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RDC – Désignation de Malonda: comment les catholiques se sont fait avoir

La décision de l’Assemblée nationale d’entériner la désignation contestée de Ronsard Malonda comme successeur de Corneille Nangaa à la tête de la Commission électorale a mis le feu en République démocratique du Congo, entre le camp de Joseph Kabila, l’opposition, la société civile, les églises et même le parti de Félix Tshisekedi. Mais que s’est-il réellement passé ? Retour sur les dessous de ce cocktail explosif.

Pour la première fois depuis le départ de Joseph Kabila du pouvoir en 2019, les organisations de la Société civile et l’opposition ont décidé de descendre dans les rues pour des nouvelles revendications politiques. Une fois de plus, la large coalition – rejointe par le parti du président Félix Tshisekedi, certes au pouvoir et allié à la coalition de son prédécesseur ; s’oppose au Front Commun pour le Congo (FCC). L’Eglise catholique, les mouvements citoyens, l’Eglise protestante et l’opposition politique emmenée notamment par Moïse Katumbi, Martin Fayulu et Jean-Pierre Bemba, soupçonnent la coalition de Joseph Kabila de vouloir imposer Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale dans le but, disent-ils, de trafiquer les prochaines élections prévues en 2023.

Les dessous du vote de Malonda

Réunis au complexe scolaire Cardinal Monsengwo, le mardi 02 juin 2020, les chefs des confessions religieuses ont confié, à leur secrétariat technique, la tâche de mettre ensemble les dossiers des candidatures reçues et de procéder à la présélection des meilleurs profils pour faciliter la désignation du délégué commun à la CENI, étant donné que l’équipe Corneille Nangaa est réputée démissionnaire.  Le samedi 06 juin 2020, les membres du Secrétariat technique de la plateforme se sont retrouvés à la Cathédrale du Centenaire protestant sous la direction de leur Coordonnateur, l’abbé Donatien Nshole. Le Secrétariat technique réunit 24 dossiers des candidatures avant d’en sélectionner 6 sur base du CV et, particulièrement, du niveau d’études et de l’expérience du candidat dans le domaine électoral.

Le lundi 8 juin 2020, les chefs des confessions se retrouvent à nouveau au complexe scolaire Cardinal Monsengwo pour recevoir le rapport du Secrétariat technique et désigner leur candidat commun. Ensemble, ceux-ci ont approuvé le rapport du Secrétariat technique concernant les 6 candidats présentés. Le mercredi 10 juin, l’Eglise catholique retire  son candidat pour représenter les confessions religieuses au sein de la prochaine CENI, à en croire les autres confessions. « Et, cela, en vue de permettre la désignation de l’un des deux autres candidats des confessions religieuses restés en lice », expliquera un communiqué.

Toutefois, selon l’abbé Donatien Nshole, porte-parole de la CENCO, la plate-forme des confessions religieuses s’est réunie lundi 8 et mardi 9 juin 2020 à Kinshasa sur demande de la présidente de l’Assemblée nationale pour désigner son candidat commun à la CENI. Après échanges, il n’a pas été possible de dégager un consensus sur le choix d’un candidat sur les trois en lice. D’où, la décision des catholiques de retirer leur candidat Cyrille Ebotoko.  L’abbé Donatien Nshole a, par ailleurs, réfuté les rumeurs selon lesquelles le cardinal Fridolin Ambongo aurait tenté d’imposer son candidat. « Pour faciliter les négociations, c’est le cardinal qui a retiré le candidat de la CENCO. Quelqu’un, qui veut imposer son candidat, peut le retirer au moment où l’on n’a rien à lui reprocher ? Appréciez la hauteur, l’esprit et l’abnégation de la CENCO qui a retiré son candidat pour faciliter les négociations. Cela veut dire que la CENCO ne peut pas accepter n’importe qui », avait prévenu l’abbé Donatien Nshole qui a poursuivi :  « Le peuple congolais attend de nouveaux animateurs de la CENI qui puissent redonner confiance à cette institution d’appui à la démocratie. Pour le peuple congolais, vous conviendrez avec moi, il n’est pas question de reconduire le système qui nous a mis dans cette situation ».

