A 61 ans, dont la moitié passée à tenir la cape à Étienne Tshisekedi, Bruno Tshibala, qui te met des lunettes de soleil même la nuit, a tout connu. Avant-même d’avoir sa licence en Droit (1989), depuis l’Université Marien Ngouabi à Brazzaville voisine, l’enfant-maison du royaume de Limete était déjà présent à la rédaction de la fameuse lettre des 13 parlementaires, en décembre 1980. Il a en effet participé à la réunion préliminaire de la création de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) avec Étienne Tshisekedi, Joseph Ngalula, Anaclet Makanda, Isidore Kanona, Grégoire Dikonda et Kibasa Maliba.

Il passera d’ailleurs la plupart du temps à gaver tout le monde de cet exploit”: “j’ai fondé l’UDPS avec Étienne Tshisekedi“, lancera-t-il  à quiconque lui contestait son siège auprès du Saint Tshisekedi, faute d’avoir signé cet acte, par peur de représailles.

Mais voilà, la fidélité étant une notion interpersonnelle qui se définit par rapport à un temps donné, on finit toujours par rêver d’un avenir un peu plus doré. C’est ainsi qu’après avoir combattu du Mobutu durant plus d’une décennie, sous les manguiers de l’avenue Petunias – dixième rue Limete – passant par la clandestinité sous Laurent-Désiré Kabila… l’homme qui dit avoir été emprisonné plus de 15 fois, a fini par devenir “pragmatique”, dit-on du côté du pouvoir.

Il fallait donc s’y attendre. La disparition du leader charismatique de la maison mère de l’opposition congolaise allait plonger ce parti dans une incertitude certaine. Comme bien souvent dans ce pays où les partis naissent de scissions et désamours, la succession du leader incontesté de la lutte pour la démocratie en République démocratique du Congo n’allait pas être sujet facile. Loin des funérailles à haut risque du Shpinx, et avant même la tragique disparition de Tshisekedi le 1er février dernier à Bruxelles, à l’âge de 84 ans, la bataille à la succession avait déjà commencé. En trame, Félix Tshisekedi, qui porte le nom, est poussé par une frange familiale, histoire de garder les rênes de cette entreprise paternelle. Néanmoins, Tshisekedi n’appartient plus à sa seule famille.

“Un jour, il a réuni sa famille, en disant: je n’ai pas fait quatre décennies de lutte pour ma famille”, revèle-même Valentin Mubake, un autre prince déchu, mais dont l’histoire vous sera contée dans un autre jour.

Bruno Mavungu débarqué du parti! L’épisode a sans doute dû mettre la puce à l’oreille à Bruno Tshibala. Dès son dernier séjour en prison en novembre dernier, l’homme a eu le temps de prendre des contacts avec les officines du Pouvoir. La fois n’aura cependant pas suffit pour la traversée.  Libéré, Bruno Tshibala est accueilli en héros le soir même à “la résidence”. Tout va bien, il a tenu bon. Contrairement à un certain Badibanga qui rafle, à la première proposition, l’offre de succession convoitée d’Augustin Matata Ponyo.

Le Sphinx s’écroule à Bruxelles. La guerre peut commencer. Occasion faisant le larron, Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi s’allient d’amitié qui n’est pas du goût du… Pouvoir. Ni celui de Joseph Olenghankoy, encore mois de Raphaël rouspétant Katoto. La coalition de la raison allait naître. Politico.cd parlera de “Aile du Rassemblement”, Kabila y verra occasion de se faufiler, si ce n’est lui  le tireur de ficelles.

L’OPA sur Tshibala a donc commencé. Sur la lignée de Bernardin Mungul Diaka, qui s’est rendu coupable en se faisant nommer Premier ministre alors qu’il était coauteur de la motion de confiance et de soutien de l’Union sacrée à Etienne Tshisekedi élaborée moins de 24 heures avant, le bras droit de Tshisekedi a eu son prix de la trahison vendredi en début de soirée.  A la tête d’un gouvernement à peine plus coloré que celui de Badibanga, et dont la formation sera sûrement sujet à bataille digne de Kolwezi en 1978, l’ex ou l’actuel Secrétaire général adjoint de l’UDPS bénéficie du doute officiel.  Même Lambert Mende se met à défendre son combat d’opposant: “Si Monsieur Tshibala n’est pas opposant, alors qui est-il?

