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Le Président Félix Tshisekedi et le danger de l’érosion de la démocratie

La stratégie de la dissolution de l’Assemblée Nationale et/ou la neutralisation du Parlement dans sa totalité est toujours en marche. L’interdiction d’accès des Députés Nationaux au Parlement (sanctuaire de la démocratie) en est une préfiguration. Un ballon d’essai. Si les Congolais ne sortent pas de leur torpeur et ne réagissent pas fermement contre le processus de la «dedémocratisation», la prochaine offensive sera fatale. A cet égard, les Congolais et la communauté internationale ont été littéralement sidérés de voir le spectacle insolite des Députés Nationaux, porteurs du mandat du Souverain Primaire, bloqués à l’extérieur du Parlement par les policiers. Pourtant, une autre option plus intelligente et plus élégante était possible. Mais, il s’agissait là d’un schéma calculé et téléguidé pour la démonstration du pouvoir. Une démarche téméraire et intensément vexatoire attentatoire à la dignité du Parlement et obstructive de son bon fonctionnement. Gravissime. «Une disgrâce porteuse d’une intention vengeresse politicienne préméditée d’avilir les Députés, et cracher sur la démocratie», ont grondé certains députés.  Certains partis politiques et leurs cadres ont célébré l’administration de la preuve irréfutable de leur hégémonie en RDC.

La RDC avance inexorablement vers la ligne rouge de l’écroulement de la démocratie. Il s’agit de ce que Larry Diamond, éminent théoricien et chercher du prestigieux Journal of Democracy (NED et John Hopkins University), conceptualise comme «democracy breackdown». La RDC n’est pas immunisée contre ce phénomène : tout peut s’effondrer car la cohésion nationale construite péniblement de puis 2001 s’effrite. On vit dans la psychose d’un effondrement comme en 1960-1965. Comme cet illustre académicien le souligne, l’écroulement de la démocratie commence avec l’érosion ou la récession de la démocratie (Journal of Democracy, 2015, Vol.26, Issue 1, pp.141-155). En RDC, le concept de «recul de la démocratie »  ne rend pas suffisamment compte du phénomène politique de la désagrégation systémique des pans entiers de la démocratie. C’est un processus de la «dedémocratisation». Donc en RDC il ne s’agit pas d’un simple reflux de la démocratie mais d’une (dé)marche systématisée du démantèlement des acquis de la démocratie. La démonstration est effectuée dans cette réflexion sur le plan de la propension présidentialiste et la tentative d’impuissancisation du Parlement.

Dans une de mes cogitations sur le décès du Général Delphin Kahimbi (La Prospérité, Le Forum des As et L’Avenir, le 1 Mars 2020), je tirais déjà la sonnette d’alarme sur ce danger. Je relevais que l’envoi des gardes du corps de la Maison Civile du Chef de l’Etat pour désarmer ou appréhender un Général de l’Armée Nationale, sous chef d’Etat Major des FARDC, était un événement vaudevillesque digne de la « gondwanisation » de la RDC. Certainement, Mamane de RFI ne manquera pas d’être inspiré par ce spectacle ahurissant des députés nationaux debout dans la rue interdit d’accès au Parlement de la République…(très, très…).

  1. LA PROPENSION PRESIDENTIALISTE EST L’EPICENTRE DE L’EROSION DE LA DEMOCRATIE EN RDC

Le paradigme de la transitology dont le précurseur est Dankwart Rustow (ne pas confondre avec l’économiste W.Rostow) démontre que la démocratisation dans le phénomène de la Troisième Vague de Huntington a comme catalyseur un leadership d’Etat cohésif. C’est l’un des ingrédients de la réalisation de la démocratie sous J.Kabila. La démocratie est impossible à construire et à consolider sans unité nationale, sans une conscience ou un esprit de consociation politique, en dépit des différences idéologiques. Cet aspect est d’ailleurs souligné d’un trait épais par Huntington (1991). Il insiste sur la nécessité pour les élites de coopérer au lieu de se laisser aller dans la fragmentation inhérente à l’adversité partisane. L’ultime finalité est d’établir un consensus minimal sur les modalités de la consolidation de la démocratie, surtout après le deuxième cycle électoral et l’alternance au pouvoir. Huntington prescrit même les grandes coalitions et les régimes politiques équilibrés de type parlementaire. Cela permet d’éviter les excès de pouvoir, générateurs des frictions-dysfonctions institutionnelles et des antagonismes partisans.  Ceux-ci compromettent non seulement la consolidation de la démocratie mais surtout la navigation vers le développement. La RDC vit cette phénoménologie politologique régressive.