Mais la réalité est beaucoup moins catholique. Dans une mise au point, les autres confessions religieuses, hormis l’Église catholique et l’ECC en date du 12 juin 2020, ont affirmé que « c’est lorsqu’il fallait départager les 6 candidats que les discussions sont devenues difficiles, suite au refus de la présidence (dirigée par les catholiques, ndlr) de la réunion d’appliquer les outils minutieusement préparés et unanimement adoptés en amont, en vue d’une sélection objective et dépassionnée. »

Selon des informations concordantes, 3 de 6 candidats ont été accusés d’être portés par une force politique et de ce fait, pour réussir le pari d’une désignation consensuelle, ces trois candidats ont été écartés. Il restait ainsi, en lice, les candidats Ronsard Malonda, Eale Bosela et Cyrille Ebotoko. Poussant plus loin avec la logique d’élimination progressive des candidats, le cardinal catholique a retiré la candidature portée par la CENCO (Cyrille Ebotoko) au motif que le candidat n’a pas le poids et la carrure de la fonction. Ainsi, 2 candidats vont rester en lice. Par la suite, il a été prouvé, selon ces confessions religieuses, que l’un des deux candidats restants, en l’occurrence le Révérend Professeur Eale Bosela,  est dans une affiliation politique – Alternative pour la République – qui l’a aligné comme candidat aux élections législatives de 2018, dans la circonscription électorale de Bolomba, province de l’Equateur. « De ce qui précède, ce candidat ne pouvait plus compter comme personnalité indépendante de la Société civile. Le président de la réunion a alors demandé aux chefs des confessions de se prononcer sur les deux candidats restants par un vote à main levée« , disent les autres confessions dans leur mise au point.

Les Catholiques se font fait avoir

La Communauté islamique, l’Église kimbanguiste, l’Union des églises Indépendantes du Congo, l’église de Réveil du Congo, l’Église Orthodoxe et l’Armée du Salut, dans leur mise au point du 12 juin 2020, notent qu’à l’issue de ce vote, Ronsard Malonda a obtenu 6 voix sur 8 ; 2 ayant voté pour Eale Bosela. Cette fois-ci, les catholiques ont pu compter sur les protestants ! Ce qui est mieux qu’en 2015, lorsque leur candidat n’avait obtenu qu’une voix, face au candidat des protestants Corneille Nangaa, à l’époque secrétaire exécutif adjoint de la CENI sous la direction de l’abbé Malumalu, de son vivant, revenu pour succéder au pasteur Ngoy Mulunda. « Par la suite, le cardinal président de la séance a ramené le candidat de la CENCO, retiré auparavant, pour le même exercice.  Étant donné la description du profil faite au moment du retrait (Cfr. Point 9), la candidature a été rejetée par vote à main levée, où elle n’a obtenu que 2 voix sur 8, » ont-elles précisé.

Ainsi, le candidat Ronsard Malonda Ngimbi, qui a obtenu 6 voix, est resté seul en lice. Tirant les conséquences de ce fait, les 6 chefs des confessions religieuses l’ont désigné comme leur délégué commun à la CENI, conformément,  selon elles, à la Charte des confessions religieuses, spécialement en son article 17 qui stipule : « En toute chose, les chefs des confessions religieuses recherchent de bonne foi le consensus comme mode de prise de décision par excellence.  À défaut du consensus, ils font recours à un vote transparent conformément aux valeurs affirmées à l’article. En cas de vote, chaque confession religieuse exprime une seule voix. Le membre observateur ne participe pas au vote, » selon la mise au point faite par les 6 Confessions religieuses ayant voté Ronsard Malonda.

La Communauté islamique, l’Église kimbanguiste, l’Union des églises Indépendantes du Congo, l’église de Réveil du Congo, l’Église Orthodoxe et l’Armée du Salut déclarent à l’opinion qu’ »en aucun moment des échanges et du vote, il n’a été question des rumeurs de corruption évoquées aujourd’hui par certains chefs des confessions religieuses pour jeter gratuitement le discrédit et l’opprobre sur leurs pairs ; ce qui est indigne des hommes de Dieu. » Par ailleurs, ces chefs des confessions religieuses ont dénoncé le matraquage politique et les menaces dont ils sont victimes et le lynchage médiatique dont ils font l’objet et s’en remettent aux autorités du pays pour leur sécurité.

