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RDC: Drôles de détentions au Parquet de Kinshasa-Gombe

Dans la croisade du président Félix Tshisekedi contre la corruption, un parquet de Kinshasa vient y apporter une journée qui ferait douter plus d’un. Les détentions d’Oomar Chutoo, directeur financier de la société privée Vodacom Congo et de Patient Sayiba, directeur général de la société publique Ogefrem ; qui ont eu lieu ce lundi 14 septembre 2020, sans être liées, soulèvent de questions.

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Le Mauritanien Oomar Chutoo s’était bien réveillé ce lundi 14 septembre, après un long week-end de Golf. Peu avant 10h, il embarque dans son véhicule, depuis les Quartiers Généraux du numéro un de la téléphonie mobile en RDC, Vodacom Congo, en direction du parquet de Kinshasa – Gombe, situé à quelques deux kilomètres de ses bureaux. Une convocation pendait sur sa tête, du moins, sur la société dont il est le Directeur financier. Oomar Chutoo est directeur financier de Vodacom depuis près de trois ans, après avoir quitté l’ancienne société TIGO, qui a été rachetée par l’opérateur Orange. En RDC, la société sud-africaine est leader de téléphonie mobile, revendiquant près de 13,7 millions d’utilisateurs dans le pays. Mais en juin 2019, Vodacom a échappé de peu à un retrait de ses fréquences mobiles 2G.  L’opérateur avait finalement trouvé un accord avec le gouvernement.

Mais son directeur financier va connaître une journée qu’il n’est pas près d’oublier. Débutée à 11h, son audition au Parquet se transforme en un évangile. Deux « inspecteurs » lui font face. Dès le début, ils lui demandent de leur communiquer les états financiers de Vodacom Congo. Problème, dans la convocation ayant conduit Chutoo au parquet, le motif n’était guère marqué. Le Directeur financier du géant sud-africain de la téléphonie mobile n’a donc pas les documents demandés et fait remarquer les faits aux deux inspecteurs.

« Quand il a fait savoir qu’il ne pouvait pas avoir les états financiers, alors qu’il ignorait totalement pourquoi on le convoquait, ils lui ont fait savoir qu’il ne pourra pas être libéré sans ces documents », explique une source judiciaire.  Les débats resteront houleux. Le parquet soupçonne Oomar Chutoo, non sans rire, d’avoir «falsifié » les États financiers de Vodacom Congo, dont ils exigent pourtant les copies. « Vodacom Congo a falsifié ses états financiers. Il y a des incohérences. Et si c’est prouvé, il serait alors clair que Vodacom ou ses employés ont trafiqué les comptes pour échapper au paiement de taxes », lui répèteraient sans cesse ses interrogateurs, exigeant toutefois les mêmes états financiers.

S’en suivra toute une litanie de questions et réponses entre le Mauritanien, ses avocats et les inspecteurs. Mais à 17h, la décision est tombée. Le directeur financier de Vodacom est placé en garde à vue « le temps que le parquet reçoive les états financiers qu’il a demandé ».  La direction générale de Vodacom Congo a fini par apprendre la nouvelle, se disant totalement « surpris ».  « Vodacom Congo apprend tardivement en fin d’après-midi que son Directeur Financier, invité ce matin pour une audition par la Police Judiciaire des Parquets, a été retenu en garde à vue. Vodacom Congo, surpris par cette décision, suit de près l’évolution de ce dossier« , a réagi le numéro un des téléphonies mobiles en RDC dans un communiqué publié tard dans la soirée. « Il sied de rappeler à l’opinion publique que Vodacom Congo est partenaire de l’Etat Congolais et lui paye ses dus en conformité avec les lois et règlements de la République Démocratique du Congo« , ajoute ce communiqué publié par les relations publiques de Vodacom.

Sayiba, ni détenu ni libéré

Chutoo passera nuit en « garde à vue » au Parquet de Kinshasa – Gombe. Mais son cas n’était pas le seul dossier surprenant de la journée. En parallèle, Patient Sayiba avait, lui aussi, reçu une  « invitation ». Le directeur général de l’OGEFREM, une société publique, était convoqué pour une énième fois. Il fait tantôt face à une enquête judiciaire classée en juin dernier, à l’issue de son audition au même Parquet de Kinshasa/Gombe, après avoir vu la Cour de cassation tenté en vain de récupérer son dossier. Cette fois-là, Patient Sayiba a été entendu pendant quatre heures avant de regagner librement son domicile.  Le mandataire congolais était au cœur de folles rumeurs annonçant un mandat d’arrêt à son encontre ou même une présumée fuite.

Pendant ce temps, de querelles politiques ont éclaté.  La dernière en date concerne des nouvelles mises en place au sein de l’Ogefrem. Selon des hauts cadres de cette société publique,  un groupe d’une dizaine de personnes écartées contestent leur éviction, au point d’instiguer l’affaire au niveau du Conseil des ministres, qui a vu le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, décider de suspendre, la semaine dernière, les mesures prises par Patient Sayiba.

 « Ces personnes ne cessent jour et nuit, de non seulement combattre l’équipe en place à l’OGEFREM, mais aussi, elles cherchent à déstabiliser le bon fonctionnement de notre Office. Le DG Sayiba paye régulièrement les cadres et agents, il a amélioré leurs conditions de travail, il a multiplié les recettes de l’entreprise et il rembourse les millions de dollars de dette que le DG Kikwa a laissé à l’entreprise », explique un cadre de l’OGEFREM qui a requis l’anonymat.

Ce lundi 14 septembre, pendant que l’Intersyndical de l’Ogefrem adresserait un mémo au président Félix Tshisekedi, lui faisant savoir que les mises en place effectuées par Patient Sayiba étaient légales et que le Conseil des ministres devrait revenir sur sa décision de les suspendre, une étrange convocation attendait leur Directeur général au même parquet que celui d’Oomar Chutoo. Et Sayiba connaîtra le même sort. Il est, à son tour, interrogé par les deux « inspecteurs », en lieu et place de l’Avocat général, qui s’est aussitôt éclipsé. Le parquet veut savoir qu’aurait fait le Directeur général de l’Ogefrem des 6 millions de dollars américains qui lui auraient été octroyés dans le cadre du projet de Port à sec de Kasumbalesa.

Problème, il n’a jamais été question de 6 millions, mais de trois millions plus tôt. Sayiba croit bien faire en rectifiant cette erreur, expliquant disposer d’une documentation autour de la situation. Mais son sort était scellé. A 16h, il entre dans un état qui va défier l’appareille judiciaire congolais. Il n’est ni arrêté, ni placé en garde à vue. Néanmoins, il ne peut être libéré. « L’avocat général étant déjà parti, nous sommes désolés de vous garder ici jusque demain », lui font savoir ses interrogateurs.  Le jeune directeur général passera nuit au Parquet. Non sans être seul. Oomar Chutoo lui tiendra compagnie, alors que la justice congolaise exhibe là, deux cas qui appellent à sa remise en question. 

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