Le verbe facile du gouvernement fait allusion à Félix Tshisekedi. Héritier contesté du Tshisekedisme, qui a pêché par un excès de volonté à  vouloir à tout prix prendre la Primature, telle bastille en France; et qui doit à présent menacer d’appeler à un illusoire soulèvement, histoire d’obtenir des nouvelles discussions… le tout, dans un Congo en pleine crise et ou Joseph, le fils de Laurent, est toujours à la baguette.

8 comments

  1. Très bien et bonne analyse…Qui a gagné.Mungul Diaka,qu’est ce qu’il représente au sein de l’opinion nationale?Chacun de nous a l’occasion de marquer son existence…Que cela soit dans le sens positif ou non chacun rendra compte…Kabila sait que tous les maux qu’il a infligés aux Congolais,il ne s’en remettra jamais…Il a besoin de gens qu’il va entraîner avec lui quand il aura subi la vraie justice…Peu importe les tempêtes, le Congo reste…Le Congo sera sauvé…

  2. La vrai histoire de l’UDPS est connu de tous,Tshibala un gros manteur, un opportuniste comme tant d’autres DIKONDA,BIRINDUA,BADIMBANGA,MUBAKE,finiront comme NGUZ A KARL BOND.

  3. Comment le politicien congolais arrive à être si facilement corruptible, même lorsqu’il a lutté toute sa vie durant contre un dictateur? L’explication se trouve dans un combat de poste, de positionnement, de suivisme, qui manque un idéal pour lequel on s’engage sincèrement jusqu’à la mort. On ne peut combattre une dictature fondée sur la corruption, l’intimidation, le chantage et la violence lorsqu’on sa vie n’est pas immunisée de l’intérieur contre ces choses. Rien que par la manière d’accéder à son poste envié, on y voit le signe avant coureur de l’échec. N’est-ce pas cet échec qui est voulu par l’autorité qui l’a nommé? La seule mission que Tshibala aura réussi sera celle de fragiliser momentanément son camp et apporter l’eau au moulin de l’adversaire de son camp. Trahison.

    1. Baka. Ce n’est pas une question de corruption. N’ayez pas une approche tronquée du problème. C’est une question de manque du dialogue au sein de l’udps où des gens sont éjectés à la Moindre suspicion. Et où le parti est géré selon les humeurs des responsables du parti au mépris des règles librement établies par eux mêmes. Félix peut voir qui il veut et ne sera jamais interpellé. Au fait plus de mois après la mort de son lider maximo et sans un congrès a l’udps kabund devient illégitime, pourquoi le laisse t on agir ? Lisez bien les statuts de ce parti vous comprendrez de quoi je parle. ..

      1. A l’absence du dialogue au sein d’un Parti, on pactise avec celui qu’on considérait comme le diable. Quelle logique!

  4. Monsieur quand tu dis , que Bruno Tshibala porte des lunettes anti-soleil même la nuit , je comprends que tu ignores qu’il y a des verres médicaux teintés .
    Felix ,que ce qu’il vaut sur le plan intellectuel de plus que Tshibala qui a un diplôme en droit. Soyons sérieux.

  5. Le diplôme est un permis de conduire disait Sekou Touré mais en RDC, il est considéré comme une divinité. De tous ces diplômés, aucun n’a prévenu Kabila que Tshibala bénéficiait d’une liberté provisoire. Et on demande au peuple de continuer sa sieste.

  6. Bonne plume d’un bon journaliste mais qui dissimule mal son parti-pris pour Félix. Bruno est un combattant de première heure. Dans cette UDPS, il n’y a que la famille Tshisekedi pour avoir droit aux postes? Badibanga comme Tshibala sont des traîtres parce qu’ils ont accepté d’être des Premiers ministres de cohabitation avec Kabila. Et quand c’est Félix qui remue ciel et terre, qui se bat comme un diable dans un bénitier pour le même poste, lui il n’est pas traître? Et puis Badibanga est un riche homme d’affaires qui habite Waterloo à Bruxelles et Binza Pigeon à Kinshasa, Tshibala est un avocat, eux au moins, ils ont une profession. Et Félix, il fait quoi même dans la vie? Rien. Nul sur le plan intellectuel, c’est en plus un chômeur qui cherche son premier job à la primature. Triste à pleurer.

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