Règlement de compte à OK Corral, un épisode clé du mythe de l’Ouest américain dont s’empare le Western. C’est même devenu une expression courante pour signifier une mise au point très énervée entre deux parties adverses. Une fusillade. Une étape finale qui scelle parfois une guerre, et où beaucoup y passent. OK Corral a pourtant bel et bien existé et fusillade il y a eu, le 26 octobre 1881, dans la ville de Tombstone en Arizona, au pays de l’oncle Sam. Deux fratries célèbres s’y sont fait face : les Earp et les Clanton.

Côté Clanton, on est abonné au rôle de méchants, voleurs de bétail qui terrorisent tout le monde dans les Western. Mais chez les Earp, je demande Wyatt, le frère aîné : shérif devenu personnage de légende au cinéma.  Ces personnages sont ce qu’on appelle des « as de la gâchette », des cow-boys qui tirent plus vite que leur ombre et qui peuplent l’imaginaire de la conquête de l’Ouest… Ca y est ? Je vous perd ?

Revenons donc, dans le film glosé en direct par les opposants congolais, où les Earp [les gentils] et les Clanton [donc les méchants] ne sauraient être identifiés, car tous semblent avoir le vol à la tire dans le sang. Toujours est-il que, nous avons de prime à bord, une bande de sécessionnistes, motivés, selon eux, par la conviction suprême de servir la nation. Mais, voyez-vous, nul ne peut lâcher Médor plus haut que son postérieure.

“Chasser le médiocre, il revient au galop”, dit un proverbe que j’ai invité. Bruno Tshibala en tête, ne supportant plus ses deux chambres-salon de Lemba pendant une vingtaine d’années, s’allie à Joseph Olenghankoy, le seul homme au Congo qui traite alors le président Joseph Kabila de “microbe”. Les deux décident ainsi de former la coalition du Rassemblement/Kasa-vubu, se forgeant contre la corruption de Moïse Katumbi, un Kabiliste qui veut diviser l’opposition.

Le temps, qui guérie les blessures en déshabillant les stupidités, est passé par là. Après avoir obtenu chacun une prison dorée près du même président Kabila, nos deux médiocres ne peuvent plus exister dans un même monde trop fugace. L’un, comme l’autre, décide de se dévoiler.

Lorsque le bras de fer en coulisses, surement autour de billets verts et de “cops”, ne donne rien, le spectacle public est assuré, telle une pièce de Molière, par larbins interposés. Roger Lumbala et Tharcisse Loseke assurent l’agôn, dézinguant Olenghankoy à la Ok Corral. Langue pendue, ce dernier n’hésite pas à donner la réplique.

Quand la médiocrité règne, l’incompétence est une règle, la roublardise une culture. Dans ce pays où le fils de Mzee a décidé de primer la médiocrité, nous n’avons encore atteint le bas fond, celui d’une chute vertigineuse des valeurs et, bien évidemment, de vertu. Nul n’a plus honte, on ne cache plus ses sortisses.  Comme le disait Anne Barratin, “le pouvoir sert souvent à nous montrer combien sont médiocres ceux qui y sont”. A ce titre, nous sommes largement servis.

Retenons, chers amis, que ce billet reste néanmoins un règlement OK Corral de la part d’un éditorialiste ahuri par la médiocrité des concernés. Ma colère restera donc sainte, l’indignation d’un cœur fort et puissant, le dédain militant de celui que fâche la médiocrité et la sottise. Un homme a le pouvoir et peut bien arrêter cette Commedia dell’arte, il se nomme : Joseph Kabila Kabange.

Litsani Choukran,
Le Fondé.