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RDC: Débrief du procès Kamerhe, dure journée pour les prévenus

Le procès de Vital Kamerhe et deux autres co-accusés a repris ce mercredi 3 juin depuis la prison centrale de Makala à Kinshasa. Au terme d’une journée épique, très attendue après le décès mystérieux du juge Raphaël Yanyi, les accusés repartent, à l’issue des confrontations avec des témoins, avec un lot de révélations qui les placent dans une situation inconfortable.

Tout le Congo avait le regard rivé vers la télévision publique. Jamais, la RTNC, très décriée, n’avait captivé tant d’attention au pays, depuis la longue nuit des élections ayant vu Félix Tshisekedi être historiquement élu président de la République. A la prison centrale de Makala, le procès de Vital Kamerhe, jugé aux côtés de Jammal Samih et de Jeannot Muhima, allait reprendre,  après le décès mystérieux de son juge-président  Raphaël Yanyi. Durant tout le week-end, ce sujet a soulevé indignation et choc dans l’opinion publique, alors que des informations ont fuité pour étayer une thèse d’empoisonnement autour de sa mort.

Muhima, Kamerhe et la stratégie des « non-réponse »

Dès 9 heures, l’audience est ouverte. Un nouveau juge prend place du président. Deux heures coulent sous la lecture des procès-verbaux, afin de se conformer à la procédure. Mais au Congo, les juges, les députés et les militaires ont quelque chose en commun : ils sont solidaires entre eux. Aussi, Pierrot Bankenge Mvita, l’adjoint qui succède au juge décédé et dont les ressemblances morphologiques n’ont pas échappé aux téléspectateurs, a durci le ton; visiblement touché par la disparition de son confrère.  

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Les choses sérieuses ont commencé. Jeannot Muhima Ndole est appelé à la barre. Il tremble. Ces nouveaux juges ne blaguent pas. L’expert en import-export de la présidence fait des révélations. Il a été mandaté, par Vital Kamerhe, Directeur de cabinet du Chef de l’Etat, avec un 1,1 million de dollars pour dédouaner des containers entre la Tanzanie et la RDC. Des questions pleuvent et Muhima titube. Il refuse même de répondre à une nouvelle révélation du procès. Le public découvre la stratégie du « non-réponse » des accusés. On apprend que la partie civile a son témoignage sous procès-verbal lors des auditions au Parquet de Matete, où affirme qu’il a reçu 2 millions de dollars pour dédouaner des contenairs à Matadi, où le rejoindrait le ministre John Ntumba. Mais ceci concernera sans doute un autre procès.

Au suivant. Vital Kamerhe est à la barre et adopte la même stratégie que Muhima. Le même homme, combatif, pédagogique et surtout parleur, revient. « VK » doit notamment répondre à la question de savoir: quelles sont les dispositions du contrat liant la société Samibo de Jammal Samih et l’Etat congolais, sur lesquels le Directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi s’est appuyé pour faire décaisser l’argent confié à Jeannot Muhima pour le dédouanement. Mais c’était sans compter sur le très stratégique Vital Kamerhe. Le président de l’UNC ne répond pas directement. Il se lance dans la diatribe et n’hésite pas de revenir toujours sur l’essentiel à ses yeux : l’absence de tout document prouvant qu’il a bel et bien détourné des fonds.

« Moi, pas connaître Soraya, seulement Daniel »

Mais dans cet échange, comme depuis le début du procès, la partie civile et le ministère public avancent à petits pas autour des accusés. Jammal Samih, qui est convoqué à la barre après Vital Kamerhe, va l’apprendre à ses dépens. Dans une litanie de questions et de réponses dont lui seul a le secret, l’homme d’affaires lâche enfin.  Il affirme qu’il ne connaît pas Soraya Mpiana, la belle-fille de Vital Kamerhe, dont il est accusé d’avoir confié une parcelle dans le but d’obtenir le marché dans le cadre du programme de 100 jours.

Cependant, l’homme d’affaires libanais admet avoir remis une parcelle à « Daniel », faisant allusion à Daniel Shangalume Nkingi, cousin de Vital Kamerhe. Il explique en effet que « Daniel » est un ami à ses enfants avec qui il a souvent travaillé. Ce don, explique-t-il, c’était dans le but de le remercier des affaires qui n’ont aucun lien avec l’affaire de 100 jours. « Je suis commerçant, j’ai beaucoup de terrain et Daniel m’a rendu des services donc je lui ai cédé un terrain. Mais c’est lui qui a dit que je mette le nom de Suraya mais je ne connais pas Soraya !« , A-t-il expliqué.

Pour ce qui est de l’affinité qui existe entre Daniel Massaro et Vital Kamerhe, Jammal dit « ne pas connaître la relation qui existe entre eux ». « Je ne savais pas que Daniel Massaro était neveu avec Vital Kamerhe, je l’ai rencontré par hasard à la Présidence et on a pris une photo. Est-ce pour une photo que je suis accusé ? Même avec le président Mobutu j’ai une photo ! » A-t-il relaté.

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Toutefois, selon l’accusation, « Daniel Massaro » est bien le trait d’union entre Kamerhe et Jammal. Par ailleurs, arrêté le 15 mai après près d’un mois de fuite, il a été confronté le 24 mai à l’ancien conservateur des titres immobiliers de Ngaliema autour de cet aspect. Ce dernier a été entendu pour son rôle dans l’attribution d’un « certificat » d’enregistrement pour un « terrain vide ». Le titre de donation porte bel et bien le nom de Soraya Mpiana, mais la signature est de Massaro en « P.O », renseignent des sources judiciaires. En outre, en prenant la parole pour réfuter notamment le fait d’avoir rencontré Jammal Samih, contestant en outre les photos qui ont été publiées sur les réseaux sociaux, Vital Kamerhe fait remarquer que le don que la justice l’accuse d’avoir reçu du libanais date du 24 janvier, soit 24 heures avant qu’il arrive au pouvoir.

