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RDC Spécial Mapping : quand Kyungu persécutait les Kasaïens au Katanga

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Agé de plus de 80 ans, Antoine Gabriel Kyungu Wa Kumwanza, Président du Bureau d’âge de l’Assemblée Provinciale du Haut-Katanga, est candidat unique à sa propre succession au Bureau définitif de cet organe délibérant.

Proche de Moise Katumbi et un des de leaders de Ensemble pour la République, Kyungu Wa Kumwanza porte l’étendard de l’Union Sacrée de la Nation à ces élections.

Qui est réellement ce personnage mythique du Haut-Katanga ?

Né le 24 octobre 1938 à Ankoro, Gabriel Kyungu Wa Kumwanza est une grande figure de la scène politique de la RDC. Il fut parmi les 13 Parlementaires et cofondateurs de l’UDPS en 1982, actuel parti au pouvoir. Depuis plusieurs années, l’homme a occupé la tête de la province cuprifère.

Si celui-ci est bien côté depuis plusieurs années, jusquà être appelé « Baba Wa Katanga », ce qui veut dire « le père du Katanga », l’histoire retiendra qu’il est l’instigateur, selon un rapport, du calvaire de tout un peuple : les Kassaïens. Il avait comparé ces derniers à des insectes, « Bilulu » en swahili, proférant des messages de haines à l’encontre des ressortissants du centre du Congo ; jusqu’à âprement appeler la population Katangaise à les éliminer. Les faits sont têtus. Feuilletons quelques pages sombres, écrites à l’encre indélébile de l’histoire du candidat Président de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga.

Gabriel Kyungu Wa Kumwanza est une des personnes citées dans le rapport Mapping du Haut-Commissariat des Nations Unies concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire congolais, rapport publié en Août 2010.

Ce rapport revient sur la xénophobie contre les Kassaïens vivant dans l’ancienne province du Shaba sous Mobutu, devenue Katanga sous Kabila avant d’être éclatée en plusieurs provinces. Il était reproché aux Kassaïens le fait d’occuper trop d’emplois et des postes de direction, notamment dans la principale société minière, la Générale des Carrières et des Mines (GECAMINES).

« Une importante communauté originaire des provinces des Kasaï s’était installée au Katanga pour construire, à l’appel des autorités coloniales belges, le chemin de fer et travailler dans les mines. À l’exception de la période de sécession (1960-1963), les originaires du Katanga et les originaires des Kasaï avaient toujours vécu en paix. Toutefois, sous le régime du Président Mobutu, les Katangais se sentaient politiquement marginalisés et reprochaient aux Kasaïens d’occuper trop demplois et de postes de direction, notamment dans la principale société minière, la Gécamines. Après la libéralisation politique du régime, la plupart des délégués kasaïens et katangais à la Conférence nationale Souveraine (CNS) se sont regroupés au sein de la plateforme de l’Union sacrée de l’opposition pour obtenir le départ du Président Mobutu du pouvoir. En novembre 1991, cependant, le Président Mobutu a obtenu des délégués katangais de l’Union des fédéralistes et républicains indépendants (UFERI) qu’ils rompent avec la principale composante de l’Union sacrée, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) dirigée par Étienne Tshisekedi », renseigne ce rapport.

Kyungu, adversaire farouche de l’UDPS de Tshisekedi

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Tout commence avec le Président national de l’UFERI, Nguz Karl-i-Bond, nommé Premier Ministre. Le Président provincial du parti, Kyungu wa Kumwanza, a obtenu le poste de Gouverneur du Shaba et les rapports entre Kasaïens et Katangais se sont alors fortement dégradés. C’était suite au conflit de leadership entre Étienne Tshisekedi et Nguz Karl-i-Bond qui s’affrontaient pour le contrôle de la Conférence Nationale Souveraine (CNS).

Au Shaba, précisément dans l’actuel Haut-Katanga, le Gouverneur Kyungu wa Kumwanza a commencé à diaboliser l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi et ses partisans. L’histoire retient que comme l’UDPS était très populaire chez les Kasaïens du Shaba et qu’Étienne Tshisekedi lui-même était originaire du Kasaï oriental, le conflit politique entre l’UFERI et l’UDPS a pris une coloration tribale.

Pendant toute cette période de crise entre ces deux communautés voisines, Kyungu wa Kumwanza accusait les Kasaïens de s’opposer au Gouvernement de Nguz Karl-i-Bond, afin de pouvoir continuer à dominer les Katangais. Il les a accusé d’être responsables de la plupart des problèmes de la province et a appelé les Katangais à les expulser. À son instigation, de nombreux jeunes katangais se sont engagés dans la jeunesse de l’UFERI. Plus tard, cette jeunesse a été poussée à faire une formation paramilitaire, pour des opérations d’autodéfense, inspirée par des rites Maï-maï.

