La pièce est jouée !

“Qui a péché sans fin souffre sans fin aussi », disait un homme sage. De transgressions en transgressions, le Pouvoir congolais tente d’éviter une fin de règne brutale, aidé par une opposition d’une complicité qui s’ignore. Ainsi s’est jouée la pièce politique en République démocratique du Congo. Partager :FacebookX

D5

Il avait 29 ans le vendredi 26 janvier 2001 à 16h25, lorsqu’il prête serment pour succéder à son père à la tête d’un pays gangrené par l’un des plus grands conflits du vingt-et-unième siècle. Alors Général des armées, Joseph Kabila ne va pas tarder à goûter au baptême de feu lié à la polémique identitaire en République démocratique du Congo. Le Président, à peine francophone, aura du mal à convaincre sur sa congolité.

Seize ans après, Joseph Kabila n’aura jamais réussi à se débarrasser de l’image rwandophone, mais a eu le don de régner en maître sur le grand Congo, presque sans merci. Le Président qui est né à l’aube même de la Zaïrianisation destructrice, avait pourtant tout pour réussir. A défaut d’une situation alambiquée, l’homme a mené le pays entier vers la réunification. On pouvait à présent voyager librement vers Goma, ou Kisangani. Et lorsque les M23 sonnaient la révolte, Kabila a su adroitement récupérer la capitale du Nord-Kivu, tombée entre les mains de cette rébellion rwandaise, sans tirer un coup de feu. Une constitution en bonne et due forme. Des élections démocratiques pour une première fois, et une des plus grandes croissances économiques dans un monde pourtant en crise. Kabila tenait le cap, il était notre héros.

Rendez-vous manqué

Et puis, comme tous les demi-dieux, le nôtre n’a pas su s’arrêter. Les avertissements étaient pourtant là. Les chaotiques élections en 2011 devraient à elles seules suffire de mise en garde. Au contraire, Kabila que l’on n’a pas beaucoup remercié dans ce pays où tout se critique, où on lui a même renié sa filiation, voir ses capacités intellectuelles désormais prouvées,  a commencé à s’isoler de nous. Créant une véritable muraille de chine autour de lui, constituée de plus fidèles de généraux et agents des services de renseignements. Les programmes sociaux comme les fameux «Cinq chantiers» ou encore son grand frère « la révolution de la modernité » sont mis de côté. Le Président applique désormais les préceptes du Mobutisme pour régner éternellement.

Officiellement, Joseph Kabila Kabange n’a jamais dit qu’il voulait se maintenir au pouvoir. Il affirme, quand il en a l’occasion, qu’il y aura bien les élections. Néanmoins, le bénéfice du doute voudra qu’on s’intéresse tout aussi aux actes. Et l’entreprise du Chef de l’Etat se désolidarise à sa promesse de consolider la démocratie dont il est pourtant un des précurseurs dans notre jeune Etat.

A ce titre, se fiant seulement aux actes du Président, il nous semble clair que la Démocratie et la Liberté, deux principes fondamentaux du développement et de paix durable sont insensiblement menacées. Depuis les élections de 2011, nous assistons à une guerre sans merci contre les acquis démocratiques durement gagnés dès le départ même du maréchal Mobutu. Alors que les gouvernements se succèdent, il est clairement avéré que la seule stratégie appliquée par les autorités est de savoir comment garder le Chef de l’Etat au pouvoir. Ce qui se traduit par une destruction systématique du tissu socio-économique, rendant encore plus vulnérable les populations qui l’étaient déjà.

Le Pouvoir est entré dans un cycle de survie, où tous les efforts et toutes les richesses sont axés sur la recherche des solutions pour son maintien. Toutefois, le pouvoir n’a pas été aidé par son opposition. De Mobutu en passant par Kabila Père et fils, le pouvoir a souvent manqué d’interlocuteurs et du répondant en face de lui.

(Mal) aidé par l’opposition

Le Maréchal a tenu plus de dix ans, alors que la tempête de la démocratie haletait sur tout le continent, en s’appuyant longuement sur des opposants dont la malléabilité défiait celle de tout liquide. Vingt ans après sa chute, Joseph Kabila n’aura même pas eu besoin de changer de rengaine. Alors que Mungul Diaka jaillissait de la cuisse d’Étienne Tshisekedi, les Badibanga et le Tshibala viennent au monde de la même manière. De l’autre côté, tout comme les 13 parlementaires, les Pierre Lumbi et Moïse Katumbi sourdent de celle de Joseph Kabia. Appelant à une alternance qui veut que eux et eux-seuls puissent à présent diriger. Kabila devient ainsi tout à coup dictateur, comme s’il fallait seulement céder le pouvoir pour ne pas l’être. Dans une didascalie dictée par le fils de Mzee, un éternel recommencent se joue, où les acteurs appliquent curieusement les mêmes répliques…et les mêmes erreurs. Ainsi, la pièce politique au Congo est jouée. On ne peut malheureusement pas indéfiniment gagner du temps, ni même le déposséder. Toute pièce a une fin. Cronos, père des dieux et petit-fils de Chaos, envoie toujours l’addition. Car, à la fin, ni Mobutu, ni Tshisekedi n’auront gardé le pouvoir.

Ce qui me rappelle la Rome antique. Où, un Empereur nommé Auguste, a succédé à son oncle Jules César, alors que personne ne l’attendait à ce niveau. Entre démocrate et dictateur, Auguste n’a été bon, ni mauvais. Ni l’un ni l’autre, ou plutôt à la fois l’un et l’autre. Il a eu un double but dans sa vie, constitution de la monarchie, constitution de l’empire : il y a marché dès le premier jour, fermement, sans hésitation, ne reculant devant aucun moyen, tour à tour vertueux et cruel, désintéressé et avare, hypocrite et droit suivant  l’intérêt de son œuvre…Sur son lit de mort, l’Empereur romain, se sentant proche de la fin, demanda un miroir, se fit peigner les cheveux et raser la barbe. Après quoi, il dit : « N’ai-je pas bien joué mon rôle ? (…) Oui, lui répondit-on (…) Applaudissez, dit-il, la pièce est jouée ! (Plaudite, acta est fabula !) ».

Litsani Choukran, (@litsanichoukran)
Le Fondé.