Quand Kabila vole la vedette à Tshisekedi

Etienne Tshisekedi et ses coéquipiers de la team opposition ont convoqué un “conclave” — une première après la fumée blanche de Genval à Bruxelles en juin dernier — le mardi à Kinshasa dans le but, une fois de plus, de proposer une « feuille de route de sortie de crise ». Cette rencontre des colériques de Kabila cristallisait pourtant toutes les attentions. Car, après les sanglantes démonstrations de force du 19 et 20 septembre dernier, Etienne Tshisekedi allait s’exprimer pour “communiquer” ainsi la marche à suivre au peuple souverain. Entre ouverture ou extrémisme, ce message était attendu même dans le camp présidentiel. On pouvait donc imaginer l’inoxydable Lambert Mende à l’écoute, pour une fois.

ct7u8zyueae6j4_Alors que l’immortel Lider Maximo, prenait la parole, coiffé de sa legendaire « monière » et veste grise, dont lui seul a le secrêt, dans un soleil au zénith sur Kinshasa, devant des centaines d’opposants, mais aussi des personnalités de la Société civile, des activistes et même des représentants de la Communauté internationale — entendez par là, tout homme à la peau blanche et aux lunettes de soleil—, le président Joseph Kabila en fera de même, à plus de 4000Km, pour s’exprimer sur le sujet sensible du calendrier électoral : « Les élections pourront se tenir cette année ou un autre jour », a-t-il déclaré à la presse.

Sans plus tarder, Reuters et plusieurs agences de presse internationale prendront cette sortie trop en swahili de travers. Car, dès les premières minutes qui ont suivie, l’agence de presse britannique annoncera dans une brève: “Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a annoncé aujourd’hui le report des élections alors que son mandat expire à la fin de l’année“. La classe !

Malgré le démenti dans la foulée de Lambert Mende, vous vous souvenez de lui ? Le mal était fait. Le web congolais était entré en ébullition. Le conclave relégué au second au plan par la même occasion. Car, erreur, confusion ou volonté manifeste, ces quelques mots rares du chef de l’État congolais, souvent en terre étrangère,  interviennent dans un contexte politique tendu, « alors qu’il n’a pas de prérogative pour convoquer le corps électoral », s’offusquera même un journaliste de Politico.cd.

La stratégie du flou contre celle des manifestations intempestives

kabila-tanzanie-heinEn effet, au pays de Lumumba, seule la Commission électorale peut fixer le calendrier électoral, ce qu’elle a fait samedi 1er octobre. Devant les participants au « dialogue national », l’organe a annoncé, pour intégration dans l’accord politique à conclure, son intention de convoquer l’électorat pour la présidentielle, les législatives nationales et provinciales en novembre 2017. Soit un délai de « 504 jours à partir du 31 juillet 2017 » pour faire face aux contraintes techniques liées à l’organisation simultanée de la présidentielle, les législatives nationales et provinciales.

Finalement, nul ne sait vraiment si des élections auront lieu en République démocratique du Congo, ni comment, ni avec qui et encore moins quand. L’Agence France Presse parle dans un article publié mardi soir de “la stratégie du flou” qui persiste alors que le mandat du président Kabila s’achève le 20 décembre de cette année

Pendant ce temps, Etienne Tshisekedi a tout de même passé son message : « Ne vous laissez pas impressionner par des résolutions du dialogue de l’OUA [lieu où se tient le « dialogue national », NDLR]. Restez mobilisés tant que le vrai dialogue ne sera pas organisé à Kinshasa », a déclaré l’opposant Étienne Tshisekedi à la clôture de ce deuxième conclave du Rassemblement.

« Le 19 septembre, nous avons donné un avertissement, mais le 19 octobre, nous lui [M. Kabila] donnerons un carton jaune signifiant que le 19 décembre ce sera le carton rouge synonyme d’exclusion », a ajouté l’opposant âgé de 83 ans. Pour la coalition majoritaire des forces d’opposition, le prochain « dialogue inclusif » « devra mettre autour de la table deux parties : les participants aux discussions de la cité de l’OUA avec ceux du Rassemblement », selon les résolutions lues par Delly Sessanga, rapporteur de ces assises.

Rien de nouveau sous le soleil donc comme le disait Ecclésiaste, le fils du grand Roi David. Le rendez-vous est pris pour le 19 octobre, une nouvelle séance de cacophonie, de manifestation et, bien sûr, confusion et d’effusion. Comme le disait si bien ma regrettée grand-mère, pas celle de Bitakwira, « Ba politiciens ba sila soni », entendez : « les politiciens n’ont jamais eu de honte ».

SoPolitico,
avec Litsani Choukran,
le Fondé.

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