Une fois de plus, l’appel de la principale coalition de l’opposition en République démocratique du Congo pour descendre dans la rue a tourné court notamment à Kinshasa, où les forces de l’ordre ont été déployées en masse pour étouffer tout mouvement.

Dépité, le leader du Rassemblement, Félix Tshisekedi, a même reconnu cet échec. “On peut perdre la bataille mais la guerre continue“, a-t-il reconnu dans un entretien vidéo. “Nous n’avons pas marché malheureusement”, a avoué M. Tshisekedi, qui a mis cet échec sur le compte de la “pluie” et d’un “manque de coordination”.

C’est toute une série de mobilisations de l’opposition qui tourne de la même manière en RDC. La dernière sortie massive des partisans anti-Kabila date seulement d’avril dernier, où il a y notamment de morts et plusieurs arrestations. Depuis, les coalitions de l’opposition pataugent.

Faut-il abandonner la lutte et aller vers les élections?

Les mobilisations dans les rues semblent difficiles d’autant plus que la Commission électorale, faisant suite aux pressions américaines, a fini par publier le calendrier des élections tant attendues, coupant l’herbe sous le pied de l’opposition, qui réclamaient une transition sans le président Kabila.

Cette idée de transition, qui semble éloigner le pays des élections, commence également à être abandonné par certains membres de l’opposition, notamment Gabriel Kyungu, qui a annoncé la semaine dernière son approbation au calendrier de la CENI.

Cependant, rien n’est sûr que ces élections soient bien embarquées. Le passage en force de la nouvelle loi électorale à l’Assemblée nationale, annonçant des mesures susceptibles de favoriser la majorité au pouvoir, jette un doute sur la crédibilité du prochain scrutin. De plus, la machine électorale qu’impose le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) laisse entrevoir une réelle volonté de falsifier ce processus.

Par ailleurs, le climat politique reste tendue, les mesures de décrispation sont loin d’être appliquées, alors que des partisans de l’opposition font toujours objet d’un harcèlement perpétuel de la part des forces de sécurité, enfonçant un peu plus ce problème.

Se mettre en question

Si les élections restent redoutées, elles ne sont pas à écarter, faute de solution. L’opposition doit cependant trouver un second souffle pour proposer mieux. Et à ce titre, une remise en question est de plus en plus observée, tant chez les mouvements citoyens, notamment celui de Sindika Dokolo, qu’au sein même du Rassemblement.

En effet, dans une série de tweets publiée le même 19 décembre, le député Christophe Lutundula, cadre du Rassemblement, note un manque de conscience au sein de la population. “Quelles que soient les qualités et la détermination d’une opposition, tant que le peuple n’a pas une conscience aiguë de sa condition misérable ni atteint le seuil critique de la révolte, la lutte de libération a très peu de chance de réussir“, affirme-t-il.

Plus nous avançons dans la lutte et plus je me rends compte que le défi de la RDC est avant tout celui des mentalités. Nous devons travailler à la révolution des consciences“, lançait de son côté Sindika Dokolo le 8 décembre dernier via son compte Twitter.

Dimanche, en une vingtaine de minutes, Sindika Dokolo s’étale sur la télévision web Tshangu, revenant de manière précise et concise sur SA vision du futur. “Comment est-ce qu’on peut changer le Congo, par des Congolais“, pose-t-il comme base de son activisme.  Il explique ainsi, qu’il s’agit d’une approche qui pousse au changement “à l’intérieur de nous-même“. Celui qui pourra pousser le Congolais à revoir “sa Congolité” dans le but de promouvoir le meilleur.

L’union de l’opposition, l’autre piste de solution

Dans son intervention reconnaissant l’échec de la mobilisation hier, Félix Tshisekedi confirme des lacunes en coordination. Une situation déjà vécue plusieurs fois. Cependant, elle reste autant liée par la désunion qui caractérise les opposants, alors que le Rassemblement est la seule plateforme à appeler aux manifestations. Le Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, ou encore l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) de Vital Kamerhe ont toujours semblé être en écart de cette mobilisation.

Une situation qui pourrait changer, au regard des derniers contacts entre les leaders de ces mouvements. Ces leaders, longtemps éloignés, se sont rencontrés le vendredi dernier à Paris où ils séjournaient tous depuis plusieurs jours.  Aux côtés d’Olivier Kamitatu qui publie la photo, et d’Antipas Mbusa Nyamwisi, ou encre des délégués du MLC, les présidents  du G7, de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) et du Rassemblement ont, à en croire des sources, entamé un rapprochement depuis plusieurs semaines. Ils entrevoient la possibilité d’un nouveau front pour faire face à Joseph Kabila.

De retour à Kinshasa, Félix Tshisekedi a fait savoir qu’il n’est pas opposé à un rapprochement avec Vital Kamerhe. “Tant que nous sommes tous d’accord sur le même objectif, qui est que Kabila doit partir pour la restauration de notre pays, chacun peut le faire à son niveau. Nous devrions seulement avoir le même langage et la même démarche“, explique-t-il.