Le duo catholique et protestant tente de reprendre la main

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Une version dénoncée par les catholiques et les protestants qui se disent avoir été induits en erreur par les autres confessions religieuses et qui dénoncent la corruption ayant émaillé le processus de désignation dudit candidat. Dans une interview exclusive accordée à Politico.cd, le Secrétaire général de la CENCO, l’abbé Donatien Nshole, sur la désignation du futur président de la CENI, a déclaré que les catholiques vont se retirer des discussions et appellent plutôt à une réforme totale du système électoral. Sur la candidature de Ronsard Malonda qui est le secrétaire exécutif national de la CENI sortant, « la CENCO et l’ECC s’opposent farouchement à cette candidature pour la simple raison que c’est un choix de la continuité du système de la CENI que nous avons tous décrié ».

 » À moins qu’on me dise que la majorité des Congolais était contente du travail qui a été fait, ce n’est pas à cause du manque de technicité ou de manque de professionnalisme du candidat. Mais, c’est simplement le fait que c’était lui, la plaque tournante du point de vue technique, l’artifice de tout ce qui a été boutiqué et dont les conséquences sévissent encore aujourd’hui dans la gouvernance« , a déclaré l’abbé Donatien Nshole.

S’agissant des reformes de la CENI, le Secrétaire général de la CENCO a reconnu que c’était une erreur de vouloir mettre les animateurs de la CENI avant la réforme de cette institution. « Nous y travaillons dans le cadre du consortium de certains regroupements de la société civile qui travaillent sur les questions des réformes électorales, notamment la commission Justine et Paix. Voilà ! C’est une erreur ! Je le reconnais, de vouloir mettre la charrue avant les boeufs. Nous étions quelque peu piégés. On nous a fait croire que les autres composants de la société civile s’étaient réunis et avaient déjà leurs candidats. Ce qui ne me semble pas vrai. Heureusement que les autres organisations de la société civile nous ont interpellé. Voilà pourquoi, pour la CENCO, aujourd’hui, admet pour priorité la réforme électorale qui pourra aussi prendre en compte la façon de désigner les membres de la CENI, en tenant compte des expériences passées. Pour nous, c’est ce qui doit venir avant la désignation des candidats« , a-t-il indiqué.

C’est alors que tout s’accélère. Dans un communiqué publié le 19 juin depuis Nkamba, dans le Kongo Central, des représentants de l’Eglise de Simon Kimbangu ont démenti d’avoir fait partie d’un vote ayant entériné la candidature de M. Malonda. « L’Eglise Kimbanguiste précise que Monsieur Malonda Ngimbi Ronsard n’est pas fidèle Kimbanguiste, ni candidat de l’Eglise Kimbanguiste. Aussi, l’Eglise Kimbanguiste, jusqu’à la preuve du contraire, n’a jamais été sollicitée en ce qui concerne la candidature à la Présidence de la Commission électorale nationale indépendante (CENI)« , dit ce communiqué. « Nous attendons la sollicitation officielle pour que NKamba, siège international de l’Eglise Kimbanguiste, puisse présenter son candidat » , ajoute-t-il, également disponible en version vidéo.

Lire le prochain acte II: que dit la loi? (lundi le 07 juillet à 17h)

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4 Commentaires

  1. Je suis d’un côté d’accord avec l’église catholique et l’ECC sur le fait que R. Malonda est la continuité du chaos que nous déplorons aujourd’hui mais d’un autre côté que l’église catholique et l’ECC cessent de se moquer du peuple comme s’ils étaient des anges au milieu de démons : pourquoi ils ont accepté d’élire d’abord le président de la CENI avant les reformes qui étaient très nécessaires… Alors quand leurs candidats sont disqualifiés … Ils reviennent maintenant pour tromper la population et afficher leur bon sens …. Qu’ils sachent une chose : nous refusons aujourd’hui Ronsard c’est bien et même après ici si c’est leurs candidats qui sont élus nous allons encore les refuser… Et d’ailleurs leurs candidats ont des couleurs politiques : LAMUKA

  2. A quand le camp soit disant Kabila restera dans la corruption et fraude? Chaque chose a son temps dit-on. Le temps de la fin est arrive pour vous grands voleurs.

  3. Franchement j’ai honte de mon Église Catholique pour ses positions tendancieuses et ses accusations non fondées à l’encontre du Camp Kabila !
    D’après l’analyse faite par Politico.cd, je vois que la faut incombe plus à la société civile qu’à l’assemblée nationale.

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