Bitakwira met le feu au Tribunal

Mais cette première partie des débats restera calme. Il a fallu attendre 15h passées pour voir l’étincelle arrivée dans ce procès. L’homme qui y met le feu est connu du public. Justin Bitakwira Bihona-Hayi  a démenti l’existence d’un contrat ou d’un avenant pour le paiement de 57 millions de dollars à la société de Jammal Samih. « Il n’y a ni contrat, ni avenant », affirme-t-il, faisant savoir qu’un contrat a été signé en 2018, avant d’être remis en cause. Il y a eu ensuite un projet d’avenant, mais celui-ci n’a jamais été validé par la Direction générale de contrôle de marchés publics.

« La facture du contrat de 900 maisons pour 9 provinces devraient être payée à trois tranches. L’Etat avait d’abord dit que le trésor public n’avait pas d’argent. C’est comme ça que cela a trainé. Ce contrat n’a pas eu un début d’exécution. L’histoire de 57 millions, c’est autre chose. Cela fait deux contrats différents. Je n’ai jamais engagé la RDC pour le paiement de 57 millions. Celui qui a engagé la république n’a qu’à assumer », a-t-il étayé, non sans faire, comme à son habitude, allusion à des métaphores.

L’ancien ministre révèle par ailleurs qu’il a été « déchargé » du dossier depuis le « 3 mars 2019 », sur instruction, qu’il affirme disposer, de Vital Kamerhe. « La gestion de ce projet m’a été retiré pour être confiée au ministre de l’urbanisme et habitat. Je n’ai plus eu affaire avec ce dossier. J’ignore ce qu’est devenu le projet » , dit-il. « J’ai appris que le paiement de 57 millions a été payé seulement en juillet quand deux agents de l’ANR sont venus me poser la question. Mais à ce moment-là, je n’étais plus à la gestion du projet, conformément à la demande de Vital Kamerhe », enfonce-t-il.

En effet, au deuxième jour du procès, et même un peu plus tôt dans l’audience de ce mercredi, la partie civile et le ministère public ont affirmé qu’il n’y avait pas de contrat autour de ce marché ayant entraîné le paiement de 57 millions de dollars. Prenant la parole, Vital Kamerhe a affirmé le contraire, annonçant qu’un contrat et un avenant ont été signés par Justin Bitakwira.

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En outre, contrairement aux affirmations de Vital Kamerhe durant les deux premières journées du procès, l’ancien ministre affirme qu’il n’a jamais été associé au comité de gestion. “Je n’ai jamais été invité à la présidence sur l’avenant au sujet des maisons préfabriquées. Je n’ai jamais mandaté personne, ni le SG du ministère même pas un appel, ni SMS “.  Une version confirmée par un autre témoin qui succédera à Bitakwira, l’ancien Secrétaire général du ministère du Développement rural.

Il n’y a pas de contrat

L’autre homme qui a enfoncé les accusés c’est Michel Ngongo. Le Directeur général de la Direction générale de contrôle des marchés publics (DGCMP) a démenti, comme Justin Bitakwira, l’octroi d’un avis de non objection de ses services au marché ayant entraîné le paiement de 57 millions de dollars américains à la société SAMIBO; ce qui remet en cause l’existence d’un contrat entre l’Etat congolais et la société de Jammal Samih, comme l’affirmait Vital Kamerhe. En outre, Michel Ngongo a annoncé qu’il a reçu des menaces des morts s’il ne témoignait pas pour « l’un ou l’autre » accusé.

Et pour corser l’addition, le Directeur général de la DGCMP a révélé que le Directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi n’avait pas reçu l’autorisation de son organisation pour octroyer un deuxième marché à l’homme d’affaires libanais Jammal Samih. Selon M. Ngongo, la DGCMP a reçu une lettre de Vital Kamerhe demandant un avis de non-objection pour un marché de maisons préfabriquées, à confier cette fois à Husmal SARL, mais appartenant toujours à l’homme d’affaires Jammal Samih. Cependant, cette demande n’a jamais été accompagnée de contrat ; ce qui a poussé l’organisation de régulation à refuser cette demande.

En effet, outre le dossier de 57 millions de dollars avec la société SAMIBO, Vital Kamerhe est accusé d’avoir détourné somme de plus de 2 millions destinée à la société Husmal Sarl pour la construction de 3000 maisons préfabriquées au profit des policiers et militaires. La partie civile et le ministère public ont par ailleurs soutenu que ce second marché n’avait aucun soubassement légal.

Le procès reprend ce jeudi 04 juin avec d’autres témoignages.

3 Commentaires

  1. Le redacteur certains faits saillants du procès, je ne sais pas si c’est expres.
    1. Le MP a posé à Vk la question de savoir sur base de quoi il avait sollicté des fonds de formalités et transport des maisons alors que ça engagait le fourniseur et sa réponse était l’article 6 du contrat qui par contre n’a pas été lu.
    2. Bitakwira nier n’est pas reconnaitre l’avenant au contrat et le contrat lui même était déjà cadique et qu’il a été desaisi du projet de mai 2019 par une lettre officielle. En lisant la lettre on comprendra que la lettre lui demandait des experts qui devraient se joindre à d’autres pour l’étude des terrains et que contrairement aux dépositions de Bitakwira, jusqu’au mois de juillet, il continuait à solliciter l’ANO.
    3. Que le deuxième contrat du projet 3000 maisons n’est jamais arrivé au bureau de la direction de passation de marché.

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