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Sortie médiatique de Paul Kagame : « les autorités ne peuvent en aucun cas rester aphones »

Tollé en République démocratique du Congo après les propos négationnistes du président rwandais, Paul Kagame lors d’une interview accordée lundi 17 mai à France 24 et RFI sur le rapport Mapping et sur le prix Nobel de la paix, Denis Mukwege.

« Le rapport du projet mapping a été extrêmement controversé. Et en réalité, il est hautement contesté par les gens que ce soit en RDC ou dans les pays voisins. Il a été très politisé. Mukwege devient un symbole, un outil de ces forces qu’on aperçoit pas et il reçoit le prix Nobel donc, on lui dit quoi dire et j’ajouterai qu’il y a d’autres rapports qui sont sortis et qui contestent en disant tout à fait l’inverse. Il n’y a pas eu des crimes. Même en RDC, absolument pas. Que ça soit par les personnes soient évoquées ou les pays cités. Si vous voulez la théorie du double génocide qui est à l’œuvre », tels sont les propos de Kagame qui fâchent l’opinion congolaise.

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Depuis lors, les réactions fusent de partout pour dénoncer ces propos du Chef d’État rwandais.

Martin Fayulu, membre du présidium Lamuka est monté au créneau pour déplorer l’absence d’un leadership légitime, fort et de caractère à la tête du pays.

« Nous n’accepterons pas les propos négationnistes de qui que ce soit sur les crimes commis en RDC », prévient Martin Fayulu avant d’apporter son soutien à Denis Mukwege et au Rapport Mapping.

Pour Muzito, le coordonateur actuel de la coalition Lamuka « Aucun révisionnisme déclaratoire de l’occupant ne pourra effacer les crimes commis à Makobola, Mwenga, Kasika, Kisangani lors de la guerre de 6 jours et ailleurs à l’est de la RDC», avant de renchérir : « le rapport mapping doit être exhumé et un Tribunal Pénal International pour la RDC constitué ».

Pour sa part, Seth Kikuni, candidat à la présidentielle de 2018 y voit de l’humiliation.

« La diplomatie, ce n’est pas seulement sourire et fraterniser. C’est aussi dire qu’on n’est pas d’accord, faire la guerre quand les mots ne suffisent plus, corriger les betises qui touchent à la dignité nationale. Macron et Kagame nous humilient, on se contente des photos », a-t-il écrit via son compte Twitter.

Noël Tsiani, aussi candidat à la présidentielle de 2018, reconnaît que cette prise de position de Paul Kagame choque.

« Les propos de Paul Kagame en niant l’existence des massacres congolais tels que relevés par le Rapport Mapping sont choquants. Ce Monsieur vend le genocide rwandais, mais crache sur les 10 millions de congolais tués du fait de ses aventures en RDC. Dégoûtant !», a-t-il lancé.

Pour Bienvenue Matumo, activiste du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA), Paul Kagame a tout simplement craché sur les millions des morts documentés dans le rapport Mapping et en appelle à une réaction publique des autorités congolaises.

Même son de cloche du côté du mouvement citoyen Filimbi.

« Ces propos du Président Paul Kagame sont une insulte à la mémoire de nos morts, une insulte à tout le peuple congolais. Nos autorités ne peuvent en aucun cas rester aphones! Non au négationisme ! »

Quid du rapport Mapping

Il s’agit en effet d’un document qui retrace des cas de massacres des populations civiles, des messages d’incitation à la haine et à la violence, des actes pillages et destruction des biens des populations. Un rapport du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme sur les violations des droits de l’homme et des droits internationaux commises en République Démocratique du Congo (RDC) entre 1993 et 2003. Il a été rendu public depuis 2010, mais les présumés auteurs de ces crimes ne sont pas, jusqu’à ce jour, inquiétés par la Justice. POLITICO.CD a déja exploité ce rapport à travers une série d’articles. En effet, le rapport Mapping a documenté plus de 600 crimes de guerre et crimes contre l’humanité “indescriptibles”, commis entre 1993 et 2003. Des crimes qui ont impliqué plus de 20 milices et huit armées étrangères, dont le Rwanda et l’Ouganda.

Au mois d’août 2020, le Docteur Denis Mukwege, chirurgien gynécologue et Prix Nobel de la paix, avait dénoncé faire l’objet des menaces de mort en rapport avec ses prises de position sur les crimes commis à répétition dans la partie Est du pays. Et dans une interview accordée 3 avril au journal britannique The Daily Telegraph, le Docteur a rappelé que des menaces de mort continuent de lui être adressées, notamment à cause de son plaidoyer insistant en faveur de la mise en œuvre des recommandations du rapport Mapping de l’ONU. Au sujet de ce même rapport, le Responsable de l’hôpital de Panzi n’a cessé de solliciter l’instauration d’un tribunal pénal spécial pour la RDC, qui devra juger les violations des droits de l’homme et des droits internationaux commis en RDC.

Carmel NDEO

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