Nominations de Bemba et Kamerhe: et si Félix Tshisekedi avait la présidentielle dans sa ligne de mire

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Il était imminemment attendu. Le Président de la République Félix Tshisekedi à travers sa porte-parole Tina Salama, a annoncé le remaniement du gouvernement Sama Lukonde dans la nuit de jeudi à vendredi. Sauf que les surprises se sont révélées plus singulières que l’attente, avec notamment des nouvelles figures qui ne sortent pas du commun : Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe. Si Bemba s’est vu offrir le poste de vice-premier ministre de la Défense, Kamerhe, lui, s’est contenté de celui de vice-premier ministre de l’Economie.

Cependant, au vu de ces deux nominations, des questions se posent : pourquoi ces deux-là ? et surtout, pourquoi maintenant à neuf mois des élections présidentielles ? En plaçant ces deux figures emblématiques dans son gouvernement, dans des postes clés, auxquels penchants politiques est enclin le Chef de l’État congolais ? Et si ces choix reposaient non sans raison sur la présidentielle de 2023 ?

Si on remontait le temps

Ces deux poids lourds; Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe n’ont pas qu’en commun leur célérité mais, ils se glissent également dans la classe des politiques congolais ayant un passé controversé. Si l’un excelle dans les exercices militaires, l’autre est un vrai magnat en gestion économique.

Le futur vice premier-ministre, ministre de la Défense Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président (2003-2006) et ex-chef de guerre, avait été condamné à 18 ans de prison par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes commis en République centrafricaine avant d’être acquitté en appel en 2018, au terme de dix ans d’emprisonnement. Sa nomination semble un choix plutôt judicieux, car elle intervient alors que la RDC est aux prises avec des violences armées depuis près de trente ans dans sa partie orientale et connaît un pic de tension avec son voisin le Rwanda, que Kinshasa accuse de soutenir la rébellion du M23, laquelle occupe depuis l’année dernière, de larges pans de la province congolaise du Nord-Kivu.

Pour Vital Kamerhe, il faut rappeler qu’avant ses ennuis avec la justice congolaise, il a été le tout puissant directeur de cabinet du Président Tshisekedi, son partenaire dans la plateforme électorale Cap pour le Changement (CACH), et a été en charge du programme de 100 jours, de grands travaux initiés en grande pompe par le Chef de l’État au début de son mandat. Il a comparu le 11 mai 2020 devant le tribunal, accusé de détournement des fonds de ce programme ambitieux de Tshisekedi, sa vision politique pendant ce temps. Il se voit condamner à 20 ans de prison en 2020 avant que le jugement ne soit cassé et qu’il soit acquitté en 2022. Ses proches le voyaient même être nommé à la tête du gouvernement. Finalement, il devrait se contenter du ministère de l’Économie mais avec un rang de vice-Premier ministre.

Cette présidentielle en ligne de mire

Avec ces deux entrées au gouvernement de Sama Lukonde qui se voit reconduire malgré le remaniement, c’est évidemment la présidentielle que Félix Tshisekedi a en ligne de mire. Les candidatures de Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe ne sont pas totalement écartées. Respectivement à la tête du Mouvement de libération du Congo (MLC) et de l’Union pour la nation congolaise (UNC), les deux hommes ont des formations politiques bien ancrées dans l’agora politique congolaise. Bemba et Kamerhe représentent des régions importantes.

Le Nord pour Jean-Pierre Bemba et l’Est du pays pour Vital Kamerhe. Avec une base électorale historiquement au Kasaï, un Premier ministre du Katanga, tout porte à croire que Tshisekedi tisse sa toile électorale en vue du scrutin de décembre prochain.

Un Premier ministre en 2024

Cette fidélité au gouvernement de l’Union Sacrée mériterait d’être récompensée au regard des démissions des ministres pro Katumbi. Il est évident que le poste d’un Président de la République irait mieux à Bemba et Kamerhe compte tenu de leurs carrières politiques. Mais le poste d’un Chef du gouvernement ne semblerait pas non plus vexer ni l’un ni l’autre s’ils se sont contentés de postes leur confiés présentement (Défense et Économie). Tout laisse également à croire que l’actuel Chef de l’État vise à récompenser ses figures s’il brigue son second mandat. Rien ne contenterait ces deux-là qu’un poste d’un premier ministre.

Odon Bakumba