Dérangement particulier à Kinshasa

La grand-messe aux allures vêpres du Palais du peuple accouche sur un texte aussi pamphlétaire que les autres. Partager :FacebookX

ARRANGEMENT

Il ne fallait pas s’attendre à des grandes surprises, d’autant plus que les dés étaient déjà jetés. Mais parfois, comme à Las Vegas, on espère tomber sur un double six. Après tant d’accords signés, celui-ci devrait régler tous les différends. Et donc non.

Félix Tshisekedi qui tient toujours à devenir Premier ministre avait déjà rejeté ce rendez-vous du Palais du Peuple, pendant que Jean-Pierre Lisanga, qui soutient la candidature de ce dernier à la Présidentielle, le prenait à contre-pied. Même Valentin Mubake, dont on ignore à présent de degré de rectitude, est revenu de son hégire politique pour dénoncer: « Léon Kengo et Aubin Minaku sont de la MP« .

Entre temps, le Front pour le Respect de la Constitution, une des rares plateformes à rester cohérente, y postait Fidèle Babala, suivi d’un message sans entête sur les réseaux sociaux et fustigeant toutefois la signature. « Nous demandons du temps supplémentaire pour étudier ce texte que nous venons de découvrir« , s’excusera poliment le député condamné par la CPI. Presque au même moment, Eve Bazaiba, la Chef de file, cognait sur le même arrangement particulier: cohérence oblige.

Oui. Il y a eu des modifications. La Majorité en a profité pour y inscrire des garde-fous. Comme par exemple ce fameux pouvoir discrétionnaire du Président au sujet de la nomination du Premier ministre (déjà faite) et, comme il fallait aller au bout de la logique, on y ajoute tout aussi ce discrétionnaire pouvoir au Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA); le tout, en sachant que Vital Kamerhe qui a la tête braquée vers sa tournée électorale ou encore Olenghankoy trop occupé à formater la liste des ministrables avec ses vieux potes Katebe et Tshibala… n’auront que faire des détails insignifiants: le mal a été déjà fait.

Les deux complices du jour.

Nous voilà devant un arrangement particulier finalement signé, mais qui ne règle pas le problème. La querelle ne va pas du tout s’arrêter. D’autant plus que Katumbi n’a même pas entendu parler de son nom. Ni Diomi. Le processus qui avait pour but d’apaiser les choses va finalement créer des nouveaux débats et des nouvelles frustrations. Un dérangement particulier qui aura au moins le mérite d’avoir finalement rencontré le consentement du dinosaure Wa Dondo.

Entre temps, Kabila parait foncer sans crier gare et très puissant face à une opposition qui ne proteste que lorsqu’elle n’a pas personnellement son compte. Le président est-il pressé de quitter le pouvoir ? Y aura-t-il des élections ? Tshibala va-t-il être gardé à la Primature ? Seuls le laboratoire de Kingakati et le mois Décembre 2017 semblent avoir des réponses.

Le Président congolais n’avait pas non plus trop de choix. La fameuse médiation entamée par la MONUSCO ne pointe toujours pas son groin, alors que Félix Tshisekedi semble de plus en plus à court de solutions, allant jusqu’à demander l’aide d’un certain… Edouardo Dos Santos, dont l’esprit démocratique est mondialement reconnu depuis son arrivée au pouvoir un certain 10 septembre 1979.

La prise d’otage va donc continuer. « Ti i jeudi [jusque jeudi] » comme on dit chez nous. Le peuple à bout de nerf devra prendre son mal en patience, s’inscrire dans la logique présidentielle et arrêter ainsi de se battre pour un retour hypothétique Moïse Katumbi –  qui à son tour s’essouffle -, en attendant un Bruno Tshibala qui pourra être le premier prophète chez soi, pour finalement voter: avant la fin de l’année en cours.

Litsani Choukran,
Le Fondé.