Dans une poignante tribune publiée par le journal français Le Monde, Charles Josselin, Pierre-André Wiltzer, Hélène Conway-Mouret et André Vallini, quatre anciens ministres français chargés de la francophonie, dénoncent la candidature de la rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de francophonie (OIF). Pour eux, cette proche de Paul Kagame, président du Rwanda, peut porter « atteinte à l’image même de notre pays [la France] ».

Nous la dénonçons pour au moins trois raisons : Cette décision a été prise sans concertation aucune avec nos principaux partenaires de l’Organisation internationale de francophonie (OIF). L’OIF n’est pas la propriété de la France, et il n’appartient pas aux dirigeants d’un pays de décider à la place de tous les autres : conception d’un autre âge, contraire aux intérêts mêmes de la France, qui a tout à perdre à vouloir se conduire en leader autoproclamé de la francophonie. Si la France pense que l’OIF doit être dirigée par un Africain, laissons les Africains eux-mêmes en décider et ne choisissons pas à leur place. Cette attitude paternaliste va à l’encontre des engagements pris devant la jeunesse africaine à Ouagadougou“, énumèrent.

Ces personnalités dénoncent également le faits que Kigali, depuis l’arrivée au pouvoir de Paul Kagame, n’a cessé de prendre ses distances avec la langue française, citant pour exemples : adhésion au Commonwealth, fin de l’enseignement du français dans les établissement publics…

Faute d’avoir pris la peine d’en parler à nos plus proches partenaires francophones, à commencer par les Canadiens, l’autre grand bailleur de l’OIF, la France est aujourd’hui contrainte d’engager un bras de fer inutile avec le premier ministre Justin Trudeau, au moment où elle a plus que jamais besoin d’Ottawa pour faire front commun face aux errements de Donald Trump“, signalent également ces personnalités.

La candidature de la ministre rwandaise, qui vise le poste de secrétaire général de l’OIF contre la canadienne Michaëlle Jean, est fortement contestée.  En juillet dernier, Reporters sans Frontières a forcément dénoncé Mme Mushikiwabo, ministre dans le gouvernement de Paul Kagame depuis dix ans, alors que le Rwanda pointe au 156e rang dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

Depuis 1996, l’ONG recense 8 journalistes tués ou portés disparus au Rwanda. « On se pose la question de savoir comment Louise Mushikiwabo, si jamais elle devait être investie à l’automne prochain à la tête de l’OIF, pourrait accomplir son mandat et sa mission de l’OIF, notamment en matière de liberté de la presse, interroge Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF, au micro de RFI.