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La corruption des « meilleurs », la pire en RDC

Un an après l’alternance, le pays de Lumumba déchante; Félix Tshisekedi s’embourbe, entouré des détourneurs et d’une Communauté internationale qui peine à se rendre à l’évidence que Kabila n'était finalement pas le mal incarné au Congo-Kinshasa. Car, depuis toujours, le problème a été un autre : la corruption des meilleurs, la pire, qui gangrène ce pays depuis le jour où des Européens ont décidé d’offrir cette parcelle qu’est le Congo, à leur cousin belge. Néanmoins, le mal étant certes identifié cette fois, vivement un traitement curatif sincère.

« La corruption de ce qu’il y a de meilleur est la pire », telle elle est l’application récurrente du proverbe latin : corruptio optimi pessima. Détrompez-vous, Nzinga Nkuvu n’a pas eu le temps d’inventer un tel concept, préoccupé à vendre sa royauté pour un peu de sel à des colons Belges. Ni le pauvre Vital Kamerhe, l’homme que tout le monde adore détester. La corruption est un phénomène vieux comme le monde. Elle remonte au moins au moment où une société organisée a, pour la première fois, créé des institutions publiques pour se préserver. C’est un phénomène désastreux à l’échelle mondiale.

La corruption existe dans le secteur privé mais implique principalement des responsables gouvernementaux. Elle est multiforme et les termes équivalents sont innombrables : enveloppes rouges en Chine ou enveloppes brunes en Angola, bakchich en pays arabe, payola aux Philippines, propina en Amérique latine ou pots-de-vin en France. En RD Congo, elle est connue sous diverses formes, tantôt « matabiche », tantôt même, selon un président en exercice, « rétrocommission »

Le monde s’est planté sur la RD Congo

Alors, que l’ambassadeur Mike Hammer se calme. La corruption n’est pas congolaise. Ni Africaine. Bien qu’elle soit plus visible dans les pays pauvres et les dictatures (souvent les mêmes), elle n’est pas absente dans les pays riches et les démocraties. Son coût est difficile à évaluer car elle se produit entre les individus dans le plus grand secret. Toutefois, selon la Chambre de commerce international et d’autres organismes, « les estimations montrent que le coût de la corruption équivaut à plus de 5% du PIB [produit intérieur brut] mondial soit $ 2.6 trillion, avec plus de $ 1 trillion payés en pots-de-vin chaque année ». En outre, la corruption ajoute jusqu’à 10% du coût des opérations à l’échelle mondiale, et jusqu’à 25% du coût des marchés des pays en développement. Elle en coûte à l’Europe € 120 milliards par an, soit environ 1% de la production économique ; à la Chine, 10%, de son PIB par an ; et à l’Afrique, environ $150 milliards par année. Bien entendu, les démocraties ne sont pas à l’abri de la corruption. Le financement douteux des partis politiques en est un exemple. Mais, la règle de droit et les institutions matures sont des remparts contre une corruption systémique.

Mais, là où l’ambassadeur Nzita a raison, c’est quand il soutient que la corruption est plus répandue dans les pays en développement et en transition, non parce qu’ils sont différents des autres nations mais parce que les conditions sont propices; les institutions de l’État sont faibles ; les politiques gouvernementales ou organismes de réglementation contiennent des échappatoires qui permettent des activités illégales ; et les institutions telles que le Parlement, le pouvoir judiciaire et la société civile, y compris la presse, qui servent habituellement de garde-fous, sont marginalisées ou touchées par la corruption. Par conséquent, ces pays sont enfermés dans un cercle vicieux de la corruption.

Faisons une trêve et revenons-en à la RD Congo. Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir le 24 janvier 2019. Il ne balaie pour autant pas Joseph Kabila, qui a eu la bonne idée de s’allier à lui pour composer et continuer à diriger ensemble la RDC.
A son arrivée, Tshisekedi reconnaît qu’il existe un « système dictatorial » à « déboulonner ». Le Président, bien qu’ayant le souci de calmer le jeu avec ses alliés, doit cependant guérir la RD Congo des maux causés, semble-t-il, par les Kabilistes. Mais voilà, le temps de cligner l’œil, Félix Tshisekedi est rattrapé par une réalité que ni Nzita, ni lui-même, le Président, semblaient connaître. Contrairement aux reportages de France 24 et TV5 Monde, Joseph Kabila n’est pas le symbole attitré de la corruption en République «démoncratique » du Congo.

Car en effet, durant ses derniers jours au pouvoir, Joseph Kabila a bel et bien tenté de stopper la bête que son Conseiller spécial en la matière, Luzolo Bambi, estimait à plus de 15 milliards de dollars américains l’an, près de trois fois le budget du grand Congo. En juin 2015, l’ancien ministre de la Justice porte plainte, au nom de Joseph Kabila, alors grand président de la RDC, contre 15 personnes pour des faits de corruption avérés. Résultat de courses : personne n’a été inquiété. Pourquoi ? La réponse arrivera avant le retour du Christ. Retenez que, dans un système où il contrôlait quasiment tout, puisqu’étant accusé d’être un dictateur, Joseph Kabila n’a pu envoyé ses corrompus en prison. Et c’est dans ce même système que Felix Tshisekedi atterrit.

