Honneurs militaires, saluts aux drapeaux. La Belgique déploie tout son arsenal devant Joao Lourenço, président de l’angolais qui vient d’arriver ce lundi à Bruxelles. La visite, qui s’inscrit dans le cadre d’une tournée européenne pour le tout nouveau maître de Luanda, est néanmoins suivie d’une attention particulière à Kinshasa.

En effet, dans la crise qui oppose Kabila à ses rivaux, Luanda est venue s’adjuger, avec Kigali, le rôle d’arbitre. A Paris la semaine, dernière Kagame et Lourenço ont en effet, aux côtés d’Emmanuel Macron, agacé Kabila, en dévoilant une “initiative” concertée, et qui a visiblement surpris Kinshasa.

Dans la foulée, derrière la colère publiquement exprimée par Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, qui est allé jusqu’à réclamer des “explications” à la France, la capitale kinoise tente de compenser la perte visible de Paris, en se rabattant sur Bruxelles.

Un émissaire belge à Kinshasa

En effet, la semaine dernière à Kinshasa, le ministre d’Etat belge François-Xavier de Donnea a rencontré le ministre congolais des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, lui remettant un  des messages du gouvernement belge adressés à son homologue de la République démocratique du Congo (RDC) “dans le cadre du renforcement de la coopération bilatérale entre deux pays“, a rapporté l’agence congolaise de presse (ACP) reçue mardi à Bruxelles.

Selon des sources concordantes, M. de Donnea, un ancien ministre de la Défense, a affirmé “qu’il était de grand intérêt pour que la Belgique et la RDC puissent résoudre la crise diplomatique qui les secoue“,  assurant que le Premier ministre belge (Charles Michel) est favorable à discuter avec les plus hautes autorités de la RDC.

Il y a une volonté de maintenir et de renforcer le dialogue pour aboutir à des solutions à nos problèmes afin que les relations entre les deux Etats soient consolidées. La volonté de la Belgique est de trouver un régime de croisière normale dans ses relations avec le Congo“, a poursuivi M. de Donnea, toujours selon l’ACP.

C’est la toute première “réception” d’un officiel belge à Kinshasa depuis le camouflet infligé à Didier Reynders, vice-Premier ministre et chef de la diplomatie, en novembre dernier lors de l’inauguration de l’Ambassade de la Belgique. A l’époque, aucun officiel congolais n’avait souhaité prendre part à la manifestation. Par ailleurs, M. Reynders n’avait alors pas été officiellement reçu.

Marquer Kagame et Lourenço à la culotte

Par ailleurs, les relations entre Bruxelles et Kinshasa sont plongées dans une crise profonde depuis le début de l’année, quand le gouvernement belge a décidé “une révision fondamentale” de la coopération avec les autorités congolaises jusqu’à “l’organisation d’élections crédibles” en RDC. En représailles, le gouvernement congolais a ordonné à la Belgique de fermer son consulat général à Lubumbashi, le chef-lieu de la province du Haut-Katanga (sud-est), de mettre fin aux activités de sa nouvelle agence de développement (Enabel) et de fermer la Maison Schengen à Kinshasa – une sorte de consulat européen géré par la Belgique.

La donne a changé. Le président angolais João Lourenço qui séjourne à Bruxelles pour 48 heures,  doit y rencontrer le roi Philippe, le Premier ministre Charles Michel et le vice-Premier ministre en charge des Affaires étrangères, Didier Reynders. Il sera suivi  “presque simultanément” par le rwandais Paul Kagame. Une situation qui secoue Kinshasa.  Des sources du ministre des Affaires étrangères confirment à POLITICO.CD une probable rencontre entre des autorités belges et celles de la RDC.