Merci aux actuels chefs d’Etat qui m’ont aidé à me rendre la vie facile. Et à tous qui l’ont un peu compliqué. ” C’est un Joseph Kabila qui se découvre un talent dans la taquinerie qui prend la parole, probablement pour la dernière fois, avant un long moment, devant ses pairs africains de la SADC ce vendredi. A Windhoek, en Namibie, comme un symbole, le Chef de l’Etat congolais signe malgré lui son discours d’adieu. Un pays qui avait farouchement appelé à son départ l’année dernière.

Calme, mais tendu, Kabila recite le même discours, prenant soin de rester mystérieux, tout en insistant sur un fait réel : « je ne vous dis pas au revoir, je vous dis à bientôt », lance-t-il à son assistance partagée entre l’humour et l’étonnement.

Derrière ce voyage, Kabila prépare pour autant son avenir, sans doute en misant sur les prochaines élections. « La démocratie n’est pas juste une réalité, c’est un processus irréversible en RDC », dit-il. Car s’il est vrai que le pays va inexorablement vers des élections, tous les signaux restent cependant inquiétants, à regarder de près, le comportement même du pouvoir de Kinshasa durant ce même voyage.

Shadary et Nangaa dans l’avion de Kabila

Ainsi pendant que Kabila caresse ses frères de la SADC dans le sens du poil, dans la salle, un symbole laisse présager ce qui attend le pays : parmi les invités d’honneur, un homme est là, sans aucune explication logique. Il s’agit d’Emmanuel Ramazani Shadary, le candidat de la coalition au pouvoir et successeur désigné de Kabila à la prochaine Présidentielle. Depuis sa désignation le 8 août, le leader du parti au pouvoir est inexplicablement projeté au devant de la scène. A Kinshasa, lors de la visite du président sud-africain Cyril Ramaphosa, il est étrangement reçu en tête-à-tête et plus ou moins officiellement par ce dernier.

A ce 38ème sommet de la SADC, Shadary n’est pas seul dans les bagages de Kabila. Corneille Nangaa, le président de la Commission électorale, censée être indépendante, a voyagé simultanément dans un même avion que Joseph Kabila et son candidat Président. Sur place, le président de la CENI s’offre une véritable opération de Relation Publique avec la machine à voter, un outil au cœur d’une vaste polémique au pays, et susceptible de fausser les résultats des prochaines élections.