Le Conseil de sécurité de l’ONU dégoûte l’opposition en RDC

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C’était LE rendez-vous de tous les enjeux. A New York, ville mythique de la côte est américaine, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est penché sur la situation politique en République démocratique du Congo. L’organe suprême des Nations Unies, composé notamment des Etats-Unis,  de la France, des Pays-Bas, la Grande-Bretagne, la Suède, la Côte d’Ivoire et la Guinée équatoriale a mis tout le sérieux qui va avec.

D’abord, l’ONU a tenu à convier la Commission électorale nationale indépendante (CENI), dont son président Corneille Nangaa a passé en revue, devant la Communauté internationale, la situation complète du processus électoral au pays.  Si Nangaa n’a fait que corroboré la position du gouvernement congolais, d’ailleurs représenté par le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu, c’est du côté de la communauté internationale que l’on observe une attitude beaucoup plus conciliante à l’égard de Kabila.

En effet, prenant la parole, la chef de file des ambassades occidentales à Kinshasa, l’américaine Nikki Haley n’est pas aller de main morte: « Nous ne pouvons pas avoir peur de faire pression sur le gouvernement, la commission électorale et l’opposition pour que le peuple congolais obtienne l’alternance pacifique et démocratique qu’il mérite », insiste-t-elle.

Dans son long discours, Mme Haley est également revenue sur sa dernière visite en RDC, où elle a rencontré, outre le président Joseph Kabila, toutes les parties dont l’opposition, l’Eglise catholique et des membres de la société civile. « Ce qu’ils attendent de la communauté internationale, presque sans exception, c’est d’aider à faire avancer les élections. Ces élections, bien sûr, devaient avoir lieu l’année dernière. Nous ne pouvons pas permettre un autre délai« , insiste-t-elle.

Rappelant la conférence de presse du président Joseph Kabila, Mme Haley note que le Chef de l’Etat s’est engagé à ne plus se présenter aux prochaines élections. « C’est un développement positif – un pas important vers une transition pacifique du pouvoir au Congo. Avec cet engagement crucial derrière nous, toutes les parties intéressées peuvent aller de l’avant pour faire en sorte que les élections de décembre soient inclusives, ordonnées, libres, équitables et crédibles« , explique-t-elle.

Un mauvais message pour l’opposition

Si les Etats-Unis appellent toujours à la liberté des manifestations, ou encore à l’application des mesures de décrispation, le pays de l’Oncle Sam, tout comme la quasi-totalité des membres du Conseil de sécurité, ont surtout insisté sur la tenue des élections au 23 décembre 2018, un message qui tombe mal pour le mouvement des catholiques congolais, qui eux projettent de marché dans les rues de Kinshasa.

En effet,  le Comité des Laïcs Catholique a appelé samedi à une nouvelle marche, le 25 février, contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, changeant complètement de leitmotiv, alors qu’il a toujours mobilisé pour les élections.  « Ce 25 février 2018, où que nous soyons, au Congo ou à l’étranger, sans distinction d’appartenances religieuses ou politiques, levons-nous et marchons pour dire non à la dictature », déclare le Comité laïc de coordination (CLC) dans un communiqué.  « Soyons prêts à affronter le pire pour arracher le meilleur », poursuit-il.

Par ailleurs, il ne saurait y avoir des élections démocratiques en RDC dans le climat actuel; c’est en tout cas ce que martèlent les opposants et les catholiques qui réclament notamment l’application des mesures de décrispation, mais également et surtout l’abandon de la « machine à voter », incluse dans le processus et qui risque de falsifier ces élections.

A ce chapitre justement, même si l’ambassadrice américaine Nikki Haley a réitéré la position de son pays, qui s’oppose à ce « vote électronique », Kinshasa, notamment le président de la CENI, impose ouvertement cette machine comme condition unilatérale pour la tenue des élections en décembre de cette année.

Par ailleurs, le chef de la diplomatie congolaise, Léonard She Okitundu, a semblé vider les revendications autour des mesures de décrispation de toute leur substance, évoquant des pourparlers en cours pour des cas qui seraient encore sous litige.

Claudel André Lubaya, député de l’opposition et cadre du Rassemblement, regrette d’ailleurs l’issue de cette réunion au Conseil de Sécurité. « La réunion du Conseil de sécurité sur le processus électoral en RDC a fait apparaître des profondes divergences au sein de la communauté internationale. Certains sont prêts à accepter les élections même truquées au nom de leurs intérêts mesquins, peu en importe l’issue« , dit-il laconiquement via son compte twitter.

A Kinshasa, les catholiques maintiennent leur descente dans les rues le 25 février, malgré une communauté internationale qui se montre de plus en plus hostile à une solution de la rue.