Présidentielle 2023: Quand Tshisekedi tacle ses adversaires « pantins » de l’étranger

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La Commission électorale nationale indépendante, institution d’appui à la démocratie chargée de l’organisation des scrutins en République démocratique du Congo a officiellement clôturé, l’opération de réception des candidatures pour le compte de la présidentielle prévue en décembre 2023. Des habitués aux nouveaux, la course à la présidentielle s’annonce impétueuse.

Samedi, Félix Tshisekedi qui est candidat à sa propre succession, a déposé sa candidature pour un deuxième quinquennat. Au sortir du Bureau de Réception et de Traitement des Candidatures (BRTC), le Président sortant qui se présente cette année en indépendant s’est adressé à la foule, mobilisée à la veille par ses caporaux de l’union sacrée de la Nation, la plateforme électorale qui porte sa candidature.

Mukwege, la première cible

Le prix Nobel de la paix 2018 s’est pour la première lancé dans la course à la présidentielle après plusieurs hésitations notamment en 2018 où il était pressenti candidat. Et comme en politique tout est permi sous prétexte de la « bonne guerre », le célèbre gynécologue et fondateur de PANZI, une structure qui prend en charge les femmes victimes de viol, est d’ores et déjà dans les collimateurs du Président Félix Tshisekedi.

Dans son discours devant le siège de la centrale électorale (CENI), le Président Tshisekedi n’a pas sa langue dans la poche. D’un réquisitoire sévère, Félix Tshisekedi a verbalement taclé certains de ses adversaires qu’il a qualifié, sans tergiverser, des « patins », candidats de la communauté internationale, pour ne pas dire de l’étranger.

« Je voudrais à travers vous, mettre en garde notre population face aux candidats de l’étranger. J’ai parlé de notre envie, notre ambition de devenir indépendant sur le plan économique mais faites très attention. Ne craignez rien,parce que vous êtes les plus forts. Le peuple a toujours raison et donc, les candidats de l’étranger vous les reconnaîtrez par leur langage. Ils vont vous amener des concepts venus d’ailleurs. On a entendu certains parler de la nation du genre, en République démocratique du Congo n’avons pas de problème d’orientation sexuelle », a pesté Félix Tshisekedi citant à mots à peine voilés, le candidat Dénis Mukwege, qui dans l’une de ses sorties médiatiques a plaidé pour l’introduction du genre afin d’assurer l’égalité de chance entre l’homme et la femme en République démocratique du Congo.

« Vous reconnaîtrez ces gens là lorsque leurs parrains vont leur donner un mot d’ordre pour se réunir , se mettre ensemble pour devenir plus forts mais ils vont se tromper, ils ne deviendront pas plus forts parce que c’est le peuple qui l’est. Voilà pourquoi je dis à l’étranger : il est temps de laisser tomber cette politique du passé qui consiste à soutenir des pantins et de penser pouvoir les faire élire contre la volonté du peuple. Vous devez rester vigilants jusqu’au bout. Vous reconnaîtrez ces gens là par leurs discours, vous les reconnaîtrez lorsqu’ils se mettront ensemble et en ce moment là, nous pourrons dire que nous nous avons vaincu parce que le combat et rude mais, le combat nous léguer par notre leader et ses compagnons de lutte pour un
Congo nouveau, fort, libre et prospère. Nous sommes en passe de gagner ce combat . Et donc je dis à l’étranger, qu’au lieu d’avoir des candidats à qu’il va dicter sa volonté, il doit plutôt venir en République démocratique du Congo pour nouer des partenariats publics et privés qui vont se mettre à la volonté du peuple. Ils (étrangers) n’ont pas à dicter leur volonté mais à faire la volonté de notre peuple à l’instar de ce que nous sommes entrain de faire avec les États Unis d’Amérique, la République du populaire de Chine, la Turquie et le Japon », a-t-il asséné précisant que le Congo n’est pas un organe humain pour être réparé, allusion faite au surnom de « réparateur des femmes » arboré par le docteur Denis Mukwege.

Je n’ai ni besoin de l’appui de l’orient ni de l’occident

Le Docteur Mukwege s’était exprimé plus tôt à propos de son « rapprochement » présumé avec la communauté internationale. En septembre dernier lors de la réception de la caution pour sa candidature, le prix Sakharov 2014 a déclaré compter sur les congolais pour qui, il a combattu depuis une quarantaine d’années.

« Si j’étais l’homme des occidentaux, peut-être qu’ils m’auraient déjà placé comme ils le font pour les autres présidents. Mais moi, je suis avec la base, je me bats avec le peuple congolais et je le ferai avec toute fierté car je crois en ce que nous venons de commencer aujourd’hui », a dit Dénis Mukwege.

« Vous avez vu qui a donné l’argent, mais il y a des gens qui continuent à diffuser des fausses informations. Les personnes cultivées comprennent que mes discours ne sont pas appuyés par l’Occident. Je n’ai ni besoin de l’appui de l’orient ni de l’occident, ni même de nos voisins. Aujourd’hui, je n’ai même pas besoin des alliances avec des traîtres congolais. Vous savez ce qu’ils ont fait dans ce pays. Ça fait 41 ans que je sers ce pays jour pour jour, ça fait 41 ans que que je suis auprès de peuple démuni, ça 41 ans que je défends la cause de la femme », a ajouté le Prix Nobel de la paix 2018.

Katumbi, rattrapé par son passé

En politique, il n’y a pas d’amis ni d’ennemis éternels et vice versa. La vraie-fausse collaboration de longue date entre l’ancien gouverneur de la province du Katanga et le Président Tshisekedi n’est plus au beau fixe. De Genève à l’Union sacrée de la Nation, la relation entre les deux « vieux amis » s’est effritée. « La politique a ses raisons que la logique ignore. Elle est faite d’alliances, de séparations et de retrouvailles », dit-on. Exilé politique lors des élections de 2018, Moïse Katumbi a aussi déposé sa candidature à la présidence de la République démocratique du Congo.

Mais, le Président Tshisekedi n’a pas raté le coche pour critiquer sévèrement la gestion du président national du parti politique « Ensemble pour la République » à la tête de la province cuprifère du Katanga. Selon lui, Katumbi, qu’il n’a pas cité nommément a créé plusieurs sociétés de transport privé conduisant à la faillite des entreprises publiques de l’Etat.

« La société SNCC qui était jadis un des fleurons de notre économie, avait été mise par terre. Cette société est aujourd’hui ressuscitée grâce à la bravoure de l’un des fils de l’Udps, Fabien Mutond, son directeur général, qui a remis sur les rails plusieurs voitures. Aujourd’hui les Congolaises et Congolais peuvent voyager comme les voyageurs qui font les mêmes déplacements en Europe », a déclaré devant la presse Félix Tshisekedi.

« J’ai vu ces trains, ils sont formidables, alors qu’il y a des gens qui veulent postuler comme président de la République, qui ont dirigé cette province et qui n’ont pas été capable de faire reluire cette SNCC. Au contraire, ils l’ont même tué en créant des sociétés de transport par la route. Aujourd’hui, ils se positionnent comme le sauveur de la République», a-t-il lâché.

A la clôture de l’opération de dépôt de candidature, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a enregistré 24 candidats à la présidentielle du 20 décembre 2023, parmi lesquels 23 hommes et une seule femme, Marie-José Ifoku.

Carmel NDEO