Comment le PALU a fait chanter Kabila

Le temps passe vite en RDC. La politique aussi, où quelques jours ont suffi pour enterrer tout espoir de tremblement de terre du côté de la Majorité Présidentielle. Au centre de cette saga, le PALU, parti cinquantenaire dirigé par l’indéboulonnable Antoine Gizenga (92 ans). Allié au président Kabila depuis 2006, ce parti laisse alors entendre une certaine volonté de rejoindre l’opposition.

Nous sommes dans un moment de composition et recomposition. L’alliance avec nos amis date d’il y a longtemps. C’est tout à fait normal, au regard des échéances qui arrivent, que nous envisageons d’autres alliances. Nous avons une base qui veut du changement. Et il faut respecter sa volonté”, lance un député de ce parti à POLITICO.CD le lundi 12 mars à Kinshasa.

Le même lundi, à la suite d’une rencontre entre les cadres du PALU et ceux du Mouvement de la Libération du Congo (MLC, Jean-Pierre Bemba)  une semaine avant, une rupture entre le PALU et la MP est annoncée.  “Cette alliance avec la MP était électorale mais maintenant nous sommes à la fin. Nous avons d’autres partenaires“, déclare alors Cléophas Gizenga, cadre du PALU. Pour lui, l’heure est à ” la création de regroupements politiques en prévision des prochaines élections”. 

Cependant, dans les coulisses, ces sorties n’inquiètent outre mesure les cadres de la majorité. Pour certains, et à juste mesure, il s’agit simplement de chantage. Selon une source, le président Kabila lui-même déclare un embargo sur la question. Personne alors au sein de la majorité ne devrait prendre contact avec le PALU. “Mettons cela dans le cadre des manœuvres démocratiques“, aurait dit le Président.

Muzito – Lugi, le duo maître chanteur

De l’autre côté, le Palu, avec à sa tête son Secrétaire permanent Lugi Gizenga et son adjoint Adolphe Muzito, décide de pousser le bouchon un peu plus loin. Muzito et Gizenga rendent ainsi visite tour à tour à Vital Kamerhe (UNC) et Eve Bazaïba le mardi 13, une alliance est annoncée “en gestation”.  Mercredi, des sources concordantes annoncent même une probable conférence de presse avec ces trois partis, mais également avec l’UDPS, pour proclamer la création d’une “méga plateforme électorale”.

Mais voilà. Derrière ces gesticulations, le PALU n’aurait peut-être jamais cherché à quitter la majorité. Comme tant d’autres partis de la famille politique de Joseph Kabila, Antoine Gizenga et ses neveux livrent en réalité une guerre d’influence autour des prochaines échéances électorale.

Il n’a jamais été question de rejoindre l’opposition. Nous sommes un parti national avec des ambitions présidentielles. Notre alliance avec le pouvoir s’est arrêtée le 19 décembre 2016. Il nous fallait analyser les choses, prendre contact avec tous les acteurs et saisir la meilleure option pour notre base », enfonce d’ailleurs un proche d’Adolphe Muzito à POLITICO.CD.

En effet, alors que le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) tente de s’adjuger la plus grande part aux prochaines législatives, en instaurant un seuil de représentativité dans la loi électorale, tueur “des petits partis”, le PALU, qui garde une dent contre le parti présidentiel après plusieurs faux pas, ne veut pas être aspiré par ce stratagème. A l’image de l’AFDC de Modeste Bahati, les fils Gizenga tentent alors une pression politique, loin d’être une vraie révolution de palais.

Jeudi 15 mars, Kabila décide de siffler la fin des hostilités. Il rencontre d’abord Antoine Gizenga à son domicile de l’ouest de Kinshasa. Mutizo et le fils Lugi sont étrangement placés en disgrâce. Ils seront demis de leurs fonctions le lendemain. Un nouveau Secrétaire permanent est nommé, avec un nouvel adjoint. Lundi 19 mars, le Président reçoit officiellement un Patriarche Gizanga ramolli par l’âge, mais qui scelle la fin d’une saga qui n’aura que fait souffrir les opposants, eux  qui ont cru, pendant un moment, qu’ils pouvaient réellement compter sur le PALU pour battre Kabila aux prochaines élections du 23 décembre 2018.

Pour clore le spectacle, Adolphe Muzito et Lugi Gizenga, pourtant émeutiers, vont faire profils bas, sans doute après avoir obtenu de Kabila ce qu’ils cherchaient tous: dans les couloirs de l’Assemblée nationale, on apprend tout à coup que la loi électorale pourrait revenir, dans l’optique de lui retirer le fameux seuil. D’autres récompenses pourraient également être décernés au fidèle Palu, qui n’aura jamais lâché Kabila: pour le meilleur, et le meilleur!

Litsani Choukran,
Le Fondé

 

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