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Elimination de la violence sexuelle en temps de conflit : la bataille acharnée de Denise Nyakeru

Sept ans après la résolution des Nations Unies proclamant la journée du 19 juin comme celle dédiée à la condamnation et à l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, la République démocratique du Congo fait toujours face à ce fléau. Depuis l’Est du pays, épicentre des conflits et des violences recensés depuis plus de vingt ans, POLITICO.CD fait le point de la situation en allant à la rencontre des acteurs qui continuent de se mobiliser pour y mettre fin.

Depuis l’aube des année 2000, la RDC traverse une situation sécuritaire désastreuse, avec la naissance et la recrudescence des conflits armés. Si les efforts militaires se poursuivent au point de pousser les autorités à décréter l’état de siège, la réalité sur le terrain reste toujours complexe. Autour de ces conflits qui persistent depuis des années, il y a les violence. Des milliers de femmes, d’hommes, de filles et de garçons subissent parfois des violences sexuelles pendant et après un conflit armé. Une victime de violence sexuelle peut non seulement subir des conséquences physiques, psychologiques, sociales et économiques de l’agression.

« Arrêtez de tuer vos frères », s’exclament les prêtres de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) le jeudi 8 avril 2021 à Kinshasa. Sans une conférence de presse organisée au siège de leur organisation dans le centre-ville de la capitale congolaise, ces dirigeants catholiques, très impliqués dans la vie politique en République démocratique du Congo, haussent le ton, alors des tueries de masse se poursuivent dans l’Est du pays. « Les assaillants se servent des points faibles des Forces Armées régulières pour parvenir à leur but politique ou religieux : l’occupation des terres, l’exploitation illégale des ressources naturelles, l’enrichissement sans cause, l’islamisation de la région au mépris de la liberté religieuse, etc. », disent-ils. Et cette situation, notent les Évêques, « a endeuillé des familles, entrainé des déplacements massifs des populations et causé des pertes importantes des biens, en portant un coup dur à l’économie d’une région qui sert à juste titre de grenier du pays. Les victimes se comptent par milliers : plus de 6.000 morts à Beni depuis 2013 et plus de 2.000 à Bunia pour la seule année 2020. On compte également au moins 3 millions de déplacés et environ 7.500 personnes kidnappées ».

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Le cri d’alarme des Catholique illustre bien la situation de conflit persistant dans l’Est de la RDC. Les autorités congolaises ont également pris des décisions inédites pour faire face à cette flambée. Le président Félix Tshisekedi a placé les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri en état de siège. Un mois après, le Chef de l’Etat entame lui-même une tournée dans le coin. Après Goma, la capitale du nord-kivu, et Beni, l’épicentre des violences de ces dernières années, le Chef de l’Etat s’est rendu à Butembo, avant de poursuivre sa tournée dans l’Ituri. A Bunia, ce samedi, Félix Tshisekedi s’est entretenu avec les organisations et responsables locaux autour notamment de la situation sécuritaire.

Remettant en cause les déclarations des autorités, tendant à faire croire que “de multiples offensives victorieuses ont été lancées par l’armée depuis le début de l’état de siège, le 6 mai, (et) que la situation sécuritaire serait en passe d’être maîtrisée”, le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), se fondant sur ses données, peigne une image différente de la situation

“Depuis l’annonce de l’état de siège par le Président Félix Tshisekedi, le 30 avril, la sécurité des civils s’est en réalité globalement dégradée dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Le KST y a enregistré la mort d’au moins 223 d’entre eux en mai, contre 198 en avril”, note cette analyse de la situation dans l’Est de la RDC.

19 juin, une journée pour lutter contre les violences zone de conflit

Il y a exactement six ans aujourd’hui, l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) proclamait le 19 juin journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit. Cette journée rappelle à la communauté internationale sa responsabilité collective de continuer à lutter contre le viol, l’esclavage sexuel, les mariages forcés, certaines formes de traite des êtres humains et toute autre forme de violence sexuelle liée aux conflits. En ce jour, la Belgique demande également qu’une attention particulière soit accordée aux femmes, aux hommes et aux enfants rescapés. Notre pays rend hommage à ceux qui s’engagent à lutter contre les violences sexuelles liées aux conflits.

Ces dernières années, la communauté internationale a pris des mesures importantes pour s’attaquer au problème de la violence sexuelle liée aux conflits. Le tabou a été brisé, l’impact sur la sécurité internationale a été reconnu et une plus grande attention a été accordée aux personnes rescapées. Cependant, l’année dernière, l’ONU a de nouveau signalé un grand nombre de cas de violence sexuelle dans une vingtaine de pays en situation de conflit et d’après-conflit. La pandémie de COVID-19 rend la situation encore plus complexe. Dans de nombreux endroits, la crise a entraîné une réduction du contrôle social et un accès plus difficile à l’assistance ou aux autorités judiciaires. La situation actuelle exige des efforts supplémentaires et un engagement renouvelé.
« L’approche des causes profondes de la violence sexuelle, y compris l’inégalité structurelle entre les sexes, doit clairement être améliorée », a déclaré le ministre Goffin.

