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Insécurité dans l’Est : Entre janvier et octobre 2021, 260 incidents de sécurité ont directement affecté le personnel humanitaire (ONU)

Le groupe d’experts de l’ONU sur la République démocratique du Congo, malgré l’état de siège décrété par le Chef de l’État Félix Tshisekedi depuis 11 mois déjà dans les provinces du Nord-Kivu et l’Ituri, notent que la situation sécuritaire dans la partie Est du pays ne cesse de se dégrader.

Dans une correspondance adressée au Président du conseil de sécurité de l’ONU, basée sur la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu et l’Ituri, ces experts de l’ONU indique qu’entre janvier et octobre 2021, 260 incidents de sécurité ont directement affecté le personnel ou des biens humanitaires. Sept humanitaires ont été tués, 26 blessés et 23 enlevés. L’Ituri et le Nord-Kivu étant les zones les plus affectées.

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Ce rapport dont la lettre a été transmise au Président du conseil de sécurité des Nations-Unies le 10 juin dernier, explique que les attaques perpétrées contre le personnel humanitaire ont conduit à la suspension voire à la fermeture de plusieurs projets, empêchant ainsi l’accès à l’assistance humanitaire ou sa distribution, un acte passible de sanctions. Ces attaques contre le personnel humanitaire sont d’après les experts de l’ONU, passibles de sanctions en application des dispositions du paragraphe 3 de la résolution 2582 (2021).

Elles ont entre autres été motivées par « un manque d’acceptation local des organisations humanitaires », par une perception de partialité, par la volonté d’empêcher la communauté considérée comme « ennemie » de recevoir de l’assistance, par l’appât du gain et par la confusion entre le personnel humanitaire et celui de la MONUSCO. Ces experts de l’ONU sur la RDC illustrent leurs propos par quelques cas des attaques jugées les plus graves commises contre le personnel humanitaire en 2021 et 2022 :

En Ituri, le MSF la cible

Le groupe d’experts démontre que le 28 octobre 2021, des hommes armés, dont certains portaient des treillis militaires, ont tendu une embuscade à deux véhicules clairement identifiés comme appartenant à Médecins sans frontières (MSF), à Boku, près de Bambu (territoire de Djugu), et ont tiré sur les véhicules dans l’intention manifeste de tuer. Deux membres du personnel de MSF ont été gravement blessés .

Le Groupe d’experts dit recueillir des preuves indiquant que les auteurs de ces actes appartenaient soit aux FARDC, soit aux factions de la CODECO. Au moment de la rédaction du présent rapport, le Groupe d’experts n’avait pas pu déterminer plus précisément leur identité. L’attaque a entraîné la fermeture du projet de MSF, qui était l’un des rares projets humanitaires dans la région.

Nord-Kivu, bastion de kidnapping

La zone située au nord de Goma a été marquée par une série de kidnappings ou de tentatives de kidnappings d’agents humanitaires à la suite de l’attaque perpétrée contre le Programme alimentaire mondial (PAM) le 22 février 2021, au cours de laquelle l’Ambassadeur d’Italie, son garde du corps et un membre du personnel du PAM ont été tués.

Les ravisseurs ont ciblé le personnel expatrié à des fins lucratives, dans un contexte général marqué par un nombre élevé d’enlèvements au sein de la population civile congolaise, notamment d’hommes d’affaires et d’enfants. Six enlèvements ou tentatives d’enlèvement ont eu lieu sur la route reliant Goma à Sake et Kingi et celle reliant Goma à Kibumba et Rutshuru.

Les ravisseurs, munis de fusils d’assaut de type AK, de machettes et, dans un cas, d’un lance-roquettes, opéraient en petits groupes comptant jusqu’à huit éléments et recourent à des guetteurs pour surveiller les mouvements de leurs cibles.

Ils tiraient systématiquement sur les véhicules qui ne s’arrêtaient pas lors d’une embuscade. Ils avaient en outre organisé la logistique liée aux otages durant toute la durée de la plupart des détentions et, dans certains cas, utilisaient des techniques révélatrices d’un entraînement militaire.

Les preuves recueillies par le Groupe d’experts attestent de l’implication de plusieurs réseaux criminels comprenant, entre autres, d’anciens membres de groupes armés. Plusieurs sources ont indiqué qu’Ikiguhaye Mutaka, alias Aspirant, était impliqué dans l’attaque dirigée contre le PAM du 22 février 2021 et dans au moins deux autres attaques. Aspirant serait un ex-combattant du M23 qui avait déjà été condamné en 2015 pour une attaque contre MSF . Bahati Antoine Kiboko, qui serait également un ex-combattant du M23 et membre du groupe d’Aspirant, aurait été impliqué dans deux attaques visant le personnel humanitaire.

Sud-Kivu, quand les conflits communautaires s’invitent

Dans les Moyens et les Hauts-Plateaux, plusieurs attaques ont visé à empêcher la communauté « ennemie » de recevoir de l’assistance. Par exemple, le 24 novembre 2021, un convoi du PAM s’est vu refuser l’accès à la population banyamulenge de Bibokoboko et a été contraint de regagner Baraka sous prétexte qu’il transportait des armes destinées aux Twirwaneho.

Le 1er décembre, dans la même zone, un camion privé transportant également des denrées alimentaires à destination de la communauté Banyamulenge de Bibokoboko a été détruit et quatre personnes ont été tuées.

Quelques recommandations formulées par le Groupe d’experts de l’ONU

Le Groupe d’experts recommande au Gouvernement congolais :

  • De mettre en œuvre les Déclarations de Nairobi de 2013 ou entamer une nouvelle phase de négociations avec le M23 ;
  • De renforcer les capacités de sensibilisation et de réaction des FARDC, des populations locales et des parties prenantes en ce qui concerne l’utilisation d’engins explosifs improvisés, notamment avec le soutien de la communauté internationale, selon qu’il conviendra ;
  • De réaliser un audit des coopératives d’or enregistrées à Baraka et des comptoirs d’achat d’or à Uvira et Bukavu pour vérifier que les processus de production et de commerce sont légaux et conformes au Mécanisme régional de certification de la CIRGL ;
  • Mettre en place un dispositif de traçabilité de l’or conforme au Mécanisme régional de certification de la CIRGL dans les mines d’or du territoire de Mambasa, y compris à Muchacha ;
  • Prendre des mesures urgentes pour prévenir et réprimer les incitations à la discrimination, à l’hostilité et à la violence, ainsi que les actes de cette nature, dans les Hauts et les Moyens-Plateaux des territoires de Mwenga, d’Uvira et de Fizi.

Bernard MPOYI

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