Je suis un idiot!

Pas le temps d’écrire un chapeau, je suis un idiot!

L‘Idiot. Le prince Mychkine est un être fondamentalement bon, mais sa bonté confine à la naïveté et à l’idiotie, même s’il est capable d’analyses psychologiques très fines. C’est donc un idiot. Après avoir passé sa jeunesse en Suisse dans un sanatorium pour soigner son épilepsie, il retourne en Russie pour pénétrer les cercles fermés de la société russe, sans sou ni attache, mais avec son titre de noblesse et un certificat de recommandation en poche. Il se retrouve par hasard mêlé à un projet de mariage concernant Nastassia Filippovna, jeune femme très belle, adulée par un grand nombre de soupirants, mais dont le seul amant est Totzky, son tuteur de 55 ans qui l’a élevée et en a fait sa maîtresse dès la petite adolescence…

L’histoire s’achève dans la tragédie : Nastassia Filippovna est assassinée par son tuteur, qui par la suite est condamné au bagne. Le prince, redevenu idiot du fait d’une violente crise d’épilepsie, due au traumatisme engendré par la mort de Nastasie Filippovna, est réinterné… L’idiot. Ce roman de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski publié en feuilleton en 1868 et 1869 dans Le Messager russe, est la seule référence intelligente trouvée au sujet d’un terme aussi infâme, que le Robert attribue automatiquement à l’insulte: idiot. Tiré de l’idiotie, lui-même décrivant homme vulgaire, sans éducation, sot, « qui ne participe pas à la vie politique de sa république.  »

Définition en poche, analysons-nous à présent. Tous ceux qui osent poser de questions ou s’en poser au sujet de l’évasion au CPRK (ex-Makala) doivent donc s’éviter toute aventure conspirationniste, où ils seraient sur le coup associés au prince Mychkine.

Par ailleurs, sans entrer dans la controverse sur les termes que peut utiliser ou pas un ministre, l’a-t-il ou pas dit, faisait-il ou pas chaud, avait-il une cravate rouge… l’homme a peut-être raison. Car, comment dans une République, constituée, en plein jour, 4100 et quelques prisonniers peuvent se tirer à Moto? Sauf si, comme le ministre, nous tous sommes idiots!

A l’heure où à Boston, les frères Tsarnaïev se faisaient lyncher par toute une population en colère, nous, à Kinshasa, avons suffisamment de recul pour convenir qu’il ne s’agit pas de la même situation. Entre temps, la moto de Ne Muanda Scofield et des milliers de prisonniers, dont certains aimeraient bien se venger de leurs bourreaux, disparaissent dans la nature. Après tout, il s’agit du 17 mai, symbole même de la libération. Les 4000 congolais désormais libres ne sont-ils pas des combattants? Eh bien, non!

Outre Diomi et Diongo (toujours en prison), il y a tout de même des Kuluna, des bandits et tous ceux qui ont eu le malheur de passer plus de deux jours dans un commissariat, incapables de payer une double caution, plaignant et accusé, à l’OPJ très en colère, pour échapper au mouroir de Makala. Une fatalité nationale. Que tout le monde se met tout à coup à dénoncer. « Puisque l’on y mourrait, autant mieux profiter de l’aide fournie pas les BDK« , dit-on depuis son salon, installé aisément à Londres.

Leaders politiques s’y engouffrent. Montage. Idiot, rétorquera Pouvoir. Après, le même opposant s’attaque à une évasion réelle: « Cela montre encore une fois l’amateurisme du gouvernement congolais. Parce que si l’on ne peut même pas gérer nos prisons, on ne pourra pas non plus gérer 80 millions de personnes ». Mais, Moïse, est-ce montage ou incapacité? Il faut choisir! Rien qu’en posant cette question au Saint Katumbi, j’aurais touché entre temps les millions kabilistes. Vent, on passe.

Revenons sur l’idiotie. Nous les sommes certes. Chacun de nous. De la tête du pays à mon petit neveu Gad Mahele (Libanga). Un pays où même les tricheurs le fond mal. Ceux qui doivent les arrêter tout aussi. L’ancien Mobutiste a raison. Nous connaissons le scénario, nous connaissons les acteurs, nous savons ce qui s’y prépare… mais nous sommes là, sur Twitter, à insulter ceux qui n’y sont pas. « C’est de la mascarade pour annuler les élections. » Oui, et alors? Que faisons-nous contre ça? Le 31 décembre 2017, nous serons toujours là, à twitter, en attendant qu’un nouveau libérateur arrive et établisse une nouvelle date à célébrer à la mémoire de son pouvoir commençant. Che ne disait-t-il pas: « « Je ne suis pas un libérateur. Les libérateurs n’existent pas. Le peuple se libère lui-même« ? Je suis un idiot.

Litsani Choukran,
Le Fondé.

 

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