Fin 1991 et début 1992, à Luena, Bukama, Pweto, Kasenga, Fungurume et Kapolowe, les jeunes de la JUFERI ont signé leurs premières attaques des miliciens contre des civils Kasaïens. Kyungu wa Kumwanza, le prétendant Président de l’actuel organe délibérant du Haut-Katanga, avait alors réussi à écarter de nombreux Kasaïens des tribunaux, du secteur de l’enseignement, des hôpitaux, des entreprises publiques, des associations sportives, des médias d’État et de l’administration ; bref, dans tous les secteurs de la vie du Katanga.

Dans le secteur de l’économie provinciale, des milliers des commerçants kasaïens n’ont plus eu accès aux marchés publics à de nombreux endroits. La jeunesse katangaise a réussi également à interdire aux Kasaïens même de cultiver la terre.

En août 1992, Étienne Tshisekedi accède au poste de Premier Ministre et la tension monte d’un cran. Au lendemain de cette élection, à Lubumbashi, la JUFERI a pillé des maisons appartenant à des Kasaïens avant d’être maîtrisée par les Forces Armées de la RDC, ex-FAZ (Forces armées zaïroises), aux termes d’affrontements meurtriers.

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« Entre septembre et novembre 1992, la JUFERI a mené, avec la complicité des autorités locales et provinciales, une campagne de persécution et de déplacement forcé contre les Kasaïens de Likasi. Les violences ont fait des dizaines de victimes parmi les civils, entraîné le pillage de centaines d’habitations et causé la destruction de nombreux bâtiments parmi lesquels des lieux de culte. En quelques mois, près de 60 000 civils, soit près de la moitié de la population kasaïenne de Likasi se sont réfugiés dans la gare et dans les athénées dans l’attente d’un éventuel retour au calme ou d’un train pour quitter la ville. Au cours de la même période, la JUFERI a mené des attaques similaires, bien que de moindre ampleur contre les Kasaïens vivant dans la ville minière de Kipushi », renseigne ce rapport avant de préciser que le 20 février 1993, lors d’une réunion organisée sur la place de la poste de Kolwezi, le Gouverneur Kyungu wa Kumwanza a appelé les Katangais à chasser les Kasaïens de la Gécamines et à prendre les postes de direction de la compagnie.

À partir du 20 mars 1993, les miliciens de la JUFERI ont organisé, avec le concours de la gendarmerie et la complicité des autorités municipales et provinciales, une campagne de persécution et de déplacement forcé contre les Kasaïens de Kolwezi.

Le lourd bilan sur la conscience de Kyungu

Un nombre indéterminé de civils kasaïens dans les quartiers périphériques de Kolwezi ont été tués, après avoir interdit, le 23 mars, à tous les travailleurs kasaïens d’entrer sur les sites de la Gécamines disséminés à travers la ville. Des civils exécutés par la jeunesse katangaise, en complicité avec les autorités provinciales de l’époque.

« Le bilan total des victimes de la campagne de persécution organisée par la JUFERI à Kolwezi est difficile à établir. Selon des statistiques du comité des refoulés de Kolwezi, entre le 24 mars 1993 et le 14 janvier 1994, les affrontements directs entre la JUFERI et les Kasaïens auraient fait 371 victimes. Entre le 24 mars 1993 et le mois de janvier 1994, 1 540 refoulés kasaïens sont morts par manque de nourriture et de médicaments ou suite aux maladies contractées dans les lieux de refoulement ou dans les trains les transportant vers les Kasaï », avait déclaré le comité des refoulés de Kolwezi, une source citée par le Haut-Commissariat des Nations Unies.

Plusieurs enfants de moins de 5 ans et des femmes enceintes Kasaïennes ont péris à la suite de cette campagne de xénophobie, certains tués et d’autres, en état de choc, sont décédés faute d’assistance humanitaire disponible dans les lieux où ils s’étaient réfugiés.