« Nous devons accorder encore plus d’attention aux personnes rescapées. Qu’il s’agisse de garçons violés en République Centrafricaine, d’esclaves sexuels de Boko Haram ou de mères d’enfants nés de la violence – ils ont chacun leur propre histoire et leurs propres défis. Celles-ci nécessitent des solutions adaptées. Leurs droits, leurs besoins et leur résilience doivent être prioritaires dans les situations de conflit et de post-conflit ». Il faut tirer les leçons des expériences des victimes. Il s’agit également de prévenir d’autres violations et de mieux reconnaître les signes précurseurs tels que la discrimination, les discours de haine et l’incitation à la violence.
Mettre fin à la violence sexuelle contre les femmes et les filles et garantir la santé et les droits sexuels et reproductifs sont également des éléments essentiels du plan d’action national belge « Femmes, paix et sécurité ». La lutte contre l’impunité – pierre angulaire de la politique étrangère de la Belgique – est essentielle à cet égard. « Notre pays attache une grande importance au travail de la Représentante spéciale des Nations unies pour les violences sexuelles dans les conflits. Son travail est crucial pour identifier les auteurs. Et ils doivent être traduits en justice », souligne le ministre Goffin. « Lorsque les États refusent ou ne sont pas en mesure de traduire les auteurs en justice, notre pays soutient les efforts des mécanismes internationaux, tels que l’UNITAD en Irak ou le Mécanisme International Impartial et Indépendant pour la Syrie. Documenter les crimes par le biais de ces mécanismes est une étape essentielle pour rendre justice aux survivants. La Cour pénale internationale joue également un rôle clé dans ce domaine ».
Le Conseil de sécurité des Nations unies examinera la question en juillet prochain. Notre pays rappellera que le Conseil de sécurité joue un rôle important dans la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits. Il doit veiller à ce que les opérations de paix des Nations unies puissent également faire la différence en protégeant les civils, en signalant les violences sexuelles et en déployant du personnel spécialisé. Et lorsque les auteurs demeurent trop facilement et trop longtemps impunis, le Conseil de sécurité devrait également faire usage des sanctions de l’ONU.

Denise Nyakeru, championne de lutte contre les violence en zone de crise en RDC

Une décennie après le premier rapport des Nations unies sur la violence sexuelle dans les conflits, une action soutenue et des pressions politiques incessantes restent indispensables pour changer la situation. Confirmant un engagement continu, le Ministre Goffin déclare : »La Belgique, l’Union européenne et l’ONU restent partenaires dans ce combat important ».

La Première dame de la RDC est vivement engagée dans la lutte contre toutes sortes de violences. Parmi ses actions majeures, il y a notamment :

  1. Lancement d’une caravane nationale « génération égalité »
    Lancée à Mbuji-Mayi, elle a permis la formation de 948 femmes et filles sur leurs droits par rapport à l’éducation, la santé, le travail et la justice, mais également sur la lutte contre le mariage précoce et toute autre forme de violences faites aux femmes.
  2. Rencontre avec les jeunes de différentes provinces du pays
    Plusieurs jeunes sensibilisés sur la masculinité positive, les méfaits des violences sexuelles, la citoyenneté responsable, la santé sexuelle et reproductive, etc. afin de les inciter à être des partenaires engagés et attentionnés qui prônent l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. Provinces : Nord et Sud Kivu, Kasaï Oriental, Kasaï Central, Kongo Central.
  3. Atelier de sensibilisation des officiers des forces armées et des magistrats militaires.
    30 commandants d’unités FARDC, 11 magistrats militaires, 17 membres des autres corps et sévices ont été sensibilisés à Kinshasa sur les violences sexuelles et basées sur le genre. 11 commandants d’unités des actes d’engagements sur honneur à prévenir et réprimer les violences sexuelles.
  4. Soutien à l’initiative en cours de création d’un fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles.
    Plusieurs discussions ont été entreprises notamment avec la fondation Panzi du Docteur Denis Mukwege et d’autres associations pour la création de ce fonds.
  5. Appui aux One stop center pour une prise en charge holistique des victimes de violences sexuelles. Équipements médicaux et kits de prise en charge des violences sexuelles remis aux hôpitaux.

Perspectives d’avenir

  1. Poursuivre le plaidoyer pour la mise en place d’un fonds national pour la prise en charge des victimes des violences sexuelles.
  2. Poursuivre le plaidoyer au niveau continental en collaboration avec l’OPDAD pour la lutte contre les violences sexuelles en période de conflits et la consolidation de la paix ;
  3. Poursuivre la sensibilisation en collaboration avec tous les acteurs de la lutte contre toutes formes de violences faites à la femme et la jeune fille.

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