Capharnaüm électoral en RDC
Des proches de manifestants tués lors de la marche du 31 décembre, arrivent à la morgue de Kinshasa. / John Wessels/AFP

Et un de plus. Lundi soir, Jean-Pierre Bemba, leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC), est passé à l’attrape. Après Moïse Katumbi, l’ancien vice-président goûte à la machine institutionnelle au service du camp présidentiel : il est écarté de la prochaine course à la présidence de la République, laissant un boulevard vidé au frêle candidat de Joseph Kabila, qui peut d’ores et déjà rêver d’un couronnement tranquille en janvier prochain.

Pour autant, celui qui vient de tomber n’est pas le moindre. Ancien vice-président et surtout Chef rebelle, Bemba est l’un des opposants farouches à Joseph Kabila depuis les années 2006. A son acquittement le 8 juin dernier, tout un pays avait alors cru que celui qui a non seulement des liens solides, tant au niveau national qu’international, mais aussi une combattivité inouïe, allait peser de tout son poids pour contre-balancer la situation d’une opposition qui ne fait que perdre des plumes depuis plus de trois ans. Au final, rien du tout. Ni même des contestations ne seront suivies. Bemba est étrangement calme, comme les rues congolaises d’ailleurs, laissant Kabila seul maître du jeu. S’agit-il toujours d’un match amical entre lui et Kabila ? La méfiance, justifiée ou non, coule à flot dans ce pays !

A trois mois des élections, l’opposition congolaise est bâillonnée et ne peut rien : coincée dans ses rivalités, elle joue à chacun pour soi. Félix Tshisekedi qui rêve d’affronter seul Emmanuel Shadary doit, au mieux, vivre avec l’épée de Damoclès d’une invalidation à venir. Dans les pires des cas, la CENI a surement son pourcentage à cette présidentielle déjà concocté loin derrière celui d’Emmanuel Shadary le 23 décembre prochain.  Quant à Vital Kamerhe, il n’aura jamais rien fait pour se débarrasser du costume du traitre caméléon qui lui colle, avec raison parfois, à la peau. Jamais, depuis le début de cette crise, Joseph Kabila n’a paru avoir la vie si facile.  Car, qu’ils soient divisés ou pas, les opposants n’ont peut-être jamais eu le choix.

Ce processus, que tous regardons de loin, est en réalité piégé depuis son début. D’abord par une Commission électorale qui entretient une affection coupable avec le camp présidentiel, allant jusqu’à imposer des machines à voter dont nul autre qu’Aubin Minaku, leader de la Majorité présidentielle, a été surpris en train de jubiler quant à leur utilisation. Il faudra par la suite voir la CENI comme cette commission-là qui invalide à tour des bras des candidats susceptibles de déranger. Quand elle ne peut pas le faire seule, elle renvoie la balle à la Cour Constitutionnelle, la même qui a été remaniée en mai dernier, comptant en son sein jusqu’à cinq juges qui ont tour à tour travaillé à la Présidence sous les ordres du président Kabila. Ne comptez pas sur elle pour dire le droit. Dans les rues, policiers et chefs d’institutions rivalisent d’égarements des prérogatives pour faire plaisir au Président ou à son candidat. Le pays tout entier, pensent-ils, doit se mettre au service du guide suprême.  La Direction des migrations n’hésite à barrer physiquement la route aux candidats qui oseraient avoir plus de plébiscite que le pouvoir. Certains, comme Moïse Katumbi, ne seront jamais autorisés à regagner le pays. Et ne comptez pas sur ces cadres du pouvoir pour trouver d’explications logiques.

Au coeur de l’Afrique et des enjeux mondiaux, la Communauté internationale regarde le Congo foncer droit vers le crash, dans un capharnaüm électoral, sans broncher. Comme en 1960, lorsque les Belges ont décidé de laisser cette nation naissante brûler, américains, français et puissants du monde laissent faire : de cette douloureuse mort, pensent-ils, naîtra peut-être un mal nécessaire. Personne n’osera alors se lever et s’en offusquer. Kinshasa a les mains libres, fort de sa souveraineté, peut à présent malmener tout un pays au seul bénéfice du maintien d’un système qui a certes fait ces preuves et démontré ses limites.

Les Congolais, citoyens de cette nation que l’on veut libre ou qui se libère, ne sauront être blâmés. Ils n’osent plus se battre, ne se sentent plus concernés : pour qui devrions-nous mourir, s’interroge-t-on dans ce pays fortement divisé. Cette population, fortement avide au changement, n’a-t-elle pas payé le lourd tribut de cette lutte sans fin? Des morts ont jonché les rues congolaises, ceux d’en face sont prêts à tuer. Dès lors, le sang ne s’offre plus délibérément.

Le souffle de liberté s’épuise, les mouvements citoyens s’étoilent. Le pouvoir devient tout puissant et n’a des comptes à rendre qu’à ceux qui lui seront gentils. Ceux, comme moi, qui écrivent ce genre des lignes, n’auront jamais ni de vie tranquille, ni d’amis, encore moins d’avenir : la vérité nous en prive. Mais voilà, c’est ça le capharnaüm congolais, lieu du désespoir, abandonné à un avenir incertain et à ce cri lancé ici, à ceux qui peuvent encore s’émouvoir des injustices et du désespoir d’un peuple qui n’en peut plus : venez sauvez ce pays !

Litsani Choukran,
Le Fondé

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