« Certains refoulés ont pu quitter Kolwezi par route ou à pied, mais la plupart d’entre eux, ayant peur de rencontrer un barrage de la JUFERI, sont restés à proximité de la gare, dans l’attente d’un train pour les Kasaï. Après la mise à disposition de quelques trains de passagers par la Gécamines et des religieuses en avril-mai 1993, les refoulés n’ont plus eu d’autre choix que de prendre des trains de marchandises. En octobre 1993, de nombreuses personnes malades et intransportables ont pu être évacuées grâce aux avions affrétés par les pères salvatoriens. Au 14 janvier 1994, il restait moins de 5 000 Kasaïens à Kolwezi ». Le rapport poursuit en disant : « au cours de leur interminable voyage jusqu’à Mwene Ditu, Mbuji-Mayi et Kananga, les refoulés ont voyagé dans des wagons de marchandises, entassés par groupes de 80. Plusieurs témoins rescapés ont comparé ces trains à des « cercueils sur rails ». Le taux de mortalité, notamment infantile, y était en effet particulièrement élevé. Selon le comité des refoulés à Kolwezi, 94 civils kasaïens seraient décédés au cours du trajet suite aux accidents provoqués par les mauvaises conditions de transport. La plupart des décès seraient en revanche imputables à la promiscuité, au stress causé par les attaques de trains par la JUFERI, aux maladies, au manque d’eau et au désespoir causé par les persécutions et la perte de membres de la famille et de proches. Malgré la présence des FAZ qui escortaient de nombreux convois, la JUFERI a attaqué les trains au cours du trajet. Dès le départ de Kolwezi, les attaquants coupaient les jonctions d’air des wagons ou jetaient sur les trains des projectiles contenant du mazout enflammé. Dans les gares où le train devait sarrêter, en particulier à Luena et Kamina, la JUFERI empêchait les refoulés de descendre pour acheter de la nourriture, se soigner ou assister à l’enterrement des personnes décédées au cours du trajet. Un grand nombre de refoulés, morts au cours du voyage, ont dû être enterrés à la hâte le long de la voie de chemin de fer. Un rescapé a ainsi pu parler de “cimetière le plus long du monde”. À leur arrivée à Mwene Ditu, à Kananga et dans dautres villes et localités des Kasaï, les refoulés ont été assistés par Médecins Sans Frontières (MSF) et pris en charge par la CARITAS ou par OXFAM-UK »,souligne ce rapport.

Selon le comité des refoulés de Kolwezi, note le même rapport, plus de 130 000 civils kasaïens ont été expulsés, parmi lesquels plus de 80 000 enfants. La campagne de persécution et d’expulsion à Kolwezi aurait causé la mort de plus de 300 enfants. Pour cette xénophobie qui est partie jusqu’en 1995, le nombre total de morts suite aux attaques et aux maladies sur les lieux de refoulement est difficile à déterminer jusqu’à ce jour.

Tout au long des années 1993 et 1994, l’ancien Gouverneur du Katanga Kyungu wa Kumwanza, l’homme qui dit soutenir aujourd’hui l’Union Sacrée de la Nation prônée par Félix Tshisekedi, a multiplié les discours à l’encontre des Kasaïens résidant à Lubumbashi, jusqu’à déclarer « qu’après avoir nettoyé les chambres, (soit Likasi et Kolwezi), il allait soccuper du salon (sous-entendu Lubumbashi, la capitale provinciale). Les Kasaïens de Lubumbashi ont ainsi vécu pendant des mois dans la terreur, craignant de subir le même sort que les refoulés de Likasi et Kolwezi. Beaucoup d’entre eux ont été licenciés sur le simple motif dêtre Kasaïens par les grandes entreprises privées et les différents services publics »,ajoute l’équipe Mapping.

Cette dernière précise que les conséquences de cette tragédie sont encore perceptibles aujourdhui, plusieurs années plus tard. C’est entre autres que, les Kasaïens chassés de la Gécamines n’ont jamais reçu le paiement de leurs arriérés de salaire ni leur pension; les refoulés n’ont jamais perçu d’indemnisation pour le préjudice subi et aucune action en justice n’a pu être intentée devant les tribunaux contre les responsables de ces persécutions. Cette campagne de xénophobie contre les Kasaïens a été stoppée à la suite de la désignation de Kengo wa Dondo pour occuper le poste de Premier Ministre par l’ancien Président Mobutu. Quelques mois plus tard, Kyungu wa Kumwanza a été destitué de son poste de Gouverneur, après son arrestation le 27 mars 1995, accusé d’avoir créé et soutenu un mouvement séparatiste.

Thierry M. RUKATA

3 Commentaires

  1. Cette histoire est bien regrettable et les auteurs de ces violences devront répondre de leurs actes. Cependant, il est curieux que c’est dans un contexte où le redressement du pays requiert que le président Tshisekedi (du Kasaï) chercher à compter sur un leader Kyungu (du Katanga) que l’on ranime ce souvenir.
    Est ce une volonté de voir ce deux peuples demeurer dans la discorde? Est ce la crainte que cette réconciliation amène au développement du Congo et que ce succès passe par un originaire du Kasaï? Dans ce cas, cet article risque d’être plus tribaliste que les auteurs de l’épuration ethnique opérée au Katanga.

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