Les matoiseries de Kin-kiey Mulumba

« Le vrai opposant c’est Félix Tshisekedi. » La phrase, loin d’être anodine, est bien celle de Tryphon Kin-kiey Mulumba. Dans une de ses rares interviews, l’ancien ministre en a profité pour placer ses pions, les enfonçant au sein même de l’opposition, où les petites phrases ont fait le bonheur des uns et la colère des autres.  Mais en parfait communicant, l’élu de Masimanimba, dans l’ex-Bandundu, a surtout pris soin de souffler le chaud et le froid. Car loin d’être épris d’un patriotisme soudain, le dernier Porte-parole de l’ère Mobutu est surtout un vrai opportuniste, en témoigne sa candidature même, qui attire aujourd’hui toutes les attentions au sein de la Kabilie.

En effet, comme il s’en explique, l’Homme a décidé de briguer la Magistrature suprême avant même de connaître le choix du président Joseph Kabila pour le fameux dauphinat.  Quand le nom de Shadary fut révélé, il a renforcé ses positions, en allant notamment jusqu’à établir un pont, dès les jours qui ont suivi, avec Augustin Matata Ponyo, un homme qu’il dit avoir été le « premier choix de Kabila ». Dans cette configuration, l’ancien ministre des PTNIC a donc commencé à jouer, malgré lui, son va-tout.

La cible c’est Shadary

Dans cette interview à Jeune Afrique, il a surtout été question de s’attaquer frontalement à ses anciens équipiers de la majorité. Dernière la manœuvre, l’objectif est de s’attirer le soutien des Kabilistes mécontents du choix de Shadary, tout en faisant un appel du pied à Kabila. « Il a été détruit non seulement par l’opposition, mais surtout la majorité. Regardez qui se trouve aujourd’hui dans l’opposition : c’est la majorité ! » a-t-il lancé, prenant le soin de ménager le président congolais, qu’il a présente désormais comme une victime.

Pour mieux comprendre sa démarche matoise, il faut placer celle-ci dans le contexte. Au sein du pouvoir, plusieurs ne sont pas fous amoureux d’Emmanuel Shadary. Depuis plusieurs semaines, l’ancien Premier ministre Augustin Matata mène un étrange bras de fer avec le leader du PPRD dans le Maniema, qui devrait pourtant être le fief de Shadary, et celui du président Kabila. « je viens d’une province, le Kwilu, au Bandundu, qui est un swing state, sans lequel aucun président ne peut être élu. J’ai un fief. Et aucun candidat aujourd’hui n’a ce profil », se targue étrangement Kin-kiey en faisant allusion à Shadary.

Autres détails clés, Tryphon Kin-kiey, a en croire Litsani Choukran, Fondateur de POLITICO.CD et qui est un de ses proches, a eu à notifier le président Kabila de sa candidature avant d’aller vers la CENI le 7 août dernier, sans que ce dernier ne s’y oppose. « De ce que je sais, le Chef de l’Etat a été mis au cœur de sa candidature. Après, il devait même rencontrer Kin-kiey  la semaine du 9 août, mais ça ne s’est pas fait au dernier moment », dit-il à POLITICO.CD.

Un atout électoral

Kin-kiey confirme l’Etat de ses relations avec Kabila dans son interview où il annonce des échanges notamment via le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku. « Depuis, il [Kabila] m’a envoyé plusieurs fois des messages très positifs par l’intermédiaire d’Aubin Minaku. Mais je n’ai pas eu de contact téléphonique », dit-il.

Dans cette symbiose entre l’ancien ministre et son mentor, et alors que Kin-kiey affirme ne pas faire partie de l’opposition, sa dernière sortie et toute sa candidature s’inscrivent en réalité contre Emmanuel Ramazani Shadary, sans jamais briser son alliance avec Kabila. Ainsi, une matoiserie qui ne saurait être vécue de bon goût du côté de l’opposition, qui n’aura en réalité rien à y gagner.

Quoi qu’il arrive, l’homme de « Kabila Desir » joue ici une partition à son profit, et à celui de Kabila. Car même s’il dit ne pas être prêt à retirer sa candidature, cette dernière ne saurait exister sans le concours de son mentor. Dans une élection à un tour, deux candidats de la majorité au pouvoir peuvent également assurer une victoire à Kabila. Car comme il l’explique si bien, l’électorat de l’ouest est aussi crucial que celui de l’Est. Et Kin-kiey, sans avoir à l’emporter peut grappiller des voix d’autres challengers du côté de l’opposition et assurer à Shadary une courte victoire sur tous. Au pire des cas, un tsunami politique pourrait également voir le « Grand crabe de Kitoy » être le dauphin caché de Kabila.

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