi à Makala malgré les protestations de son avocat qui parle d’un vaste complot à la cour du Chef contre son client orchestré par le Directeur de Cabinet.

Une ligne défense qui prends à contre-pieds la définition d’Alphonse Depras qui parle de la cour du Roi Pétaud comme étant le fait que les mendiants nommaient un chef, du latin “Peto”, “je demande”. Ce roi des mendiants ne sachant se faire obéir, une extrême confusion en résultait comme les ordonnances signées par le chef de l’État Félix Tshisekedi le 23 novembre dernier fixant les equivalences et donc les rémunérations ainsi que d’autres avantages des membres du cabinet de la présidence.

Des ordonnances semble-t-il taillées sur mesure pour Vital Kamerhe qui semble refuser d’être placé en dessous du secrétaire général de son parti, Jean Baudouin Mayo et actuel Vice-Premier ministre en charge du budget. Et dire que le cabinet du président de la République compte plus de 200 membres ayant rang des ministres, c’est 3 fois plus que le Gouvernement central qui en compte 66.

Encore une occasion de saigner le trésor public avec des personnes occupant des postes superfétatoires et passant leurs journées dans des salles climatisées et profitant du Wi-Fi et transport gratuit.

Qu’en est il réellement de l’affaire Dieudonné Lobo ?

Dans sa correspondance adressée au Gouverneur du Kasaï-Oriental avec copie pour information au seul Directeur Général de la Société Saint Louis BGM SARL à Kinshasa-Gombe, avec comme objet: Mandat spécial, Dieudonné Lobo lui invite à bien vouloir porter assistance à la compagnie Saint Louis pour l’accomplissement des travaux « dans les différents projets » dans la concession de la Miba.

Parmi ses projets, citons:

  • La réhabilitation, le réaménagement et l’asphaltage de 100 Km de routes urbaines dans la ville de Mbuji-Mayi, faisant partie du grand projet de 9.154 Km sur l’étendue du territoire national ;
  • L’aménagement et la construction d’une nouvelle ville de 50 000 maisons, un aéroport international de quatre pistes (deux d’atterrissage et deux de décollage) à Munkamba ;
  • La construction d’un hôpital pédiatrique spécialisé de 1000 lits à Mbuji-Mayi ;
  • La construction d’un camp d’internement des forces spéciales et d’intervention rapide de 300.000 hommes ;
  • La conception et la construction d’un chemin de fer qui devra relier Mwene Ditu et Mbuji-Mayi ;

-La construction d’une cimenterie d’une capacité de production de 10.000 tonnes par jour ;

  • La conception et la construction de 40 industries de production et de transformation selon les besoins de la population de Mbuji-Mayi ;

-L’exploitation industrielle du diamant à la MIBA pour un soubassement de finance et créances extérieures en vue d’une optimisation de la production nationale.

Ses projets sont estimés à 22 milliards de dollars américains.

Sans se référer au président de la République ni au Directeur de cabinet à qui il ne réserve même pas une copie pour information, Lobo souligne que son mandat spécial court jusqu’à la fin de l’exécution de tous les travaux de ces projets évalués.

Le ministre du Portefeuille et son collègue des Mines qui exercent la tutelle sur la Miba ne sont pas non plus tenus au courant. Il en est de même du Directeur Général de la MIBA et du Conseil d’Administration.

C’est dans ce capharnaüm administratif que la fameuse société Saint Louis pose ses bagages à Mbuji-Mayi à l’insu de la MIBA avec qui elle ne signe aucun document bien qu’opérant dans sa concession.

Sur base seulement du mandat accordé par Dieudonné Lobo, le Gouverneur s’exécute sans autre forme de procès et accorde à Saint Louis BGM SARL un espace dans le polygone de la MIBA.

Ne remarquant rien de concret chez sa voisine très voyante et encombrante, le Conseil d’Administration de la MIBA interpelle les autorités de la Saint Louis BGM SARL sur les moyens de leur action.
Du côté de la Saint Louis, les responsables affirment n’avoir obtenu qu’un million de dollars sur les 5 millions de dollars américains sollicités à une banque.

Ce montant a servi au paiement de salaire de 140 travailleurs (sur 2390) et l’achat de carburant pour 200 000 dollars américains.

Des chiffres à trompe l’oeil qui étonnent les membres du conseil d’administration de la MIBA alors que dans l’ensemble, les projets à réaliser par La société Saint Louis à Mbujimayi sont évalués à 22 milliards de dollars.

Le 1 million en possession n’étant qu’une goutte d’eau dans l’océan des milliards promis par cette entreprise tout aussi flou que les brouillards de Pekin.

Quand on sait que sur les 2.390 travailleurs que compte la MIBA, seuls 140 personnes avaient été payées pour un mois avec une forte campagne de communication autour de la paie des arriérés des salaires des travailleurs de la MIBA et des vidéos des agents de la MIBA en liesse booster dans les différents réseaux sociaux et relayés par plusieurs médias.

La vérité est que la Société Saint Louis n’a pas des capitaux propres.
Venue pour prospecter, elle avait déjà commencé l’exploitation des diamants à la MIBA en gardant par ailleurs des pierres précieuses pour elle-même.

Avec les fonds tirés de son filon, elle comptait ainsi financer « ses » différents projets à 22 milliards de dollars en bernant sournoisement la MIBA avec 60% des parts pour elle et les 40% restantes pour la MIBA.

Plusieurs questions demeurent donc sans réponse à ce jour: le mandat spécial de Dieudonné Lobo à la fameuse société Saint Louis date du mois d’août, mais curieusement c’est seulement en novembre dernier que le ministre du Portefeuille instruit le directeur général de la MIBA au strict respect des instructions de la hiérarchie ?

Or, le gouvernement à travers les ministres des Mines et du Portefeuille étaient informés de la présence de la Société Saint Louis BGM SARL dans le polygone de la Miba !

À qui donc profitait les fructueuses exploitations de la Saint Louis ?

Plusieurs sources à Mbuji-Mayi rapportent que la société Saint Louis BGM SARL a contracté plusieurs emprunts auprès des plusieurs comptoirs de diamant de Mbuji-Mayi.
Des emprunts non remboursés à ce jour.

Plusieurs comptoirs ont décidé de recourir aux cours et tribunaux pour entrer en possession de leur dû.

Pour rappel, le scandale fut rendu public à travers une lettre adressée par le ministre du Portefeuille, Clément Kuete Nyimi Bemuna, le 14 novembre dernier, au Directeur Général de la MIBA à Mbuji-Mayi à travers laquelle il signale que le premier ministre condamne et s’insurge contre le mandat spécial que le Coordonnateur Administratif des Services personnels du chef de l’Etat a accordé à la compagnie Saint Louis BCM SARL d’aller à Mbujimayi afin d’effectuer des études liées notamment à l’exploitation industrielle du diamant à la MIBA.

Clément Kuete relève le défaut de qualité et l’usurpation de pouvoir dans le chef du donneur de mandat et instruit le Directeur Général de la MIBA « à veiller au strict respect des instructions de la hiérarchie ».

Voilà qui explique qu’un ami et proche du chef de l’Etat dort en prison. Même dans la cour du Roi de Pétaud, les hommes de la cour ne peuvent trahir le roi et rester en vie. Mais si la gangrène affecte toute la cour, sûrement plusieurs têtes doivent tomber.

Thierry Mfundu

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