En effet, depuis 2019, une des occurrences politiques majeures, mais que les politiciens, médias, voire intellectuels et académiciens ne relèvent pas (par déficit analytique, par complaisance ou par effroi), c’est la propension présidentialiste. C’est-à-dire la tendance à l’expansion des pouvoirs présidentiels au-delà des prescrits constitutionnels du régime semi-présidentiel. L’opérationnalisation du pouvoir en RDC indique, aujourd’hui, une sorte de monocratie présidentialiste qui est, justement, contraire à la quintessence de la démocratie libérale dans laquelle le pouvoir, surtout présidentiel, est limité par la Volonté Générale d’essence politique et coulée norme constitutionnelle. C’est le péché originel et l’épicentre de pratiquement toutes les frictions, toutes les crises, et même de la scandaleuse débâcle (la mafiotisation politico-mercantiliste de l’Etat par la présidence comme le révèle le procès) du Programme de 10 Jours du Président de la République. En fait, tout au début, le coup d’Etat institutionnel contre le Gouvernement qui fut neutralisé pour concentrer tous les pouvoirs exécutifs à la présidence annonçait déjà l’ombre des choses à venir. En paraphrasant Lord John Emerich E. Dalberg-Acton on peut asserter que « le pouvoir corrompt. Et le pouvoir expansif au-delà de ses limites constitutionnelles, corrompt expansivement».

La propension présidentialiste n’est pas imputable à une mauvaiseté ou une méchanceté de l’operateur politique qui s’y livre. Elle s’opère de manière parfois inconsciente par les effets psycho-politiques découlant d’une longue socialisation politique. Celle-ci se déroule surtout dans la phase de la jeunesse porteuse d’une faculté d’absorption cognitive politique plus féconde de l’Esprit du pouvoir monocratique (cette thèse est élaborée dans mon prochain essai sur l’Esprit du Pouvoir en RDC).  A telle enseigne qu’une fois au pouvoir le sujet activateur de cette expansion et tout son microcosme politique trouvent inconcevable d’exercer un pouvoir limité, alors que depuis des décennies ils se sont assignés une mission messianique exigeant la totalité du pouvoir. Ils ont besoin du pouvoir sans limites, sans contraintes, pour non seulement réaliser leurs œuvres salvatrices, mais aussi administrer finalement un coup fatal à leurs adversaires qu’ils mentalisent depuis des décennies comme l’incarnation du mal – même si ces adversaires d’hier sont devenus des partenaires politiques. Le pouvoir expansif, illimité, est fondamentalement antithétique à la démocratie, car il est monocratique et rejette tout contrepouvoir. Il provoque donc des frictions, des dysfonctionnements, en effets dominos sur les institutions de l’Etat, voire les autres rayons de la société. Stephen Paduano (The Atlantic Mai, 29 2019), relève que la récession de la démocratie au Benin (pourtant jadis model de la démocratisation en Afrique), sous le Président Talon, a aussi découlé de la propension présidentialiste hégémonique. Il en est de même de la récession de la démocratie en Pologne, en Turquie et an Hongrie (Jay Ogilvy, The Forces Driving Democratic Recession, 2017).  

  • LA NEUTRALISATION DE L’ASSEMBLEE NATIONALE EN PRELUDE A SA DISSOLUTION : UN RECUL EN 1963.

L’Esprit du pouvoir monocratique opère sournoisement, par la domination et les manipulations des institutions, à travers les nominations, les dotations, les injonctions informelles. Les institutions qui ploient sous ce pouvoir sont récompensées. Celles qui s’y opposent et/ou présentent la difficulté de «manipulabilité », sont à démonter. Dans cette situation la seule institution où le pouvoir monocratique procède aux nominations à sa guise est la plus vulnérable : c’est le pouvoir judiciaire. Ainsi, l’Etat de Droit maladroit, par un pouvoir judiciaire « invisiblement instrumentalisé », devient un cheval  de Troie. Il est utilisé  dans la stratégie de la neutralisation des adversaires politiques et surtout de  la seule institution difficilement domptable : Le Parlement dont majorité échappe à la propension présidentialiste.

La thèse de la propension présidentialiste porte une puissance explicative imparable et élucidante face à cette occurrence insolite, aspergeant d’opprobre caustique la RDC à la face du monde en plein jour, par cette infâme  interdiction  d’accès des «Députés de la Nation» au Parlement de la République. Il y a au cœur de cette problématique le syndrome d’incurabilité psycho-politique de la phobie de la majorité parlementaire comme obstacle au déploiement du pouvoir total. Après l’évaporation de l’euphorie de l’accès à l’imperium (une occurrence inimaginable dans la realpolitik africaine, n’eu été le pouvoir de l’Esprit consociatif de J.Kabila, thèse de mon essai en rédaction), on s’est rendu compte que les limites du pouvoir dans le régime semi-présidentiel (semi-parlementaire) créait des distorsions et angoisses politico-existentielles. C’est pourquoi depuis Février 2019, en réalisant cet obstacle parlementaire, la stratégie est celle de sa neutralisation.  La rengaine de la dissolution de l’Assemblée Nationale, voire la révision constitutionnelle en faveur du monocaméralisme en éjectant le Senat (après les suspicions paranoïaques d’un complot pour la mise en accusation du président par le congrès parlementaire), procède de cette psychologie politique. L’interdiction de l’accès des Députés Nationaux au Parlement s’intègre très logiquement dans ce schéma. La prochaine étape sera certainement celle de la mise sous scellée de toutes les deux chambres du Parlement, par un sophisme juridico-légaliste sur l’Etat de Droit, par des «constitutionalistes abracadabrantesques». Et donc cette démarche, couplée aux abus des droits de l’homme galopants, à la mafiotisation de l’Etat à travers le programme de 100 jours (ayant amenuisé les réserves en devises déséquilibrant ainsi la situation macroéconomique), l’instrumentalisation politicienne de la justice, les injonctions directes aux ministres, la conversion de la présidence en instance d’investigation criminelle sur la corruption, sont autant des faits tangibles. Ils démontrent l’amorce du processus de la désagrégation de la démocratie en RDC.

