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A Kinshasa, les dessous d’une menace terroriste contre les Etats-Unis

L’avenue Lukusa au centre-ville de Kinshasa est étonnement calme. A côté d’une station-service, deux barrières coupent une rue en deux, bloquant toute circulation. La tension est bien palpable, incarnée par cinq policiers bien armés. Nous sommes devant le Centre culturel des Etats-Unis à Kinshasa. La veille, les autorités américaines ont fait retirer le drapeau niché sur ces installations barricadées par une immense clôture en béton.  Ce geste, scruté sur les réseaux sociaux et par des médias locaux, a accentué la psychose créée par une annonce fracassante il y a près d’une semaine.

Psychose et étonnement

« L’ambassade des États-Unis à Kinshasa a reçu des informations crédibles et précises sur une possible menace terroriste contre les installations du gouvernement américain à Kinshasa« , annonçait un communiqué traduit de l’anglais par POLITICO.CD. « L’ambassade des États-Unis à Kinshasa sera fermée au public le lundi 26 novembre. Les citoyens américains ayant besoin de services d’urgence peuvent appeler le 081-556-0151« , ajoute-t-il.

Ce message, repris jusqu’aujourd’hui, a étonné en RDC, d’autant plus que la capitale congolaise n’a véritablement jamais connu d’attaques terroristes et qu’en plus, le pays attend des élections tendues à la fin de cette année. Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, est le premier à en rire. Il accuse alors les autorités américaines à Kinshasa de chercher à faire peur à la population à des fins politiques.

« Vous devez vous méfier des informations émanant de personnes qui souhaitent faire naître une peur et une incertitude inutiles parmi les Congolais quelques jours avant les élections », a-t-il confié mercredi à l’AFP avant d’ajouter : « Maintenant que la tenue de trois élections le 23 décembre 2018 est une certitude, ceux qui n’ont aucun contrôle sur le processus électoral en RDC tentent de distraire les Congolais »

Toutefois, à la suite d’une rencontre avec des représentants des Etats-Unis avec le vice-Premier ministre congolais des Affaires étrangères, Kinshasa semble à présent prendre la menace au sérieux.  Lambert Mende indique de son côté que le gouvernement de la RDC « a pris des dispositions nécessaires pour sécuriser les installations diplomatiques américaines et les occupants (travailleurs Congolais et américains). »

Des islamistes arrêtés à Brazzaville

« Cette menace étant ciblée contre la représentation diplomatique des États-Unis, ne visent pas les autres représentations diplomatiques de pays occidentaux et ne peut pas entacher le processus électoral en cours en RDC, explique le ministre congolais de la Communication et des médias », pense-t-il.

Selon des informations parvenues à POLITICO.CD, cette menace terroriste est due à « l’arrestation la semaine dernière d’une cellule de djihadistes tanzaniens appartenant à un groupe islamiste ougandais appelé les Forces alliées démocratiques. »  En effet, la police tanzanienne a arrêté 104 militants islamistes accusés d’avoir l’intention d’établir des bases au Mozambique voisin en octobre dernier. Mais aucune référence n’a été publiquement mentionnée en rapport avec la RDC.

Par ailleurs, en mai 2015, Jamil Mukulu, le chef et fondateur, en 1995, de l’ADF a été arrêté par la Tanzanie à la frontière avec Kenya. Il sera extradé vers l’Ouganda en juillet 2015 et emprisonné dans l’attente de son jugement à Kampala.  Depuis, l’ADF reste un des groupes armés très actifs dans l’Est de la RDC, notamment la région de Beni. Ce groupe islamique est connu pour avoir perpétré plusieurs attaques tuant des milliers de Congolais depuis 2014. Selon d’autres sources, une équipe a été arrêté à Brazzaville tentant de traverser vers Kinshasa.

Sur place, Kinshasa est, comme à son habitude, insouciante à la situation. La ville vibre au rythme de la campagne électorale qui pourrait pendre une vitesse de croisière dans les prochains jours. Beaucoup ici, très peu habitués à une quelconque menace terroriste, estiment qu’il s’agit d’une « manipulation. ». Pourtant, les autorités congolaises assurent collaborer avec les américains pour leur protection et prennent la menace au sérieux. Aucune annonce n’est rendue publique au sujet de la situation. « Je ne peux rien vous dire sur ce qui est en train d’être fait, mais dès que la situation sera revenue à la normale, la population sera prévenue », explique Lambert Mende, affirmant que les Congolais « n’avaient rien à craindre »

 

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