Vers un nouveau Dialogue?

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La principale coalition de l’opposition en République démocratique du Congo a révélé sa position communiquée à l’Ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, durant sa visite à Kinshasa. Pierre Lumbi, président du Conseil des sages du Rassemblement, affirme que son mouvement veut des « garanties claires et précises » de la Communauté internationale, « d’ici au 31 décembre », pour la tenue des élections « dans un meilleur délai ».

«Notre position est claire est nette : si, d’ici au 31 décembre, il n’y a pas d’élections ou s’il n’y a pas de signaux clairs, précis et avec des garanties de la communauté internationale, nous irons aux élections sans le président Joseph Kabila», dit Pierre Lumbi, président du Conseil des Sages du Rassemblement, dans une interview ce samedi à Radio Okapi.

L’accord signé le 31 décembre dernier à Kinshasa entre le pouvoir et la majorité fixait la tenue de ces scrutins avant la fin de l’année en cours. Il a perdu le peu d’incluvisité qui lui restait après le départ, la semaine dernière, de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) du gouvernement. Par ailleurs, la proposition américaine, de voir lieu les élections en 2018, ne découle d’aucun engagement politique. Ainsi, à en croire plusieurs sources, des pourparlers devraient avoir lieu pour mettre en place « une nouvelle dynamique ».

Haley a tout chamboulé

« Les Etats-Unis ont été plus clairs que jamais et ils reflètent la position de la Communauté internationale. Et cette position au sujet des élections en 2018 nécessite que tout soit revu à présent. Il faut un nouvel accord politique, en plus des pourparlers vraiment sérieux autour du calendrier électoral« , explique un analyste politique congolais.

Ni le Rassemblement, ou la majorité ne souhaite réagir à ce sujet pour l’instant. Néanmoins, Germain Kambinga, leader de la coalition du Centre, qui est à la base d’une proposition de « table ronde » depuis plusieurs semaines, pense que la situation actuelle donne raison à son mouvement politique.

« Nous continuons à sensibiliser et à défendre la nécessité d’une table ronde inclusive et qui remettrait les choses sur le rail en mettant les uns et les autres face à leurs responsabilités« , dit-il dans un message envoyé à POLITICO.CD. Pour lui, cette table ronde sera le lieu pour « harmoniser les différents points de vue. .

« Sans une table ronde urgente et la détermination d’un schéma de financement crédible du processus électoral, prévient-t-il,  nous risquons de faire le lit au report à venir en 2018. »

L’idée d’un énième dialogue reste pourtant mal vue du côté de la population qui perd de plus en plus espoir auprès de ses leaders tant de la majorité que de l’opposition. La tournée de l’Ambassadrice Haley, qui avait suscité de l’engouement au pays, a laissé beaucoup dubitatifs, affirmant que cette dernière a offert un « énième glissement » au président Kabila.

Par ailleurs, les rues restent néanmoins calmes, sans doute par crainte de répression. Aucune manifestation d’envergures n’a eu lieu depuis avril dernier. Ce qui oblige sans doute les opposants, notamment ceux du Rassemblement, à privilégier des négociations plutôt qu’un affrontement incertain.

Il faudra tout aussi se demander si Joseph Kabila est prêt à répondre favorablement à l’ultimatum américain, tant, ses cadres sont montés au créneau pour dénoncer cette proposition de Mme Haley, arguant qu’il revient à la Commission électorale seule d’organiser les élections. Dans cet optique, la CENI, qui a exigé un minimum de 504 jours, énerve tous les opposants, qui en appellent à la rue.