CONCLUSION :

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LE PARLEMENT EST AU CŒUR DE L’ETAT DE DROIT ET DE LA DEMOCRATIE : SA NEUTRALISATION POLITICIENNE EST LA VOIE VERS LA DESINTEGRATION DEFINITIVE DE LA RDC COMME ETAT

Les pères de l’indépendance échouèrent de réaliser la démocratie pluraliste de 1960 à 1965. De 1965 à 1996, les mobutistes répudièrent carrément la démocratie et instaurèrent une monarchie absolue. De 1990 à 1996, les opposants essentiellement émanant des entrailles du MPR Parti-Etat, avec leurs anciens affidés rangés derrière le Marechal Mobutu, échouèrent aussi de construire le système démocratique dans ses principales substances. C’est sous le régime de J.Kabila de 2001 à 2018 qu’un model de démocratie rarissime de type régénératif a été réalisé avec d’immenses sacrifices. Cet accomplissement architectonique a été réalisé concomitamment avec la reconstruction de l’unité nationale, la reconstruction de l’Etat ainsi que la ressuscitation d’une économie qui était littéralement morte. Ce sont des acquis que les Congolais ne devraient pas permettre à quiconque de mépriser et surtout aucunement démonter.  

Chercher par des moyens formels et informels à étendre et exercer le pouvoir au-delà de ses limites déterminées par la Volonté Générale coulée en normes constitutionnelles, avec des subterfuges pour liquider des adversaires politiques et neutraliser certaines institutions,  est consubstantielle à vider la démocratie de son sens, de sa teneur. C’est remettre en question, en réalité, le Pacte Républicain et ouvrir la voie aux options politiques non-constitutionnelles, en ramenant le pays à une phase pré-Sun City. Il faut marteler que jouer avec le parlement c’est jouer avec le feu comme le Président Kasavubu le réalisa à ses dépens.  Le schéma actuel de l’expansion des pouvoirs présidentiels, pour s’assurer une hégémonie  ouvrant la voie victorieuse vers les élections en 2023, est extrêmement dangereux, surtout par rapport à l’instrumentalisation du Pouvoir Judicaire contre les adversaires politiques et le Parlement – derrière le sophisme de l’Etat de Droit. La neutralisation ou la dissolution maladroite du Parlement, à des fins partisanes, provoquera l’effondrement de l’Etat avec des graves conséquences sur l’avenir de ce pays. Nul ne veut porter une telle responsabilité historique. Les Congolais, les élites politiques, la société civile, les medias, les académiciens, les intellectuels, la communauté internationale, sont donc avertis de cette périlleuse tendance monocratique érosive de la démocratie. Un forum de  haut niveau incluant les institutions, les Eglises, les responsables politiques représentatifs, est indispensable pour examiner froidement la marche de la République et proposer des actions correctives adéquates, afin d’éviter une catastrophe à la RDC. Comme le souligne Larry Diamond, la récession de la démocratie conduit vers la dépression de la démocratie.  Un embrasement causé par la traversée du Rubicon du minimal démocratique créera une désintégration irréparable et irréversible de la RDC.

Kabasu Babu H.K. Ecrivain et Libre-penseur (Politologue et chercheur en Gouvernonologie)

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5 Commentaires

  1. J’ai toujours admiré l’intelligence mais surtout la prévisibilité des analyses de Monsieur Kabasubabu. Où et comment s’en procurer de temps en temps telles sont mes questions.

  2. Nous sommes plusque avises de vos manoeuvre egoiste contre le peuple congolais. Dura Lex Sed Lex, la justice est independante et elle est entrain de refleter cette citation constitutionnelle. Nous devons vraiment continuer a encourager ce systeme de la liberalisation des institutions du pays. On savait tjrs que s’allait tjrs tomber sur la tete du president de la republique mais on sait que la justice etait deja saisie et elle devrait faire son travail.

  3. Un article bidon, c’est sont les nostalgiques qui pensent toujours qu’ils sont pendant les règnes de jkk, écoutez,un parlement est d’abord au service du peuple et non pour les intérêts égoïstes.
    Que cet écrivain pose d’abord le question aux congolais, s’ils souhaitent une dissolution du parlement?le réponse sera ,sans nul doute,oui!
    Qu’il cesse de nous renconter des choses qui ne tiennent pas debout !nou sommes plus pendant les années 1960.

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