Tshisekedi a ses corrompus

Le fils d’Etienne Tshisekedi lance un projet ambitieux à son arrivée au pouvoir : 100 jours pour relancer la RD Congo. Des sauts-de-mouton pour Kinshasa, des ponts pour l’intérieur du pays, des maisons pour des militaires et quelques civils. Bref, ce président-là allait appliquer « le peuple d’abord ». Résultats de courses ? Un grand scandale national. La RD Congo dort et se réveille sous des révélations. Des millions sont détournés. Des entrepreneurs sont en prisons. Les commanditaires sont en liberté, les soupçons pleuvent, le Cabinet du président n’arrive même pas à se dissocier du forfait. Mais, le fait le plus insolent est là : les noms sur lesquels pèsent les soupçons, les personnes qui ont trempé dans ce gigantesque fiasco sont loin d’être Kabilistes. Aucun lien donc avec l’ancien Président, pourtant désigné dénominateur commun de ce fléau au pays de Lumumba.

Retenons donc que le monde s’est fourvoyé sur la question. Au Congo-Kinshasa, dans ce pays-continent qui croule sous les richesses, mais qui vit dans une pauvreté du Christ, ce principal mal à la tête d’hydre est, en réalité, apolitique. Il est partout, touche tous les niveaux, tant de l’administration que dans le quotidien des Congolais. Et même si la même maladie touchait le pays de Nzita Hammer, celui de la RD Congo a l’insolence de toucher « les meilleurs », l’élite, dans une impunité déconcertante.

Car, si le roulage, le long d’une route, perçoit le « bonjour de Kamerhe », la petite monnaie enroulée dans la main que lui passent les chauffeurs fautifs, ceux qui dépècent l’État ne le font pas à compte-gouttes. Ils prennent des millions, condamnant Tshisekedi à faire la manche à travers une planète qui l’écoute. Ces vautours prennent tout pour eux, mais vivent dans un pays par terre, où l’avenir reste aussi incertain que la conversion de Mohamed au Christianisme. Le mal, le vrai, est donc là.

Agissons !

Américains et Européens ont donc le droit d’être choqués. Tant, à ciel ouvert, des alliés qui juraient d’accompagner Félix Tshisekedi, le coulent, sans même que Joseph Kabila, adversaire attitré, n’en fasse autant. Les alliances politiques ayant toujours primé sur l’efficacité, ils ne seront jamais inquiétés. Nous voilà donc dans un cas d’école, comment un Président, plein de bonne volonté, arrive à échouer: placé dans la situation où il doit choisir entre les alliances politiques, gage de son pouvoir, ou la justice, gage d’une précipitation vers les inconnues, tout en restant certes, fondement d’un renouveau pour cette Nation qui en a tant besoin. Joseph Kabila en sait sans doute quelque chose, lui qui a choisi la première solution, condamnant de ce fait, le reste de son long séjour au pouvoir. Pourra-t-il aider Tshisekedi ?

Nous autres, peuple, journalistes, activistes, et même détourneurs, il est temps d’arrêter de vouloir toute la richesse pour nous seuls, dans un pays pauvre. Nul ne saura dîner dans des toilettes. Américains, Européens, Congolais. La corruption des meilleurs est la pire. Cette nation a besoin que chacun de nous agisse contre ce fléau loin des calculs politiques, dans un intérêt général. Maintenant qu’il est identifié, maintenant qu’il n’est ni Kabiliste, ni Tshisekediste, n’est-il pas le moment de coaliser les efforts de tous, pour ne serait-ce que la limiter à celle des roulages dans les rues ?

Litsani Choukran,
Le Fondé.

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4 Commentaires

  1. Fatshi a ses corrompus.
    Fatshi doit choisir entre l’échec et la réussite de son mandat, et cela passe par la restauration d’une bonne justice. S’il a décidé ou ce sont acvordés fans cacjh-fcc de ne pas fouiner dans le passé, mais il avait quand mm promis au peuple que durant son mandat il luttera contre la corruption et mettra fin à l’impunité. Mais comment se fait-il qu’on arrête des gens qui ont détourné l’argent du contribuable congolais, dans des marchés qu’ils ont obtenu de gré à gré, qui est source de la corruption, mais on laisse en liberté les passeurs de marchés? Nous voulons un justice distributive et juste.

  2. Monsieur,
    Je vous félicite de votre belle analyse. Mon grand problème, c’est que comme la majorité d’entre nous, nous posons des problèmes mais ne proposons pas des solutions. La solution à la corruption n’est pas seulement liée à la démocratisation d’un pays. Il faut être à mesure d’instaurer un système de gestion de finances publiques difficile à flouer. Les pays qui le font le mieux le font en mettant en place un système de gestion des finances publiques informatisé et intégré à la majorité des secteurs clés. Ces systèmes intègrent non seulement la récolte des recettes, leur mise en commun, la budgétisation des dépenses publiques, leur allocation, des audits intégrés pour démontrer que les allocations ont effectivement été utilisées et ont été utilisées pour les besoins pour lesquelles elles étaient prévues, et s’il ya eu ré-allocation pourquoi et dans quelle mesure mais sont aussi associés à des mesures de coercition administratives ou pénales selon le cas. Sans informatisation ou digitalization, la corruption ne pourra que continuer à se porter bien. Voilà une piste de solution

  3. Face à une situation chaotique, il est impératif de recourir à des mesures extrêmes. Il sera juste pour le peuple congolais si le Président de la République s’impliquait dans cette affaire de corruption pour donner à tous ces aventuriers d’entrepreneurs étrangers que la RDC n’est pas une aire des jeux.
    Faisons d’eux nos Carlos Ghosn et les autres ne continuerons pas de ternir l’image de notre nation.

  4. C’est menant que tous les chroniqueurs se mettent en danse pour dénoncer la corruption .
    vous oubliez la cible qui est la kabilie , les chroniqueurs oublient facilement les kabilistes .
    ils s’acharnent à Felix avec toutes ses bonnes intentions .

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